Pourquoi visiter Perast ?
Comment visiter Perast ?
Perast, la beauté intemporelle de l'ancienne cité vénitienne
Samedi 25 juillet. Enfin, dernière étape de ce long voyage à travers les Blakans, voici l’ancienne cité vénitienne de Perast.
Et pour la visiter, coup de chance inouïe, je vais trouver une place de parking à proximité, juste à l’entrée de la ville, gratuite et surveillée. Que demander de plus !
Le temps de fermer la voiture et de marcher jusqu’à l’entrée de la ville jalonnée de petits restaurants et de cafés, et me voici au cœur de la cité dont il me faut avant toute chose vous raconter l’histoire.
Bien que la zone ait été habitée dès la Préhistoire et nommée d’après les Pirusti, une tribu illyrienne locale, Perast n’est mentionnée pour la première fois par écrit qu’en 1336 sous la forme d’un modeste village de pêcheurs doté d’un petit chantier naval.
À cette époque médiévale, sous domination serbe, le village vit dans l’ombre de sa puissante voisine, la cité fortifiée de Kotor, qui exerce une juridiction stricte sur ses terres et contrôle l’île naturelle de Saint-Georges.
Ce statut de simple colonie de pêcheurs change radicalement au XVe siècle lorsque la géopolitique régionale bascule face à l’avancée inexorable de nouvelles puissances.
En 1420, pour se prémunir des invasions, la région se place volontairement sous la protection de la République de Venise.
Lorsque les Ottomans parviennent à s’emparer des localités voisines de Herceg Novi et de Risan en 1482, Perast se retrouve propulsée au rang de bastion frontalier stratégique de la Sérénissime.
Faisant face au détroit des Chaînes (Verige) — le passage le plus étroit de la baie qu’ils apprenaient à bloquer avec de lourdes chaînes immergées —, ses habitants se transforment en guerriers-marins d’élite.
En récompense de leur bravoure infaillible et de leur fidélité à Venise (la ville n’ayant jamais été conquise par les Turcs), les doges leur accordent d’immenses privilèges politiques et économiques, notamment l’exemption totale de taxes sur tous les marchés vénitiens.
Cette franchise douanière propulse Perast dans un véritable âge d’or économique et architectural aux XVIIe et XVIIIe siècles.
La richesse accumulée par le commerce maritime et la guerre de course permet aux douze grandes familles patriciennes de la cité (les casadas) d’ériger seize palais baroques somptueux et dix-neuf églises en pierre blanche de style vénitien le long du rivage.
Les chantiers navals tournent à plein régime et la flotte locale dépasse la centaine de navires.
L’école navale de Perast acquiert une réputation telle à travers l’Europe que le tsar russe Pierre le Grand y envoie ses futurs officiers et navigateurs se former à la cartographie et à l’ingénierie.
C’est aussi à cette époque que la dévotion des marins donne naissance à l’île artificielle de Notre-Dame-du-Rocher (Gospa od Škrpjela), bâtie patiemment pendant deux siècles en submergeant des roches et de vieux navires saisis autour d’un récif où avait été trouvée une icône miraculeuse.
La chute de la République de Venise en 1797 marque le début d’un long déclin pour Perast.
Les marins de la ville manifestent une dernière fois leur fidélité historique en enterrant solennellement le drapeau vénitien (le lion de Saint-Marc) sous l’autel de l’église locale.
La ville traverse ensuite les turbulences des guerres napoléoniennes, passant brièvement sous contrôle autrichien, italien et français, avant d’être rattachée durablement à l’Empire austro-hongrois en 1814.
L’avènement de la marine à vapeur, combiné à la perte des privilèges douaniers, porte un coup fatal à l’économie maritime de la cité, qui se dépeuple progressivement.
Aujourd’hui préservé des grands projets immobiliers modernes, ce joyau architectural classé à l’UNESCO a trouvé un second souffle grâce au tourisme culturel, offrant l’un des témoignages du style baroque côtier les plus purs et les mieux conservés de toute la mer Adriatique.
Ancien carrefour maritime vénitien puissant et prospère – d’où sont sortis un nombre de navires et de capitaines au long cours inversement proportionnel à sa modeste taille -, la petite Perast a depuis appris à se contenter de sa beauté.
Bien qu’elle ne compte qu’une rue principale, cette petite ville s’enorgueillit de ses seize église et dix-sept palais autrefois grandioses.
Si certains ne sont désormais que des ruines mystérieuses, envahies de figuiers et de bougainvilliers, le palais et l’église le plus impressionnant de la ville sont quant à eux bien conservés et ouverts au public.
L’église Saint-Nicolas (Crkva Sv. Nikole) est le cœur spirituel et visuel de Perast. Situé sur la place principale du village, cet édifice en pierre blanche illustre de manière fascinante les ambitions et les revers de fortune de la cité au cours de son histoire.
