Pourquoi visiter le temple Ta Prohm ?
Un dialogue saisissant entre la pierre et la jungle
Ce qui rend Ta Prohm si spécial, c’est l’étreinte spectaculaire de la jungle sur les ruines. Contrairement à Angkor Wat qui a été largement restauré, ce temple a été laissé dans l’état où il a été découvert, avec d’immenses arbres fromagers ou figuiers étrangleurs dont les racines massives épousent les galeries et les tours de pierre. Ce spectacle fascinant de la nature qui reprend ses droits est ce qui attire des visiteurs du monde entier. Les racines serpentines qui s’enroulent autour des blocs de grès créent des compositions photographiques uniques et inoubliables, faisant de ce site l’un des plus populaires et des plus emblématiques du parc archéologique d’Angkor.
Un temple chargé d’histoire
Mais Ta Prohm n’est pas qu’un décor de cinéma, il a une histoire riche. Fondé en 1186 par le roi Jayavarman VII, il était à l’origine un monastère et une université bouddhiste Mahayana connue sous le nom de Rajavihara, “le monastère royal”. La divinité centrale du temple représentait la mère du roi, une statue de Prajnaparamita, la personnification de la sagesse. Ce lieu n’était pas un temple isolé. À son apogée, plus de 12 500 personnes y vivaient ou y travaillaient, soutenues par des villages environnants, témoignant de l’ampleur et de l’importance de ce centre religieux. Ta Prohm offre ainsi un aperçu unique de la vie spirituelle et éducative de l’Empire khmer.
L’ambiance mystérieuse d’un temple “à l’état de ruine”
L’atmosphère qui se dégage de Ta Prohm est incomparable. Les couloirs sont souvent encombrés de blocs de pierre sculptés, les bas-reliefs sont recouverts de mousse et de lichen, et la lumière filtrant à travers la canopée des arbres projette des ombres dansantes sur les murs. Cette ambiance “d’autres mondes” lui a valu son surnom de “Temple de Tomb Raider”, car il a servi de décor au film éponyme avec Angelina Jolie. Se promener dans ses couloirs labyrinthiques, c’est véritablement avoir l’impression de découvrir une cité perdue, un lieu où le temps semble s’être arrêté.
Un site préservée par des efforts de conservation
Pour garder cette atmosphère particulière, les efforts de restauration de Ta Prohm sont uniques. Plutôt que de “nettoyer” complètement le temple, les équipes de conservation, en partenariat avec l’Archaeological Survey of India, ont choisi de stabiliser les ruines et d’entretenir cet état d'”abandon apparent”, en préservant l’équilibre fragile entre les arbres centenaires et les structures anciennes. C’est cette décision qui permet aux visiteurs d’aujourd’hui de ressentir la magie d’Angkor telle que les explorateurs du XIXe siècle ont pu la découvrir. Pour beaucoup, Ta Prohm est le temple le plus atmosphérique et émouvant de tout Siem Reap.
Comment visiter les différents temples d’Angkor ?
Trois circuits pour s’adapter à tous les rythmes
L’immensité du parc d’Angkor (plus de 400 km²) peut être déroutante. Pour la parcourir, tout est pensé autour de deux itinéraires de visite. Le Petit Circuit, le plus classique, concentre les temples les plus célèbres en une boucle d’environ 20 kilomètres : Angkor Wat, le Bayon aux visages de pierre et Ta Prohm enlacé par les racines des fromagers en sont les étapes phares. Pour ceux qui disposent de plus de temps, le Grand Circuit s’éloigne davantage vers le nord-est et mène à des sites plus préservés comme Preah Khan, Neak Pean ou le Pre Rup, célèbre pour son coucher de soleil. Le choix du circuit déterminera l’organisation de votre journée, mais il est tout à fait possible de combiner les deux sur plusieurs jours.
Les horaires d’ouverture précis pour chaque site
Les horaires des temples sont désormais bien établis en 2026 et varient pour s’adapter aux levers et couchers de soleil. Le temple d’Angkor Wat ouvre plus tôt que les autres, à 5h00, pour permettre d’admirer le lever du soleil, et ferme à 18h00 . La majorité des temples du Petit et du Grand Circuit (Bayon, Ta Prohm, etc.) sont accessibles de 6h00 à 18h30. Enfin, quatre sites sont officiellement dédiés à l’observation du coucher (Pre Rup, Phnom Krom, Sras Srang et la porte Tonle Om) ; ils ouvrent à 5h00 et ferment à 19h00. Une règle de grâce de 30 minutes est appliquée partout : si vous êtes déjà à l’intérieur d’un temple à l’heure de fermeture, vous avez une demi-heure supplémentaire pour en sortir tranquillement.
