Pourquoi visiter Nizwa ?
Comment visiter Nizwa ?
Nizwa, au coeur de la citadelle et au milieu du souq
Vendredi 10 février. Après cette courte visite de Mascate, nous ne nous attardons pas et nous filons directement à l’ouest, à l’intérieur du pays, en direction des montagnes du sultanat où nous attend notre deuxième étape, Nizwa.
Bon, autant vous le dire tout de suite, cela fait plus de 38 heures que je n’ai pas fermé l’œil et je suis très fatigué. Les deux heures de route qui nous séparent de Nizwa vont me paraître une éternité et je vais devoir m’arrêter à plusieurs reprises pour éviter de m’endormir sur la route.
Il me suffit de tourner la tête pour constater que mon frère est dans le même état que moi. Vanné par le voyage et prêt à dormir. Sauf qu’il nous reste encore pas mal de route. Bon, pas question qu’il prenne le volant. Je vais devoir gérer le trajet.
Le problème avec les routes à Oman, ce ne sont pas les routes. Bien au contraire, c’est du billard. Les autoroutes sont quasiment vides et l’essence est encore moins chère qu’en ville ! C’est fou ! Non, le vrai problème, ce sont les aires de repos. Il n’y en a quasiment pas. Ok, on va devoir improviser.
Du coup, après une quarantaine de minutes de route, je suis obligé de bifurquer à l’intersection d’une autre route pour m’arrêter sur le bas-côté… Et c’est parti pour une micro-sieste ! Et une ! Et encore une autre une trentaine de minutes plus tard. À ce train-là, nous arriverons un peu avant la nuit à Nizwa.
Une fois arrivés à l’hôtel, sieste obligatoire, et c’est une bonne heure et demie plus tard que nous nous réveillons frais comme des gardons en plein désert… Ou presque ! Mais suffisamment réveillés pour partir à l’assaut de la citadelle de Nizwa que nous allons visiter ce soir.
Mais pour cela, faut-il encore trouver de la place sur le grand parking placé à l’extérieur de la citadelle. Interdiction formelle de pénétrer à l’intérieur avec un véhicule. Après une dizaine de minutes d’attente, nous trouvons enfin notre bonheur… Ouf !
Nous allons directement vers la citadelle en passant par l’immense porte qui donne accès à la ville intérieure. Pour nous diriger, nul besoin de plan. Il suffit de relever la tête vers l’immense donjon médiéval et de suivre la foule.
Parlons maintenant de la ville de Nizwa, l’une des principales du pays, et l’une des plus touristiques également. Avec la foule qu’il y a ce soir, je n’en doute pas une seconde.
Historiquement, Nizwa a toujours été le fief des poètes, des intellectuels et des guides religieux.
En ce sens, elle bénéficie d’une place spéciale dans le coeur des Omanais, qui y voient une cité glorieuse, ayant joué un rôle majeur dans les progrès de la civilisation du pays.
Capitale du sultanat aux VIe et VIIe siècles, elle fut l’une des premières villes à se convertir à l’islam, comme en témoignent les mosquées Shawadinah et Sa’al, deux des plus anciennes du monde musulman, édifiées respectivement en 623 et 629.
Par la suite, du milieu du VIIIe siècle au milieu du XIIe siècle, Nizwa fut la capitale successive de plusieurs imams.
Elle connut également une période florissante sous le règne des Ya’ruba, au pouvoir dans tout le pays de 1624 à 1744.
Cette dynastie puissante mit fin à l’occupation portugaise, dynamisa le commerce, mit un terme momentané aux guerres intestines entre les tribus côtières et celles de l’intérieur et favorisa le développement des lettres et des arts, dont Nizwa était le bastion.
Les Ya’ruba encouragèrent également le développement des infrastructures et furent, entre autres, à l’origine de l’édification du très beau château de Jabrin (à quelques kilomètres de Nizwa).
De nos jours, Nizwa est toujours une ville dynamique qui ne manque ni de charme ni d’intérêt.
Elle est construite au bord de deux wadis : Abyad et Kalbu. Son oasis, longue de 8 km, englobe l’ancienne ville, dont l’animation et les principaux bâtiments sont concentrés autour du souk.
Protégé de remparts, ces derniers sont bâtis dans des tons et un style similaire à celui du fort qui le jouxte, une citadelle massive parmi les plus intéressantes et les mieux aménagées du pays – nombreux panneaux informatifs et musée bien fait sur la culture omanaise.
