Pourquoi visiter la cité impériale de Hué ?
Un témoignage monumental de la puissance des Nguyễn
La Cité impériale de Huế, cœur battant de la dynastie Nguyễn de 1802 à 1945, fut le théâtre du pouvoir absolu des derniers empereurs du Vietnam. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle n’est pas qu’un simple ensemble de ruines, mais le symbole vivant d’une époque où le pays était unifié et gouverné depuis cette cité sur les bords de la Rivière des Parfums. En vous promenant dans ses enceintes, vous ne visitez pas seulement un site historique, vous marchez dans les pas des souverains et des mandarins qui ont façonné le Vietnam moderne.
Un chef-d’œuvre d’architecture entre Orient et Occident
L’architecture de la Cité impériale est unique, car elle marie harmonieusement les principes traditionnels du feng shui vietnamien avec les techniques de fortification occidentales, notamment le style de Vauban. La citadelle, avec ses douves profondes et ses murs de 6 mètres de haut, témoigne d’une conception défensive avancée pour l’époque. L’ensemble du site, orienté vers le sud et adossé à la montagne Ngu Binh, reflète une symbolique cosmologique et impériale puissante, où chaque élément géographique était choisi pour sa signification protectrice et spirituelle.
Des trésors architecturaux
Au-delà de l’enceinte, les édifices de la Cité impériale sont autant de pages d’histoire. Le théâtre royal Duyet Thi Duong, le plus ancien de la dynastie, perpétue encore aujourd’hui la musique de cour, le nha nhac, reconnue comme patrimoine immatériel de l’UNESCO. Non loin, le palais Kien Trung a été magnifiquement reconstruit en 2024, offrant un aperçu du faste et du métissage architectural qui caractérisaient la fin de la dynastie. Le pavillon Hien Lam, dédié à la mémoire des héros nationaux, et les Neuf Urnes Dynastiques en bronze, qui représentent la puissance et la longévité du royaume, sont d’autres témoignages de la richesse artistique du site.
Un lieu de résilience et de mémoire
La visite de la Cité impériale est aussi un hommage à sa résilience. Durement touchée par les combats de l’Offensive du Têt en 1968, la Cité pourpre interdite, résidence privée de l’empereur, a été en grande partie détruite. Pourtant, les efforts de restauration ont permis de redonner vie à ce haut lieu de l’histoire vietnamienne. Aujourd’hui, se promener dans ces jardins et ces cours, c’est ressentir à la fois la grandeur passée et les cicatrices d’un passé récent, offrant une expérience culturelle d’une profondeur rare. Prévoyez au minimum deux heures pour cette visite et, pour une compréhension complète de son histoire complexe, l’accompagnement d’un guide est vivement recommandé.
Comment visiter la cité impériale de Hué ?
Un accès simple
La Cité impériale de Huế se trouve au sein de la citadelle, sur la rive nord de la Rivière des Parfums, à quelques minutes du centre-ville moderne. Depuis le centre, vous pouvez facilement vous y rendre à pied, en vélo ou en scooter. Si vous séjournez plus loin, les taxis et les applications de VTC comme Grab sont omniprésents et très abordables pour un trajet de quelques kilomètres. Pour les voyageurs pressés, des excursions d’une journée au départ de Hoi An ou de Da Nang incluent le transport en bus ainsi que la visite de la cité et des tombeaux, avec un départ matinal vers 7h00.
Des horaires étendus
Le site est ouvert au public toute l’année, de 8h00 à 18h00, la dernière admission ayant lieu à 17h00. Pour profiter d’une expérience plus paisible et de meilleures conditions pour la photographie, il est vivement conseillé de s’y rendre tôt le matin, dès l’ouverture, ou en fin d’après-midi pour éviter l’affluence massive des groupes touristiques qui arrivent généralement entre 9h et 10h. Il est également recommandé de porter des vêtements couvrants les épaules et les genoux par respect pour les lieux sacrés qui s’y trouvent.
Un billet d’entrée unique ou des passes combinés
L’entrée à la Cité impériale seule est tarifée autour de 150 000 à 220 000 VND (environ 6 à 8 euros), bien que les prix puissent varier selon la saison. Pour optimiser votre budget, sachez que des billets combinés sont disponibles, valables plusieurs jours, et permettent d’accéder à la cité ainsi qu’à plusieurs tombeaux royaux. Par exemple, un pass pour la cité et trois tombeaux vous reviendra moins cher que l’achat de billets individuels. Ces billets s’achètent aux guichets des différents sites et sont une excellente affaire si vous comptez passer plus d’une journée à explorer les trésors impériaux de Huế.