La structure actuelle se compose d’une petite église d’origine datant de 1616 et des vestiges d’un projet pharaonique initié en 1740.
À cette époque de faste économique, les habitants souhaitaient ériger la plus grande cathédrale de toute la côte adriatique.
Cependant, les guerres répétées contre l’Empire ottoman et la chute de la République de Venise ont prématurément coupé les fonds, laissant la grande nef inachevée.
Aujourd’hui, l’intérieur abrite un riche musée d’art sacré où l’on peut admirer des peintures de l’artiste local Tripo Kokolja, des vêtements liturgiques brodés d’or et des bannières maritimes historiques.
Mais l’attraction majeure de ce complexe religieux reste sans conteste son clocher monumental, achevé en 1691 par l’architecte vénitien Ivan Battista Skarpa.
S’élevant fièrement à 55 mètres de hauteur, cette tour de style baroque est la plus haute de toute la baie de Kotor et servait autrefois de point de repère pour les navires de retour au port.
Pour quelques euros, les visiteurs courageux peuvent emprunter un escalier intérieur en pierre, étroit et escarpé, qui mène jusqu’aux cloches fondues à Venise.
L’effort est récompensé par un panorama spectaculaire à 360 degrés, offrant une vue plongeante sur les toits de tuiles roses de Perast, l’étroit détroit des Chaînes (Verige) et les deux célèbres îlots de Saint-Georges et de Notre-Dame-du-Rocher qui semblent flotter sur les eaux turquoise de la baie.
À quelques minutes de marche le long du rivage se dresse le majestueux Palais Bujovic, considéré à juste titre comme l’un des plus beaux chefs-d’œuvre de l’architecture baroque de toute l’Adriatique orientale.
Érigé en 1694 par l’architecte vénitien Giovanni Battista Fonte, ce palais fut offert par la République de Venise au célèbre capitaine Vicko Bujovic et à ses frères en guise de remerciement pour leur immense bravoure lors des batailles navales contre les Ottomans.
Construit avec des blocs de pierre de taille importés de l’île croate de Korcula, l’édifice se distingue par son porche monumental soutenu par cinq grandes arches, ses balcons raffinés à balustrades et les lions de Saint-Marc sculptés sur sa façade, symbolisant la puissance et le statut de cette grande lignée de navigateurs.
Aujourd’hui, le Palais Bujovic a trouvé une seconde vie en abritant le Musée de la ville de Perast (Muzej Grada Perasta), un espace culturel incontournable pour comprendre l’âge d’or de la cité.
Les salles d’exposition, magnifiquement préservées avec leurs parquets et leurs plafonds d’époque, regroupent une collection inestimable léguée par les anciennes familles patriciennes locales.
Les visiteurs peuvent y découvrir des armes anciennes richement ornées, des portraits de capitaines et d’amiraux, des cartes maritimes de la célèbre école navale de Perast, ainsi que des archives historiques et des maquettes de voiliers.
Les grandes fenêtres et le balcon supérieur du musée offrent également une perspective sur le front de mer, permettant de lier l’histoire artistique exposée à l’intérieur au paysage maritime qui l’a inspirée.
Au-delà du rivage, le paysage de Perast est indissociable de ses deux îlots mythiques qui semblent flotter sur les eaux calmes de la baie. Le plus célèbre est Notre-Dame-du-Rocher (Gospa od Škrpjela), une île entièrement artificielle bâtie par les marins qui y ont érigé une magnifique église baroque abritant soixante-huit peintures du maître Tripo Kokolja et des milliers de plaques votives en argent.
Juste à côté se dresse l’îlot naturel de Saint-Georges, une terre mystérieuse et ombragée de grands cyprès qui abrite un monastère bénédictin du XIIe siècle et l’ancien cimetière de la noblesse locale ; cette “île des morts” ne se visite pas afin de préserver la sérénité des moines, mais s’admire de près lors de la traversée en bateau.
Enfin, le littoral de Perast est une enfilade de palais baroques, dont la splendeur témoigne de l’opulence des anciennes familles patriciennes de la cité.
Parmi les seize demeures nobles préservées, le Palais Smekja se distingue comme le plus vaste et le plus imposant du village ; construit au XVIIIe siècle en pierre blanche importée de l’île croate de Korcula, sa structure majestueuse intègre des balcons élégants et accueille aujourd’hui un complexe hôtelier de luxe.
Plus haut sur la colline, le Palais Zmajevic, surnommé le palais épiscopal, s’adosse à la roche et rappelle le rôle de cette lignée d’archevêques et d’écrivains qui ont profondément marqué l’histoire culturelle et religieuse de la région.