Hué, au cœur de la cité impériale
Dimanche 28 janvier. Après cette bonne petite matinée de visite des tombeaux impériaux, petite pause déjeuner, à deux pas de la cité interdite. Déjeuner inclus dans l’excursion. Donc, autant en profiter pour découvrir la cuisine locale. Tout simplement délicieux !
Après quoi, nous entamons un long après-midi de visite de la cité impériale. Honnêtement, les plus beaux vestiges historiques du Vietnam. Tout commence donc ici, devant cette porte du Midi, percée de cinq portes, qui demeure l’entrée principale de la cité impériale. La porte centrale, couverte de tuiles jaunes, était réservée à l’empereur et à sa famille (eh oui, ici aussi, on ne mélange pas les genres !).
Les portes adjacentes étaient réservées aux mandarins, et les latérales aux guerriers. Tout était bien codifié. Au-dessus de la porte en elle-même s’étale le pavillon des Cinq Phénix. La cloche et le tambour datent de 1822. C’est depuis ce pavillon que les mandarins observaient les parades militaires. Et c’est devant cette même porte que le dernier empereur du Vietnam, Bao Daï, remit le pouvoir au Vietminh, en août 1945. Autant donc se faire photographier ici même !
Allez, tournons le dos au présent et plongeons-nous un peu dans le passé glorieux de cette cité impériale de Hué qui demeure le seul exemple d’une ville impériale du Vietnam demeurant encore aujourd’hui. Elle fut construite là, de 1804 à 1833, sous la conduite de Gia Long, le fondateur de la dynastie des Nguyen, et s’inspire très largement de l’architecture des palais impériaux chinois. Jusqu’à 80.000 habitants de la région participèrent à son édification.
La ville possède en fait trois enceintes concentriques bâties autour d’un même axe sud-nord. On trouve d’abord la ville impériale, puis la cité royale, puis la cité pourpre interdite. Les murs de la première enceinte, bien visibles depuis l’entrée (100.000 dongs), peuvent atteindre parfois 20 mètres de large : remblai de terre, deux couches de briques, percé d’une dizaine de portes. Comme on le voit ici, un canal, entourait la muraille, allant jusqu’à épouser la forme convexe des rives de la rivière aux Parfums. À l’intérieur, une deuxième rangée de douve entourait la cité royale.
La cité impériale comprenait une cinquantaine de bâtiments, organisée par quartiers, et selon leurs fonctions : cérémonielle, religieuse ou résidentielle. Outre la famille et les princes, elle abritait également quelque 100 concubines impériales bien cachées de la vue des sujets ordinaires, à l’intérieur de la cité interdite.
Pour pénétrer dans la cité impériale, il faut d’abord passer l’imposant bastion construit par Gia Long en 1809, appelé « Cavalier du Roi ». Le drapeau vietcong y fut hissé en 1968 lors de l’offensive du Têt. Il y flotte toujours depuis. De part et d’autre de la porte, d’imposants canons de bronze, pesant chacun 10 tonnes, symbolisent les cinq éléments et les quatre saisons. Sur l’esplanade proprement dite, devant la porte du Midi, se déroulaient les parades militaires.
Derrière la porte du Midi, un pont traversant deux grands bassins amène à l’esplanade des Grands Saluts, puis au palais du trône, construit en 1805, rénové en 1833 et 1923, qui se distingue par sa grande salle aux 80 colonnes en bois décoré avec pour seul motif des dragons dans les nuages.
À deux pas de là, on reste interloqué par l’exceptionnelle beauté de la Porte de la Vertu, qui était autrefois réservée aux seules femmes, et symbolisée par des phénix.
Quant au temple du trône, de tous les grands palais, il fut le seul épargné par les bombardements américains qui suivirent la prise de la ville par le Vietcong, en 1968. Son toit en tuiles vernissées est de toute beauté.