Une visite à organiser
Pour une première découverte, il est conseillé de consacrer entre 2h30 et 4 heures à la visite de la Cité impériale . Le complexe est vaste, mais il est possible de se concentrer sur les bâtiments principaux comme la Porte du Midi, le Palais de l’Harmonie Suprême, le Théâtre Royal et les jardins . Si vous disposez de seulement deux heures, concentrez-vous sur le cœur du site, tandis qu’avec quatre heures, vous pourrez explorer plus en détail les zones restaurées, les cours intérieures et les pavillons latéraux souvent moins fréquentés. Pour enrichir votre compréhension de l’histoire et de la symbolique du lieu, un guide francophone ou un audioguide est un bon investissement.
Hué, au cœur de la cité impériale
Dimanche 28 janvier. Après cette bonne petite matinée de visite des tombeaux impériaux, petite pause déjeuner, à deux pas de la cité interdite. Déjeuner inclus dans l’excursion. Donc, autant en profiter pour découvrir la cuisine locale. Tout simplement délicieux !
Après quoi, nous entamons un long après-midi de visite de la cité impériale. Honnêtement, les plus beaux vestiges historiques du Vietnam. Tout commence donc ici, devant cette porte du Midi, percée de cinq portes, qui demeure l’entrée principale de la cité impériale. La porte centrale, couverte de tuiles jaunes, était réservée à l’empereur et à sa famille (eh oui, ici aussi, on ne mélange pas les genres !).
Les portes adjacentes étaient réservées aux mandarins, et les latérales aux guerriers. Tout était bien codifié. Au-dessus de la porte en elle-même s’étale le pavillon des Cinq Phénix. La cloche et le tambour datent de 1822. C’est depuis ce pavillon que les mandarins observaient les parades militaires. Et c’est devant cette même porte que le dernier empereur du Vietnam, Bao Daï, remit le pouvoir au Vietminh, en août 1945. Autant donc se faire photographier ici même !
Allez, tournons le dos au présent et plongeons-nous un peu dans le passé glorieux de cette cité impériale de Hué qui demeure le seul exemple d’une ville impériale du Vietnam demeurant encore aujourd’hui. Elle fut construite là, de 1804 à 1833, sous la conduite de Gia Long, le fondateur de la dynastie des Nguyen, et s’inspire très largement de l’architecture des palais impériaux chinois. Jusqu’à 80.000 habitants de la région participèrent à son édification.
La ville possède en fait trois enceintes concentriques bâties autour d’un même axe sud-nord. On trouve d’abord la ville impériale, puis la cité royale, puis la cité pourpre interdite. Les murs de la première enceinte, bien visibles depuis l’entrée (100.000 dongs), peuvent atteindre parfois 20 mètres de large : remblai de terre, deux couches de briques, percé d’une dizaine de portes. Comme on le voit ici, un canal, entourait la muraille, allant jusqu’à épouser la forme convexe des rives de la rivière aux Parfums. À l’intérieur, une deuxième rangée de douve entourait la cité royale.
La cité impériale comprenait une cinquantaine de bâtiments, organisée par quartiers, et selon leurs fonctions : cérémonielle, religieuse ou résidentielle. Outre la famille et les princes, elle abritait également quelque 100 concubines impériales bien cachées de la vue des sujets ordinaires, à l’intérieur de la cité interdite.
Pour pénétrer dans la cité impériale, il faut d’abord passer l’imposant bastion construit par Gia Long en 1809, appelé « Cavalier du Roi ». Le drapeau vietcong y fut hissé en 1968 lors de l’offensive du Têt. Il y flotte toujours depuis. De part et d’autre de la porte, d’imposants canons de bronze, pesant chacun 10 tonnes, symbolisent les cinq éléments et les quatre saisons. Sur l’esplanade proprement dite, devant la porte du Midi, se déroulaient les parades militaires.
Derrière la porte du Midi, un pont traversant deux grands bassins amène à l’esplanade des Grands Saluts, puis au palais du trône, construit en 1805, rénové en 1833 et 1923, qui se distingue par sa grande salle aux 80 colonnes en bois décoré avec pour seul motif des dragons dans les nuages.