Les tarifs des billets et où les acheter
L’accès au parc est réglementé par un pass (Angkor Pass) disponible en trois formules. Le billet d’une journée coûte 37 dollars, le pass de trois jours (valable une semaine) est à 62 dollars et le pass de sept jours (valable un mois) à 72 dollars. Le pass de trois jours est le plus populaire car il offre le meilleur rapport qualité-prix pour une visite complète. L’achat se fait en ligne sur le site officiel d’Angkor Enterprise, ou directement au bureau des billets (Angkor Ticket Office) qui ouvre à 4h30 pour les premiers visiteurs. Une photo d’identité vous sera prise sur place pour imprimer votre ticket, qu’il est indispensable de conserver précieusement.
Comment se déplacer et les précautions à prendre
Pour explorer le parc, le moyen le plus pratique et le plus populaire est le tuk-tuk. Il est facile de louer un chauffeur pour une journée complète (environ 15 à 20 dollars) qui vous emmènera de temple en temple et vous attendra sur place. Pour une expérience plus libre, la location de vélos (environ 2 dollars par jour) ou de scooters est également possible. Le code vestimentaire est strict et doit être respecté : les épaules et les genoux doivent être couverts avec un tissu opaque. Une attention particulière est à porter à la tour centrale d’Angkor Wat (Bakan) : elle est ouverte tous les jours, mais ferme les après-midis des 14 et 28 de chaque mois pour des travaux de conservation.
Angkor, le temple Ta Prohm envahi par ses fromagers
Mercredi 31 janvier. Commencer la visite des temples d’Angkor par le Ta Prohm, c’est comme commencer le repas par le dessert… Mais c’est à ce prix, et seulement à ce prix, en faisant le circuit court à l’envers que j’éviterai la cohue des touristes chinois. Va donc pour le Ta Prohm !
Car si Angkor Wat est un concentré de beauté, de sérénité et d’harmonie, et le Bayon, un univers presque mystique, le Ta Prohm, encore prisonnier de sa gangue de fromagers et de frangipaniers, enserré dans la jungle, est lieu romantique et magique par excellence.
Car visiter le Ta Prohm, encore prisonnier par la jungle, c’est comme ressentir l’émotion des premiers explorateurs quand ils ont redécouvert les ruines d’Angkor. C’est bien ce sentiment qui m’habite quand je franchis pour la première fois les portes de ce temple. Marcher dans les pas des premiers archéologues du site et réaliser enfin un de mes plus vieux rêves d’enfant.
Car plus que les tours majestueuses d’Angkor Wat ou les visages mystérieux de Bayon, ce sont toujours ces arbres géants aux racines noueuses et envahissantes grimpant les murs de ce temple qui me viennent tout d’abord à l’esprit à l’évocation des temples d’Angkor. La puissance de la nature conjuguée au mysticisme de l’homme. Tel est le secret du Ta Prohm.
Au fur et à mesure de ma visite des temples, je vais essayer de glisser çà et là quelques notions de bases historiques pour mieux comprendre les temples qui se dressent devant moi. Il me faut donc remonter aux origines d’Angkor, cette glorieuse capitale de l’empire Khmer qui fut fondée au IXe siècle et perdura pendant plus de 500 ans, jusqu’à son déclin, au XIVe siècle.
C’est donc en 889 que le roi Yasovarman 1er, héritier des royaumes de Funan et de Chenla, fonde une capitale qui porte son nom… Pas vraiment du goût des Khmers, qui plus commodément vont appeler la ville par le nom d’Angkor, qui, en langue khmère, veut tout simplement dire « capitale ».
Mes premiers bas-reliefs. Je reste abasourdi par tant de grâce et de beauté qui se dégagent de ces corps sensuels. Tellement abasourdi que j’en perds le fil de mon histoire. Bon, je m’y colle, le site d’Angkor fut choisi pour sa proximité du grand lac Tonlé Sap, mais aussi pour ses collines, sa rivière Siem Reap et ses plaines fertiles permettant la culture du riz.
Le roi, dévot de Shiva, avait besoin d’une montagne sacrée pour y créer sa capitale (le mont Meru de la légende hindoue) et y installer les dieux. Et pour un coup d’essai, Yasovarman réussit un coup de maître puisque le choix de ce lieu ne sera jamais contesté par tous ses successeurs. Angkor était un lieu idéalement placé, capable de garantir la prospérité et l’invulnérabilité du royaume Khmer.
Après un court épisode de déménagement à Koh Ser, entre 921 et 944, pour une sombre histoire de partition du royaume entre les successeurs de Yasovarman 1er, Angkor redevient très vite la capitale des Khmers. Grâce notamment à l’œuvre de Rajendravarman II qui rétablit l’unité du royaume.
Plus de 100 ans plus tard, et après une période de troubles et de guerre, et seulement cinq ans après son avènement, le grand roi Javayarman VII, décide de faire construire, en 1186, le temple Ta Prohm.
