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Vorarlberg, randonnée autour du lac de la Silvretta

Vorarlberg, randonnée autour du lac de la Silvretta

Dimanche 2 juillet. La chance n’est pas avec moi, ce matin. La purée de pois de la soirée d’hier ne s’est pas dissipée. Loin de là, même. Elle s’est encore accrue et recouvre désormais tous les sommets de la vallée de Gaschurn. Le temps d’avaler mon petit-déjeuner, de repousser l’envie d’aller piquer une petite tête dans la piscine l’hôtel et je tente une sortie sur les hauteurs du village. Une centaine de mètres plus haut, je dois bien me rendre à l’évidence. La purée de pois est bien partie pour durer.

Retour à la case départ. Je pars chercher mon sac de rando, je le remplis de tout le nécessaire et je file en direction de l’Office de tourisme. Que voir dans cette purée de pois ? Le guide me recommande fortement de ne pas m’aventurer en montagne aujourd’hui. La visibilité n’est pas bonne. « Ah bon, je n’avais pas fait attention… »
Dommage, la région du Bregenz et de la Silvretta abrite quelques-unes des plus belles randonnées de montagne de toute l’Autriche. Je dois me résoudre à la promenade familiale. « Il y a bien le tour du lac de la Silvretta à faire », me renseigne le guide. Ok, va donc pour le lac.

Pourquoi être venu jusqu’à Gashurn, tout au sud du Bregenz et à deux pas de la frontière suisse ? Parce que cette région abrite en son sein quelques-uns des plus beaux sentiers de randonnée du pays et que se dresse là l’une des plus fameuses routes alpines d’Autriche : la Silvretta. Celle-ci monte en 30 lacets jusqu’aux 2.032 m de la Bielerhöhe, le col qui marque la frontière entre le Vorarlberg et le Tyrol.
Pas de chance, j’emprunte bien la route de la Silvretta (15 € de péage au passage !), mais de la route et de ses paysages à couper le souffle, je n’en verrai rien. Ni à l’aller ni au retour. La faute à cette satanée purée de pois qui a pris possession de la montagne. D’autant plus dommage que la route est fermée à la circulation de novembre à juin… Autant dire que j’ai très peu de chance de la revoir un jour. À moins que…

Une fois arrivé au sommet du col, un immense parking permet de garer sa voiture et d’accéder directement au lac de la Silvretta, autrement appelé le lac de Stausee, marqué par l’immense barrage qui l’a formé. Un pont gigantesque permet d’enjamber une rive à l’autre, puis rapidement, on se retrouve sur le chemin de randonnée.

Par ce temps brumeux et pluvieux, j’ai pris la précaution d’emporter doudoune, gants et bonnet que j’ai glissé dans mon sac à dos… Je ne vais pas tarder à m’en féliciter ! En attendant, je suis le chemin en essayant de discerner la silhouette des montagnes environnantes qui encadrent le lac de Stausee.

Au loin, sur l’autre rive, on peut apercevoir une immense cascade dévaler les flancs de la montagne. Vraiment impressionnant, Je la verrai de plus près au retour quand j’aurai fait le tour du lac.

Vers le sud et l’extrémité du lac, j’ai l’étrange sensation que le ciel est moins chargé, à défaut de se dégager tout à fait. Pure impression, hélas. Je me contente donc de ce ciel bas et du paquet de nuages qui enserrent les sommets des montagnes.

Vers l’extrémité du lac, ô miracle, la vue de quelques amas de pierres destinés à matérialiser le bon chemin à prendre pour les randonneurs vient casser quelque peu la morosité des lieux. Une perspective intéressante avec, à l’horizon, la Silvretta qui se fraye un chemin entre deux flancs pentus de la montagne ouverte.

À peine rassasié, je reprends mon chemin. Malgré le temps, nous sommes assez nombreux à arpenter ce sentier. Il est vrai qu’avec ce temps, une tout autre randonnée est fortement déconseillée.

Je marche donc tranquillement le long du chemin, jetant sans cesse des regards scrutateurs vers le ciel. Mais aucune amélioration en vue. Pas de chance pour ce premier jour en montagne.