La ville moderne, elle, s’étend sur une quinzaine de kilomètres et compte suffisamment d’infrastructures (hôtels, restaurants, commerces, banques, etc.) pour rendre le séjour facile et agréable.
Au milieu de la forteresse, un groupe folklorique fait le spectacle avec des chants et des danses traditionnelles.
C’est l’effervescence autour d’eux, même si l’on constate que les femmes ne sont pas conviées à chanter ou à danser.
Ici, nous sommes dans un pays musulman, qui, s’il n’est pas rigoriste comme son grand voisin saoudien, laisse tout de même peu de place à la femme dans l’espace public.
Ici, la mode est au noir et blanc. Les hommes portent une djellaba traditionnelle de couleur blanche et les femmes sont toutes vêtues de noir, des pieds à la tête.
Voilà pour la description sommaire de mes premières impressions sur la population, qui, au demeurant, est d’une gentillesse extrême. Je ne vais pas vous mentir, nous avons été à de nombreuses reprises par des Omanais qui souhaitaient simplement nous souhaiter la bienvenue dans leur pays et faire connaissance avec nous, sans aucune arrière-pensée commerciale. Ici, nul besoin d’ailleurs. Tous les Omanais vivent dans l’opulence due aux revenus importants du pétrole et du gaz.
Ceci étant dit, grimpons au sommet de la forteresse de Nizwa pour découvrir l’antique cité qui a grandi au milieu du désert et de la grande oasis autour de laquelle la ville s’est épanouie.
Première constatation : toutes les maisons sont d’un blanc immaculé afin de lutter efficacement contre les grandes chaleurs. Deuxième constatation : le désert n’est pas loin, et les montagnes encore plus proches.
Le fort de Nizwa domine toute la ville avec ses hautes murailles blanches, qui, au moment du coucher du soleil se couvre d’une magnifique teinte blonde.
C’est d’ailleurs pour celui-ci que je suis monté au sommet de la muraille, pour assister au coucher du soleil, là-bas, tout à l’ouest, au-dessus des dents crénelées des montagnes environnantes.
Ici, pas de brume chargée de la poussière du désert comme nous avions pu admirer lors de notre voyage en Ouzbékistan. La vaste étendue de pics érodés se prolonge jusqu’à perte de vue et le désert et repoussé au-delà des montagnes.
Le fort de Nizwa, immanquable, en plein centre de la citadelle, a été savamment restauré. Un peu trop même à mon goût.
On escalade les tours, mais des bruits nous rappellent soudain tous les pièges qui attendaient les téméraires assaillants : trappes qui s’ouvraient sous les pieds, eau bouillante déversée par des meurtrières.
On découvre les différentes salles occupées par les veilleurs, la prison. Le fort servit aussi de salle d’études, de salle de justice.
Le fort de Nizwa remonte au XVIIIe siècle et a été construit par le Sultan bin Saif al-Ya”aruba pour protéger la ville et son oasis.
La première caractéristique frappante est la vaste tour centrale, mesurant 45 mètres de diamètre.
L’entrée à la forteresse est payante, mais ne coûte pas grand-chose. Le ticket donne accès aux pièces principales, qui sont caractérisées par les magnifiques portes sculptées en bois, et par les riches chambres de l’Imam.
Mais le clou de la visite reste bien sûr la montée au sommet de la forteresse. Trois doubles escaliers permettent d’y accéder. Attention, la montée est plutôt raide et il n’y a quasiment rien pour vous protéger du vide.
Une fois là-haut, vous devez rester sur une minuscule terrasse depuis laquelle vous pouvez admirer l’oasis.
Attention, il est strictement interdit de faire le tour de la forteresse en empruntant l’étroit chemin de ronde qui fait le tour de la forteresse. Aucun parapet ne vous protégerait de la chute.
Un peu d’histoire tout en admirant ce magnifique coucher de soleil sur l’oasis qui entoure la citadelle.
Le fort de Nizwa a été construit dans les années 1650 par le deuxième Ya’rubi ; Imam Sultan Bin Saif Al Ya’rubi, bien que sa structure sous-jacente remonte au XIIe siècle.
C’est le monument national le plus visité d’Oman. Le fort était le siège administratif de l’autorité des imams et walis présidents en temps de paix et de conflit.
