Djebel Shams, un lever de soleil inoubliable
Dimanche 12 février. Ce matin, c’est une invitation au voyage, à la rêverie qui m’attend. J’ai décidé de me lever à l’aube pour aller assister au lever du soleil sur le Grand Canyon d’Oman.
Car c’est aux premières lueurs de l’aube, quand le soleil surgit de l’autre côté de l’horizon que cette « montagne du soleil » prend véritablement son sens.
Je ne voulais manquer ce spectacle sous aucun prétexte. Du coup, il fait encore nuit quand je m’extrais de notre bungalow. Mon frère dort encore à poings fermés. Quelque chose me dit qu’il n’est pas chaud à l’idée d’aller contempler cette merveille avec moi.
Ok, je m’habille en silence, je fais attention à ne rien déplacer dans la chambre et je me saisis de mon sac photo.
Vous pensiez sans doute que j’allais laisser mon frère roupiller tranquillement sans lui proposer de venir avec moi ? C’est mal me connaître !
« Domi… Tu viens avec moi… C’est l’heure pour le lever du soleil… On reviendra plus tard pour prendre le petit-déjeuner… »
Mon frère se tord trois ou quatre fois dans son plumard et baragouine un truc incompréhensible… Ok, j’ai compris. La grosse feignasse ne souhaite qu’une chose : continuer tranquille sa nuit sans qu’on le dérange pour des histoires de lever du soleil.
Ok, j’ai compris… Je m’éloigne en silence et je n’insiste pas. Le Grand Canyon sera juste pour moi, ce matin.
Reste maintenant, le deuxième écueil de la matinée : passer le portail du camp sans avoir à réveiller les gardiens qui roupillent dans l’entrée. Je jette un coup d’œil discret à la guitoune : il n’y a pas âme qui vive… Ok, il n’y a plus qu’à espérer que je puisse simplement appuyer sur un bouton pour ouvrir le portail.
Du coup, je fais démarrer la voiture et je me présente devant le portail… Je sors et je cherche le commutateur… Alléluia ! Le bouton se trouve juste au niveau de la guitoune du gardien. J’appuie sur le bouton… « Sésame, ouvre-toi ! ».
Le portail commence à coulisser, et je me dépêche dare-dare à passer dans l’ouverture. On verra bien pour le retour, si je peux aussi rentrer si facilement.
Pour l’instant, je n’ai qu’une seule préoccupation en tête : trouver le meilleur endroit pour assister au lever du soleil.
Je roule dix petites minutes et retrouve rapidement l’endroit où nous nous trouvions hier soir pour le coucher du soleil.
Il ne reste maintenant plus qu’à déplier mon trépied et à attendre que le soleil daigne enfin surgir de l’autre côté de l’horizon.
L’attente est plus longue que prévu. Les premiers rayons du soleil frappent à l’exact opposé de là où je l’attendais.
Les cimes des montagnes placées à ma droite se couvrent rapidement d’une magnifique teinte blonde… Mais au fond du canyon, c’est encore l’ombre qui règne en maître.
Un peu plus loin pourtant, sur une partie plus élevée que l’endroit où je me trouve, j’aperçois la roche blondir au sommet de la falaise.
Mais de mon côté, toujours rien. Je pointe mon téléobjectif dans la forêt de brume qui recouvre encore les cimes du désert.
Les montagnes du Hajar forment comme d’immenses vagues brunes qui se meuvent dans la poussière opaque du petit matin.
Pourtant, de l’autre côté, les cimes arborent déjà de magnifiques teintes blondes. Le paysage est à couper le souffle. Je suis de plus en plus impatient.
Enfin le soleil se lève sur le canyon. Au début, c’est comme une onde qui se propage et file lentement au-dessus de la brume vaporeuse du désert.
La lumière flotte au-dessus de la brume et vient soudain frapper la paroi rocheuse du canyon.
Derrière la crète, les rayons du solei levant percent l’obscurité.
Le soleil se fraye enfin un passage au-dessus de la crête et ses rayons frappent la falaise opposée.
Le moment est intense et l’émotion me submerge. Je suis seul devant ce tel spectacle. Personne autour de moi. C’est fort. Vraiment fort.
Je profite de ce moment de grâce pour évoquer ce fameux sentier W6, marqué par trois bandes jaune/blanche/rouge.
Ce sentier part sur la gauche et longe le grand canyon sur quatre kilomètres.