Le Ta Prohm devint ainsi l’un des plus gigantesques temples du site d’Angkor. Difficile d’imaginer aujourd’hui, mais il y a huit siècles de ça, ce « monastère du roi » abritait 260 divinités, servies par 12.640 personnes. Et tous vivaient dans l’enceinte du temple, dans les 60 ha de cette ville dans la ville !
Un enchevêtrement de pierres, de tours, de temples, de branches, de racines et de troncs… Tel est aujourd’hui le Ta Phrom. Le charme inouï du Ta Phrom. Comme si en laissant délibérément la nature envahir les ruines de ce temple gigantesque, les archéologues avaient voulu mettre en scène la nature, sa puissance. Son génie.
Le Ta Phrom est plus qu’un temple, plus que de ces simples ruines, il est un spectacle vivant. Ici, plus que partout ailleurs dans le monde, on se sent aspiré par son pouvoir d’attraction. Marcher au milieu de ses pierres descellées, de ses blocs renversés, enjamber les racines des fromagers, c’est se fondre dans le Ta Phrom lui-même. Une expérience unique.
Car difficile d’imaginer ici que la tour centrale croulait sous les pierres précieuses, que les dignitaires du temple mangeaient dans de la vaisselle en or, qu’ils dormaient dans des draps de soie…
Pris dans le ballet de la visite, on est rapidement étourdi par tant de beauté. Et quand soudain, on se retrouve à l’air libre, libéré de la gangue de la jungle, debout face à l’un des bâtiments principaux du Ta Phrom, la surprise est totale.
Le ballet des danseuses, la sensualité de leur posture, ont un pouvoir hypnotique. On se sent comme happé par tous ces corps délicieux. Magique.
À la différence de la plupart des autres monuments d’Angkor, le Ta Prohm a été laissé dans un état proche de sa redécouverte au début du XXe siècle. Il a été choisi à cet effet par l’École française d’Extrême-Orient comme « concession au goût général pour le pittoresque ». Néanmoins beaucoup de travail a été nécessaire pour stabiliser les ruines et en permettre l’accès, afin de maintenir « cet état de négligence apparente ».
Au milieu des ruines, le fromager est la véritable star du site. Ses graines sont transportées par les oiseaux qui consomment ses fruits. Présentes dans leurs déjections, elles germent sur les murs, étendent leurs racines vers le sol en s’insérant entre les pierres qu’elles disloquent en grossissant.
Les racines sont alors comme le corps d’un immense serpent qui dévore les statues et les façades, les branches se frayant un passage à travers le monument, passant par les fenêtres et les portes, les disloquant quand elles ont assez de force.
Jayavarman VII est le seul roi khmer à avoir édifié deux grands temples : le Ta Phrom et le Preah Khan. LeTa Prohm fut dédié à la famille du roi : l’idole principale (Prajnāpāramitā, la personnification de la sagesse) a pris modèle sur sa mère, tandis que les deux temples satellites de la troisième enceinte étaient consacrés l’un à son guru (nord) et l’autre à son frère aîné (sud).
Le mariage des colonnettes, des motifs et des statues hypnotise littéralement. C’est incroyable.
Aux quatre coins du temple se trouvent des portes, dites gopuras, décorées chacune par des tours à quatre faces issues du style se rapprochant du temple d’Angkor Thom. Au total, l’ensemble du complexe dispose de cinq enceintes.
La visite du Ta Phrom se déroule ainsi : on passe successivement de la cinquième enceinte (la plus large) à la première (centrale). Derrière la cinquième enceinte, passée une série de douves, on trouve une terrasse envahie par de grands fromagers qui déforment la construction en grès. Passée la quatrième enceinte gardée par un nouveau gorupa, on accède à une cour qui mesure près de 40 m sur 55 m et est bordée de murs de latérite.
Une deuxième cour se présente derrière le troisième gorupa. Des tours isolées sont ornées par d’immenses arbres qui s’agrippent avec leurs racines. Certaines de ces tours ont cédé sous le poids des racines tout en prenant corps avec celles-ci. On y trouve également des frontons sculptés. On accède à un immense bâtiment rectangulaire fait de grès. On peut y voir des linteaux ornés de sculptures d’Apsara marquant le passage dans une salle consacrée aux danseuses.
La deuxième enceinte est marquée par une grande terrasse en grès, surélevée prolongeant le gopura que l’on a traversé. Dans cette enceinte devait se trouver plusieurs édifices monastiques. On en trouve encore quelques ruines près de l’entrée est. Cette entrée est entourée de douves mesurant 25 m de large et délimite un espace carré de 250 m du côté du temple principal. Le sanctuaire central est très endommagé. Il occupe la cour centrale.
Enfin, me voici dans la première enceinte. On voit un énorme tétramère nudiflora sur le côté gauche : un immense arbre accroché au toit de la galerie et qui semble l’écraser. Ses racines plongent vers le sol tout en supportant la toiture oppressée.