La majeure partie du fort a pris environ 12 ans pour être terminée et a été construite au-dessus d’un ruisseau souterrain.
Le fort est un puissant rappel de l’importance de la ville à travers les périodes turbulentes de la longue histoire d’Oman.
C’était un formidable bastion contre les raids ennemis qui désiraient faire main basse sur l’abondante richesse naturelle de Nizwa et son emplacement stratégique au carrefour de routes vitales.
La conception du fort reflète l’ingéniosité architecturale omanaise de l’ère Ya’rubi qui a vu des progrès considérables dans les fortifications militaires et l’introduction de la guerre au mortier.
La partie principale du fort est son énorme tour en forme de tambour qui s’élève à 30 mètres au-dessus du sol et a un diamètre de 36 mètres.
Les fondations solides du fort s’enfoncent à 30 mètres dans le sol et une partie de la tour est remplie de roches, de terre et de gravats.
Les portes ont une profondeur de quelques centimètres et les murs sont arrondis et robustes, conçus pour résister à de féroces barrages de tirs de mortier.
Il y a 24 ouvertures tout autour du sommet de la tour pour les tirs de mortier.
Deux canons gardent l’entrée du fort qui s’ouvre sur un dédale de pièces, de halls hauts de plafond, de portes, de terrasses, d’escaliers étroits et de couloirs.
Quatre canons restent au sommet de la tour, contre un total de 24, qui servaient autrefois de principale puissance de feu du fort.
Ils ont fourni une couverture complète à 360 degrés de la campagne environnante, rendant pratiquement impossible une attaque surprise contre le fort sans provoquer une réponse des canons.
L’un d’eux porte le nom de l’Imam Sultan bin Saif gravé dessus. Un autre, de Boston City, a été présenté au premier ambassadeur d’Oman aux États-Unis en 1840. Des touffes de boulets de canon, déformées par la rouille et l’âge, traînent.
La conception de la tour, avec ses créneaux, sa tourelle, ses puits secrets, ses fausses portes et ses puits, intègre une grande partie de la tromperie architecturale.
L’accès au sommet se fait uniquement par un étroit escalier sinueux barré par une lourde porte en bois cloutée de pointes métalliques pour épuiser l’ennemi et entraver sa progression jusqu’au sommet de la tour.
Ceux qui réussissaient à franchir les obstacles risquaient d’être brûlés par de l’huile ou de l’eau bouillante qui était versée à travers des puits qui s’ouvraient directement au-dessus de chaque ensemble de portes et que l’on appelle des trous meurtriers.
Le sirop de dattes, un liquide qui suintait des sacs de dattes stockés dans des caves à dattes spéciales, était également utile comme alternative à l’huile et à l’eau.
Le fort a été construit au-dessus d’un ruisseau souterrain qui assurait un approvisionnement permanent en eau lorsqu’il était soumis à un siège prolongé. Plusieurs citernes situées à l’intérieur de l’enceinte fortifiée assuraient également un ravitaillement abondant.
Des caves souterraines stockaient de la nourriture et des munitions. Courant tout autour du sommet de la tour se trouve un mur à l’usage de 120 gardes qui surveillaient la campagne environnante et étaient armés de mousquets et de silex.
De plus, 480 ports d’armes permettaient un barrage de feu concentré si le fort était attaqué.
Il y a environ six pièges pour surprendre les ennemis dans le passage sombre.
Certains des escaliers ont des planches de bois qui pourraient être enlevées pour exposer des fosses profondes et béantes qui mettront certainement fin à toute personne assez malheureuse pour y tomber.
Voilà pour ce fort à l’intérieur de la citadelle de Nizwa. Il est tard et nous avons une faim de loup. Pour ce premier dîner à Oman, nous n’allons pas aller trop loin. De petits marchands ambulants proposent de la nourriture sur le pouce tout autour du grand parking de la citadelle.
Du coup, nous allons nous installer là, juste devant les petites casemates où sont installés les différents restaurateurs et manger de bonnes brochettes de mouton avec des frites faites maison. Tout simplement délicieux !
Mon frère est trop content. Moi aussi. C’est bête, mais je suis heureux de fêter mon anniversaire avec lui, simplement, au milieu de ce parking avec en bruit de fond le muezzin et l’appel à la prière.