Incroyable ancien chemin muletier que celui-ci, comme suspendu au-dessus du vide, et pourtant suffisamment large pour n’être pas vertigineux !
À gauche se dressent les parois abruptes de la falaise dont on se demande, chaque fois qu’une vue panoramique le permet, comment et où elles peuvent accueillir un sentier.
À droite, une entaille profonde découvre le fond de la vallée et quelques villages.
Aucun arbre n’ombrage le chemin ou si peu. Sauf à partir tôt, il faudra donc accepter d’effectuer la randonnée en plein cagnard, au milieu des cailloux.
Un désavantage toutefois compensé par le faible dénivelé et la bonne signalétique.
Au bout de 1h15 de marche dans un paysage XXL, on parvient au hameau abandonné de Sap Bani Khamis : un impressionnant ensemble de maisons accrochées sous un aplomb rocheux à quelques mètres du vide.
Celles-ci sont plutôt bien conservées et furent sans doute délaissées il y a une quarantaine d’années seulement, au profit de terrains un peu moins hostiles, sur le plateau.
Elles furent édifiées il y a environ 400 ans, à l’aide de matériaux exclusivement trouvés sur place : bois d’olivier et d’acacia, pierres sèches.
Le choix de l’emplacement, presque impensable pour nous autres Occidentaux, fut justifié par l’isolement (la meilleure des protections contre les ennemis) et par la proximité d’une source d’eau située sur le plateau supérieur et accessible assez rapidement à pied par une faille abrupte.
Quinze familles vivaient sur place, essentiellement de l’élevage (chèvres, moutons, ânes) et de l’agriculture (pastèques, oignons, chili, tomate, blé…), comme en témoigne la présence de terrasses agricoles aménagées.
Le Djebel Shams est certainement l’un des plus beaux endroits des montagnes du Hajar, il en est en tous les cas l’emblème.
Les montagnes du Hajar s’étendent à travers Oman et les Émirats arabes unis (EAU), s’étendant sur environ 700 kilomètres, de la péninsule de Musandam dans le nord d’Oman à la ville de Sur dans l’est d’Oman.
La chaîne est caractérisée par des pics escarpés, des oueds profonds (vallées) et des paysages spectaculaires.
Les montagnes ont également une importance géologique, car elles contiennent des roches vieilles de plus de 800 millions d’années.
De plus, la région est connue pour sa flore et sa faune uniques, certaines espèces ne se trouvant que dans les monts Hajar.
Les montagnes Hajar sont principalement composées de roches ophiolites, qui sont des fragments de croûte océanique et du manteau supérieur qui ont été poussés sur la croûte continentale pendant l’activité tectonique.
Ces séquences d’ophiolites sont bien conservées dans les monts Hajar et fournissent des informations précieuses sur l’histoire de la région.
La géologie des monts Hajar peut être divisée en deux unités principales : le Hajar inférieur et supérieur.
Le Hajar inférieur est constitué de roches qui se sont formées dans un environnement d’eaux profondes, y compris des couches de laves basaltiques, de laves coussinées et de sédiments d’eaux profondes.
Ces roches représentent une ancienne croûte océanique qui s’est formée dans un centre d’expansion.
Le Hajar supérieur, quant à lui, est caractérisé par des séquences d’ophiolites soulevées et des roches sédimentaires.
Les séquences d’ophiolites sont constituées de roches ultramafiques, telles que la péridotite et la serpentinite, ainsi que de gabbro et de dykes en feuille.
Ces roches proviennent du manteau et se sont mises en place sur la croûte continentale lors de collisions tectoniques.
Les roches sédimentaires trouvées dans les monts Hajar comprennent du calcaire, du grès et du schiste.
Ces roches ont été déposées sur le fond de l’océan et plus tard soulevées avec les séquences d’ophiolites.
Des organismes marins fossilisés se trouvent souvent dans les couches de calcaire, témoignant des environnements marins passés.
La formation des monts Hajar peut être attribuée à la convergence de la plaque arabique et de la plaque eurasienne.
La collision entre ces deux plaques a entraîné le soulèvement et le plissement des roches, formant la chaîne de montagnes que nous voyons aujourd’hui.
Les monts Hajar ne sont pas seulement importants sur le plan géologique, mais aussi sur le plan écologique.
Ils abritent un large éventail d’espèces végétales et animales, y compris des espèces endémiques uniques adaptées à l’environnement hostile du désert.