À deux pas de là, on reste interloqué par l’exceptionnelle beauté de la Porte de la Vertu, qui était autrefois réservée aux seules femmes, et symbolisée par des phénix.
Quant au temple du trône, de tous les grands palais, il fut le seul épargné par les bombardements américains qui suivirent la prise de la ville par le Vietcong, en 1968. Son toit en tuiles vernissées est de toute beauté.
À l’angle sud-ouest de la citadelle, se dresse le plus important monument de la cité royale : le temple du culte des empereurs Nguyen. Construit en 1821 par l’empereur Minh Mang, en l’honneur de son père Gia Long, il fut restauré pendant plus de dix ans par une équipe polonaise, entre 1944 et 1957.
Au-delà de cette étonnante cabine téléphonique que style purement britannique, on pénètre à l’intérieur du temple par une vieille porte avant d’escalader les marches du « pavillon de l’Éclatante bienveillance venue d’en haut ». Tout un programme !
De chaque côté de la vaste esplanade qui fait face au temple se dressent neuf urnes dynastiques. Fondues entre 1835 et 1837, elles sont dédiées chacune à un empereur et pèsent environ deux tonnes !
Chacune de ses urnes est illustrée d’animaux, de fleurs, de paysages, de plantes, d’arbres, et de tout ce qui symbolise le Vietnam.
Revenons dans le temple lui-même. Photos strictement interdites à l’intérieur. Dommage. Pour faire simple, de très beaux autels célèbrent chaque empereur de la dynastie Nguyen, avec tables d’offrandes et tablettes funéraires à la clé. Au centre, se dresse l’autel de Gia Long, fondateur de la dynastie.
À deux pas de là, une immense porte aux couleurs vives surmontées de multiples pagodes subjugue par le regard.
Derrière elle, se dresse le temple To Mieu qui fait partie de l’ensemble de temples voués au culte de la dynastie Nguyen.
Rien d’extraordinaire dans ce temple. Je préfère m’attacher à une autre porte monumentale qui me fascine. Y compris par ses petits détails, plantes, fleurs, animaux et oiseaux qui rappellent les richesses du royaume.
À l’ouest de la citadelle, voici le dragon ailé qui garde l’escalier d’accès au palais de la Reine Mère, le palais Cung Diên Thọ en vietnamien.
Ce palais est un ensemble d’édifices construits par l’empereur Gia Long en 1803-1804 pour sa mère, afin de lui servir de lieu de résidence et de réception.
C’est dans ce palais que l’on retrouve tout le faste de la maison Nguyen. Il est aujourd’hui remeublé comme à l’époque de Bao Daï, le dernier empereur du Vietnam.
On imagine sans mal le faste dans lequel vivaient les souverains… tandis que le petit peuple travaillait à sa richesse. Pas étonnant que le Vietminh s’employa à destituer immédiatement l’empereur dès que l’occasion se présenta, en 1968.
Au milieu de cet ensemble d’édifice, dans les années 50, Bao Daï fit sa résidence privée d’un des pavillons, le pavillon Thinh Minh.
Au fond de la cour, le pavillon Ta Trà, aujourd’hui en ruines, servait de salle d’attente aux visiteurs. Il est adossé à un bassin veillé par le pavillon Truong Du.
En quittant le palais, on reste subjugué par l’élégance des lieux, l’harmonie qui se dégage des jardins, de l’eau et des édifices, tous liés entre eux.
Une nouvelle étape que j’ai intitulée « Palais de la Longue Vie », mais je n’en suis pas si sûr. Il me semble que ce temple est bien celui de Tinh Minh, que Bao Daï fit aménager pour lui et sa famille. Ou peut-être celui de la Reine Mère, et le précédant celui de Bao Daï ! Difficile à savoir…
On retrouve d’ailleurs un mobilier plus moderne, un style plus épuré dans la décoration qui rappelle à bien des égards les années 50 qui correspondent à l’aménagement de Bao Daï.
Mieux, on trouve même sa chaise à porteur.
À deux pas de l’ensemble du palais de la Reine Mère et de celui de la Longue Vie, il suffit de s’égarer un peu pour retrouver le cours de la rivière aux Parfums qui délimite par endroits la muraille de la cité impériale.
À l’intérieur, des canaux ont été percés et creusés afin d’amener l’eau et de créer une subtile harmonie avec les jardins et les édifices.
Sur la porte d’entrée, je me plais à faire quelques gros plans de détails décoratifs, comme ces corbeilles de fruits ou ces étranges chevaux.