Pourquoi visiter Trebinje ?
Pourquoi visiter Trebinje ?
Trebinje, du pont d'Arslanagic à la vieille ville
Lundi 20 juillet. La nuit ne va pas tarder à tomber et il est grand temps de nous rendre à Trebinje pour arpenter les rues du centre historique et dîner au restaurant. Mais avant ça, je veux emmener mes amis découvrir le magnifique pont d’Arslanagic.
Plongé dans la lumière rasante du soleil couchant, le vieux pont ottoman est d’une beauté sans nom. Quelle chance de pouvoir le découvrir dans de telles conditions.
D’une longueur de 80 m, ce pont ottoman date de 1574. C’est le plus ancien des trois ouvrages de Trebinje qui enjambent la rivière Trebišnjica.
L’histoire du pont d’Arslanagic (Arslanagica most) commence au XVIe siècle, en 1574. Sa construction est ordonnée par Mehmed Pacha Sokolovic, l’un des plus grands grands vizirs de l’Empire ottoman (également célèbre pour avoir commandé le pont de Višegrad).
Le monument est érigé pour honorer la mémoire de son fils, tué lors d’une bataille contre les Vénitiens, et pour relier les routes commerciales entre le cœur de l’Empire ottoman et la côte de la mer Adriatique, notamment la riche république de Raguse (Dubrovnik).
À la fin du XVIIe siècle, lorsque les Ottomans doivent céder la région de Herceg Novi aux Vénitiens, un noble musulman nommé Arslan-aga fuit vers Trebinje.
Le sultan lui accorde alors la propriété du pont ainsi que le droit exclusif de percevoir le péage sur les marchandises et les voyageurs qui le traversent.
Arslan-aga y construit une maison de garde fortifiée à l’entrée de l’ouvrage. Au fil du temps, le pont et le village attenant ont naturellement pris son nom.
Le tournant le plus incroyable de son histoire moderne a lieu dans les années 1960. Pour les besoins d’un grand projet hydroélectrique yougoslave, la construction d’un barrage en aval menace d’engloutir définitivement le pont sous les eaux d’un futur lac artificiel (le lac de Gorica).
Face à la valeur historique inestimable de l’ouvrage, l’Institut pour la protection des monuments décide de mener une opération inédite : entre 1966 et 1972, le pont est entièrement démonté, chaque bloc de pierre est numéroté, puis l’ensemble est reconstruit à l’identique 5 kilomètres plus bas, au cœur de la ville de Trebinje.
Aujourd’hui, le pont d’Arslanagic est classé comme monument national de Bosnie-Herzégovine.
Avec ses deux grands arcs asymétriques, ses deux petits arcs de décharge et ses ouvertures centrales destinées à alléger la structure lors des crues, il est considéré comme l’un des plus beaux exemples d’architecture de l’école d’ingénierie ottomane dans les Balkans.
Il est désormais réservé exclusivement aux piétons et offre un lieu de promenade incontournable le long de la rivière Trebišnjica.
Voilà pour le pont, il est grand temps de nous rendre en centre-ville avant que la nuit ne tombe. Et j’ai une chance inouïe de trouver une place à deux pas du centre historique.
Le temps de fermer la voiture et de faire quelques mètres et nous voici en plein cœur du centre historique de Trebinje.
Appelé Stari Grad ou Kastel, ce centre fortifié de 2,5 ha est une ancienne forteresse construite au début du XVIIIe siècle par Osman-paša Resulbegovic.
Contrairement à d’autres vieilles villes de la région fortifiées sur les hauteurs, celle-ci a la particularité d’avoir été bâtie sur la rive droite de la rivière Trebišnjica.
À l’origine, elle était entourée de hauts remparts et d’un large fossé protecteur relié directement au cours d’eau, qui a été comblé au début du XXe siècle sous l’administration austro-hongroise.
En franchissant la grande porte d’entrée en bois, on pénètre dans un labyrinthe de ruelles pavées étroites et pittoresques qui ont conservé leur tracé médiéval. L’architecture y mélange harmonieusement l’influence ottomane et le style méditerranéen.
Les façades en pierre blanche, les balcons fleuris et les petites cours intérieures confèrent au quartier une atmosphère calme et intime, particulièrement agréable à explorer à pied à l’abri du soleil brûlant de l’Herzégovine.
Le cœur de la vieille ville abrite plusieurs monuments majeurs qui témoignent du passé cosmopolite de Trebinje.
On y trouve notamment la mosquée d’Osman-paša (achevée en 1726) et la mosquée du Sultan Ahmed, toutes deux d’une architecture ottomane remarquable en pierre locale.
C’est également au centre du Kastel que se situe le Musée de l’Herzégovine, installé dans une ancienne caserne autrichienne, qui retrace la riche histoire archéologique, ethnographique et artistique de la région.
Le centre historique s’ouvre directement, via sa porte principale, sur la célèbre place des Platanes (Trg Slobode).
Cette transition marque le passage entre l’ancienne citadelle ottomane et la ville moderne du XIXe siècle.
Aujourd’hui, les anciennes maisons de commerce de la vieille ville abritent de charmants petits cafés, des galeries d’art et des boutiques d’artisanat local, faisant du Kastel un lieu à la fois préservé et vibrant de vie.