Pourquoi visiter le monastère de Krušedol ?
Comment visiter le monastère de Krušedol ?
Parc national de Fruska Gora, le sublime monastère de Krušedol
Lundi 13 juillet. Après le monastère de Novo Horovo, je saute dans ma voiture et rentre les coordonnées du monastère de Krusedol, le plus important et le plus beau monastère de la région de Fruska Gora.
Google Mpas m’indique que le monastère sera probablement fermé à mon arrivée, mais je décide quand même de tenter ma chance.
Je ne suis pas resté bloqué dans les bouchons du poste-frontière pour rien ! J’entre donc l’adresse et je file droit vers le monastère qui se trouve à quinze minutes de là.
Sur les petites routes de la région, je file à tombeau ouvert et arrive bientôt au milieu d’un immense parking qui permet aux touristes et aux fidèles d’aller visiter le monastère.
Mis à part une autre voiture, pas âme qui vive. Qu’importe ! Je gare ma voiture à proximité de l’entrée et file droit vers un immense portique rouge qui marque l’entrée du monastère.
La porte est encore ouverte, des enfants d’une colonie s’apprêtent à aller dîner dans le réfectoire, le monastère se dresse à une centaine de mètres devant moi.
Je n’hésite pas une seconde et je fonce : un petit groupe sort de l’église principale. Quelque chose me dit que l’église est encore ouverte.
Bingo ! Je pousse la porte devant moi et je me sens ausstôt projeté en plein milieu d’un des monuments les plus sacrés de l’église orthodoxe de Serbie. Une chance inouïe.
Le monastère de Krušedol est fondé entre 1509 et 1514 sur les pentes de la Fruška gora. Ce projet est initié par le dernier despote serbe Ðurad Brankovic, devenu le moine Maksim, et sa mère Angelina.
L’église est dédiée à l’Annonciation et sert à l’origine de mausolée pour cette famille princière. Le site devient rapidement le siège de l’éparchie de Syrmie et un centre culturel pour le peuple serbe.
En 1716, les troupes ottomanes incendient le monastère lors de leur retraite après la bataille de Petrovaradin.
Les bâtiments subissent des dommages majeurs et les reliques de la famille fondatrice sont brûlées par les soldats.
Seuls quelques fragments de reliques sont préservés par les moines. Cet événement marque la fin de la première période architecturale du complexe.
La restauration des bâtiments commence en 1722 et s’étale sur plusieurs décennies du dix-huitième siècle.
L’architecture d’origine influencée par le style de la Morave intègre alors des éléments baroques comme un clocher carré.
Les façades sont modifiées et l’intérieur reçoit de nouvelles peintures murales à l’huile qui recouvrent les fresques médiévales endommagées.
Le narthex conserve toutefois une fresque du Jugement dernier peinte au dix-septième siècle.
Le monastère conserve une importance historique en raison des personnalités qui y sont enterrées. Le site abrite les sépultures du patriarche Arsenije III Carnojevic et du roi Milan Obrenovic.
La princesse Ljubica Obrenovic repose également dans ce lieu aux côtés des restes de la dynastie Brankovic. Le complexe est aujourd’hui classé parmi les monuments culturels d’importance exceptionnelle en Serbie.
Les premières fresques de l’église de l’Annonciation sont réalisées au milieu du XVIe siècle.
Les historiens de l’art attribuent ces peintures d’origine à des moines grecs venus du mont Athos. Les décors médiévaux initiaux recouvraient l’ensemble de la nef et du narthex.
Aujourd’hui, ces œuvres du XVIe siècle sont partiellement visibles sur les piliers porteurs de l’édifice. Elles représentent des figures de prophètes, d’apôtres ainsi que le fondateur saint Maksim Brankovic.
La façade occidentale de l’église conserve une composition picturale majeure datant du milieu du XVIIe siècle.
Cette grande fresque extérieure représente la scène biblique du Jugement dernier. Elle a survécu à l’incendie de l’établissement religieux par les troupes ottomanes en 1716 malgré quelques dégradations.
Les détails montrent la séparation traditionnelle entre les élus et les damnés selon l’iconographie orthodoxe. Cette œuvre marque la transition stylistique avant les transformations architecturales profondes du siècle suivant.
La majeure partie des parois intérieures change d’aspect entre 1745 et 1757. Les moines confient la réfection des murs au peintre ukrainien Jov Vasilijevic et à l’artiste serbe Stefan Tenecki.
Ces derniers recouvrent les fresques endommagées du XVIe siècle par de nouvelles compositions à l’huile. Les nouvelles peintures adoptent les codes du style baroque occidental et les influences artistiques russes.
Les scènes illustrent des épisodes du Nouveau Testament comme la rencontre de Marie et Élisabeth ou l’histoire du prophète Jonas.
Les peintures murales de l’église présentent aujourd’hui des couleurs vives malgré les pillages successifs subis par le monastère.
Des campagnes de restauration menées au XXe siècle ont permis de dégager la couche picturale inférieure.
Les restaurateurs ont ainsi mis au jour le socle peint d’origine sur une hauteur de un mètre soixante-dix dans le narthex.
L’édifice propose désormais une double lecture artistique qui associe l’art médiéval serbe à la peinture religieuse du XVIIe siècle.
Pour la petite histoire, l’un des architectes du monastère était le despote Dorde, le fils du dernier roi serbe avant la domination turque.
Après avoir abandonné la vie séculière, Dorde devint le métropolite sous le nom de Maksim Brankovic, et dès le début, il fit du monastère un mausolée en l’honneur de sa famille.
En 1716, les Turcs endommagèrent le monastère et brûlèrent les reliques, en représailles de leur défaite à la bataille de Petrovaradin lors de la 3e guerre austro-turque.
A noter enfin que dans l’église, il y a un double choeur polychrome, plusieurs autels en bois coloré et une iconoclaste dorée avec un grand crucifix finement sculpté qui date de 1653.