Les montagnes jouent également un rôle crucial dans la capture et le stockage de l’eau, ce qui en fait une source d’eau importante pour les régions environnantes.
Dans l’ensemble, la géologie des monts Hajar présente une histoire complexe de processus tectoniques, y compris la formation de la croûte océanique, les collisions tectoniques et le soulèvement et le pliage ultérieurs. La composition unique et les caractéristiques géologiques de la chaîne contribuent à sa beauté scénique et à son importance scientifique.
Les monts Hajar sont connus pour leur beauté sauvage et leur faune diversifiée.
La topographie variée de la chaîne, qui comprend des oueds profonds (vallées), des canyons et des pentes rocheuses, offre une gamme d’habitats pour une variété d’espèces végétales et animales.
Parmi les nombreuses espèces endémiques de la région, on retrouve d’abord l’Arabian Tahr qui est une espèce en voie de disparition de chèvre de montagne originaire des monts Hajar.
Cette chèvre est bien adaptée au terrain rocheux et peut être aperçue en train d’escalader des falaises et des pentes abruptes.
Les monts Hajar abritent le léopard d’Arabie en danger critique d’extinction, l’un des grands félins les plus rares au monde.
Bien que leur population soit extrêmement petite, des efforts sont déployés pour protéger et conserver cette magnifique espèce.
Le bouquetin d’Arabie, également connu sous le nom de bouquetin de Nubie, est une autre espèce de chèvre de montagne qui habite les monts Hajar.
Ils sont bien adaptés au rude environnement montagnard et peuvent être vus escaladant les falaises et les corniches rocheuses.
Le renard du désert, également appelé renard roux d’Arabie, est un petit mammifère carnivore que l’on trouve dans les monts Hajar.
Il s’est adapté aux conditions arides du désert et peut survivre sans eau potable pendant de longues périodes.
Les montagnes Hajar attirent une variété d’espèces d’oiseaux, y compris des rapaces comme l’aigle de Bonelli, le faucon lanier et le faucon pèlerin.
Parmi les autres espèces d’oiseaux notables, citons le vautour percnoptère, la perdrix arabe et l’étourneau sansonnet de Tristram.
Le terrain rocheux des monts Hajar offre un habitat propice à divers reptiles tels que le gecko des rochers d’Oman, la vipère à écailles de scie et l’agama à tête de crapaud arabe.
Il est important de noter que les populations fauniques peuvent être sensibles à l’activité humaine et à la dégradation de l’habitat.
Les efforts de conservation sont cruciaux pour préserver la biodiversité des monts Hajar et protéger ces espèces uniques pour les générations futures.
La gazelle d’Arabie, également connue sous le nom de gazelle de montagne, est une espèce d’antilope qui habite les monts Hajar.
Il est bien adapté à l’environnement aride et peut être vu en train de paître sur les pentes des montagnes.
La région est également riche en diversité d’insectes et d’arachnides, avec de nombreuses espèces de coléoptères, de papillons, d’araignées et de scorpions trouvés dans les monts Hajar.
La flore des monts Hajar est diversifiée et adaptée aux conditions arides et rocheuses de la région.
Diverses espèces d’Acacia, telles que Acacia tortilis et Acacia ehrenbergiana, peuvent être trouvées dans les monts Hajar. Ces arbres ont de petites feuilles plumeuses et des branches épineuses.
Juniperus excelsa, communément appelé genévrier grec, est une espèce d’arbre qui pousse dans les hautes altitudes des monts Hajar.
Il a des feuilles en forme d’aiguilles vert foncé et produit de petits fruits ressemblant à des baies.
Prosopis cineraria, également connu sous le nom d’arbre ghaf, est une espèce tolérante à la sécheresse que l’on trouve dans les régions arides de la péninsule arabique, y compris les monts Hajar.
Il a de petites feuilles bipennées et peut survivre dans des conditions extrêmement sèches.
Nerium oleander, un arbuste aux fleurs attrayantes, se trouve dans les montagnes Hajar. Il a des feuilles en forme de lance et produit des grappes de fleurs roses, rouges ou blanches.
Les espèces de cistes, communément appelées cistes, sont des arbustes à faible croissance qui prospèrent dans les habitats rocheux. Ils ont des fleurs à cinq pétales de différentes couleurs, dont le blanc, le rose et le violet.