Hué, la magnificence du tombeau de Khai Dinh
Dimanche 28 janvier. À quelques encâblures du tombeau de Minh Mang, voici le tombeau de Khai Dinh, plus petit que le précédent, sans parc paysager, mais d’une très grande beauté.
Pour y accéder, il faut d’abord grimper un escalier monumental traversé par les corps ondulants de trois immenses dragons. Rien que ça ! On se retrouve alors au milieu d’une vaste esplanade et d’une forêt de statues de mandarins dont les traits font plus vrai que nature.
Du pain béni pour mon 35 mm ! Cette cour d’honneur regroupe, outre les mandarins, mais aussi des chevaux, des éléphants et une rangée de guerriers.
Le tombeau de Khai Dinh a été le dernier à être construit. Et sa magnificence trompe l’aura qu’il avait auprès de son peuple. Il n’était guère aimé à vrai dire, aussi bien pour ses frasques que pour les impôts qu’il augmenta de 30 % du jour au lendemain afin de se faire construire son mausolée !
Pour ce qui est de son tombeau, Khai Dinh rompt avec ses prédécesseurs. Fini les parcs paysagers, il opte pour la construction en paliers sur une vaste colline et le béton est largement utilisé. Pétri de cultures européennes, Khai Dinh mélangea allègrement les influences artistiques pour son tombeau. Du coup, l’ensemble est un peu kitsch, mais assez réussi.
Le tombeau de Khai Dinh fut édifié de 1920 à 1931. Et comme pour beaucoup, il ne le vit pas achevé… Il mourut en 1925, à l’âge de 40 ans.
Marionnette dans les mains des Français, l’empereur Khai Dinh se distinguait surtout par ses outrances, ses bagues portées à chaque doigt ou ses tenues vestimentaires extravagantes. Un peu trop pour le peuple vietnamien qui se distingue par son humilité et sa discrétion.
Avant de grimper au pavillon de la stèle, je passe un peu de temps au milieu des mandarins et des guerriers.
Le pavillon de la stèle, de forme octogonale, est des plus original avec ses touches Renaissance côtoyant des colonnes entourées de dragons et des bas-reliefs dessinant l’envol de chauves-souris… Le texte de la stèle a été écrit par Bao Dai, le fils de Khai Dinh. Mais je m’attache surtout à l’extérieur et à cette extraordinaire tête de dragon qui trône au bas de l’escalier.
Une volée de marches plus haut (127 au total depuis la base !) se dresse le tombeau du monarque et son temple. À l’intérieur, un décor invraisemblable !
La mosaïque bien sûr, qui semble comme danser autour de chaque trône, chaque ustensile de pouvoir, chaque symbole, envoûtant le visiteur et accompagnant à merveille les représentations en bronze du souverain.
Partout, des autels sont dressés pour commémorer et célébrer la mémoire du souverain. Et qu’importe s’il était détesté de ses sujets ! Sous la fenêtre de son temple, on trouve les objets familiers du souverain : brûle-parfum, miroir, plumes, théières, etc.
Partout, les mosaïques subjuguent par leur beauté. On raconte que pour les créer, de nombreuses pièces de valeur ont ainsi été réduites en miettes. Tout fut bon pour les créer : vases, assiettes, verres, tessons de bouteilles, etc.
De part et d’autre du tombeau, rampe le corps stylisé d’un immense dragon bariolé, un tigre aplati semble boire dans une mare… Étourdissant.
La statue en bronze grandeur nature de l’empereur a été coulée à Marseille et offerte par la France. Un soleil couchant à corps de dragon symbolise la disparition du souverain. Tout simplement magnifique. Et une ruine pour le peuple vietnamien qui a financé tout cela…