À l’angle sud-ouest de la citadelle, se dresse le plus important monument de la cité royale : le temple du culte des empereurs Nguyen. Construit en 1821 par l’empereur Minh Mang, en l’honneur de son père Gia Long, il fut restauré pendant plus de dix ans par une équipe polonaise, entre 1944 et 1957.
Au-delà de cette étonnante cabine téléphonique que style purement britannique, on pénètre à l’intérieur du temple par une vieille porte avant d’escalader les marches du « pavillon de l’Éclatante bienveillance venue d’en haut ». Tout un programme !
De chaque côté de la vaste esplanade qui fait face au temple se dressent neuf urnes dynastiques. Fondues entre 1835 et 1837, elles sont dédiées chacune à un empereur et pèsent environ deux tonnes !
Chacune de ses urnes est illustrée d’animaux, de fleurs, de paysages, de plantes, d’arbres, et de tout ce qui symbolise le Vietnam.
Revenons dans le temple lui-même. Photos strictement interdites à l’intérieur. Dommage. Pour faire simple, de très beaux autels célèbrent chaque empereur de la dynastie Nguyen, avec tables d’offrandes et tablettes funéraires à la clé. Au centre, se dresse l’autel de Gia Long, fondateur de la dynastie.
À deux pas de là, une immense porte aux couleurs vives surmontées de multiples pagodes subjugue par le regard.
Derrière elle, se dresse le temple To Mieu qui fait partie de l’ensemble de temples voués au culte de la dynastie Nguyen.
Rien d’extraordinaire dans ce temple. Je préfère m’attacher à une autre porte monumentale qui me fascine. Y compris par ses petits détails, plantes, fleurs, animaux et oiseaux qui rappellent les richesses du royaume.
À l’ouest de la citadelle, voici le dragon ailé qui garde l’escalier d’accès au palais de la Reine Mère, le palais Cung Diên Thọ en vietnamien.
Ce palais est un ensemble d’édifices construits par l’empereur Gia Long en 1803-1804 pour sa mère, afin de lui servir de lieu de résidence et de réception.
C’est dans ce palais que l’on retrouve tout le faste de la maison Nguyen. Il est aujourd’hui remeublé comme à l’époque de Bao Daï, le dernier empereur du Vietnam.
On imagine sans mal le faste dans lequel vivaient les souverains… tandis que le petit peuple travaillait à sa richesse. Pas étonnant que le Vietminh s’employa à destituer immédiatement l’empereur dès que l’occasion se présenta, en 1968.
Au milieu de cet ensemble d’édifice, dans les années 50, Bao Daï fit sa résidence privée d’un des pavillons, le pavillon Thinh Minh.
Au fond de la cour, le pavillon Ta Trà, aujourd’hui en ruines, servait de salle d’attente aux visiteurs. Il est adossé à un bassin veillé par le pavillon Truong Du.
En quittant le palais, on reste subjugué par l’élégance des lieux, l’harmonie qui se dégage des jardins, de l’eau et des édifices, tous liés entre eux.
Une nouvelle étape que j’ai intitulée « Palais de la Longue Vie », mais je n’en suis pas si sûr. Il me semble que ce temple est bien celui de Tinh Minh, que Bao Daï fit aménager pour lui et sa famille. Ou peut-être celui de la Reine Mère, et le précédant celui de Bao Daï ! Difficile à savoir…
On retrouve d’ailleurs un mobilier plus moderne, un style plus épuré dans la décoration qui rappelle à bien des égards les années 50 qui correspondent à l’aménagement de Bao Daï.
Mieux, on trouve même sa chaise à porteur.
À deux pas de l’ensemble du palais de la Reine Mère et de celui de la Longue Vie, il suffit de s’égarer un peu pour retrouver le cours de la rivière aux Parfums qui délimite par endroits la muraille de la cité impériale.
À l’intérieur, des canaux ont été percés et creusés afin d’amener l’eau et de créer une subtile harmonie avec les jardins et les édifices.
Sur la porte d’entrée, je me plais à faire quelques gros plans de détails décoratifs, comme ces corbeilles de fruits ou ces étranges chevaux.