Un peu plus loin, le chemin s’élève à flanc de montagne, puis redescend bientôt pour rattraper les rives du lac.

Au-dessus de ma tête, le ciel ne s’arrange pas. Loin s’en faut. Pire, quand je regarde vers le nord, en direction du barrage, le temps semble encore s’obscurcir un peu plus. Vers le sud par contre, la grisaille est moins marquée. Du ciel tombe un vilain crachin. On se croirait presque en Bretagne. Les montagnes et les nuages d’altitude en plus. L’humidité aussi.
Le chemin fait subitement un coude et s’ouvre sur une magnifique cascade à flanc de montagne. Le temps de faire quelques repérages et deux ou trois clichés, je dégaine mon filtre uv et le visse à mon 35 mm. Mes premières expériences en temps de pause long commencent. Entre deux passages de grappes de randonneurs, je lance la télécommande. Pas mal pour un début.

Avec ce petit pont qui enjambe le bras d’eau formé par la cascade, j’ai plutôt bien choisi mon endroit. Très joli. Dommage qu’il fasse un temps de chien.

Je me rapproche un peu et fixe mon Nikon à une pierre plus ou moins plate. Pour l’horizontalité, je joue avec quelques cailloux et le capuchon de mon objectif… Les moyens du bord. Mais je suis plutôt satisfait pour un début.

Un petit quart d’heure plus tard, je range mon matériel et je me remets en route. Il est presque onze heures et je suis quasiment à la moitié du trajet. L’extrémité du lac se profile à l’horizon.

Quelques hectomètres plus loin, ce n’est plus une cascade qui me tend les bras, mais bien de la Silvretta elle-même qui, depuis le haut des glaciers qui dominent le col où elle prend sa source, vient se jeter dans le lac de Stausee.

Allez hop, ni une ni deux, je rechausse mon filtre nd400 sur mon 35 mm et je m’amuse avec les temps de pause. Pour un premier essai, je trouve que c’est plutôt réussi. Même s’il faut bien tâtonner et jouer sur la longueur des pauses pour trouver le bon minutage. Une quinzaine de secondes d’ouverture, ça me semble pas trop mal.

La Silvretta côté montagne, puis la rivière qui se jette dans le lac. Tout ça me permet de multiplier les angles de vue et de jouer sur les cadrages. Pour déclencher, faute de trépied, je me sers de l’assise du pont et des blocs de pierre alentour. Le hic, c’est que je dois attendre que les touristes passent le pont pour déclencher, sans quoi les vibrations viennent tout gâcher.

Bon, voici quelques-uns de mes meilleurs résultats obtenus… Je ne suis pas trop mécontent au final. L’effet « filet » est au rendez-vous. Mieux, pour quelques unes des photos, un effet « brillant » vient ajouter encore un peu plus au mystère. La vie est belle.

En mode « normal », voici ce que ça donne. Un lieu magique avec cette rivière de montagne qui vient alimenter le lac Stausee.

Allez zou, je jette encore un dernier regard vers la rivière et je continue mon chemin.

Arrivé à l’extrémité nord du lac, deux choix sont devant moi : continuer le tour du lac et rejoindre le parking où m’attend ma voiture ou bien bifurquer à droite, prendre le chemin qui longe la rivière sauvage et gravir la montagne jusqu’au refuge du col. Il est à peine midi, du coup j’opte pour l’ascension du col qui ne me semble pas vraiment dangereuse malgré la purée de pois qui m’entoure. Et c’est parti pour l’ascension du col de la Bielerhohe qui marque la frontière entre le Vorarlberg et le Tyrol.

Quel dommage que la vue soit gâchée par la brume, car le chemin qui longe la rivière de la Silvretta est vraiment époustouflant. Ici et là, des congères de l’hiver achèvent de fondre sur le parcours de la rivière.

Plus loin, là où le relief est plus marqué, c’est un autre petit torrent qui se forme dans le flanc de la montagne pour rejoindre la Silvretta.

L’eau dévale avec force et forme un lit étroit dans la montagne.

Enfin, après une heure et demie de marche, je parviens enfin au sommet. Une petite chapelle accueille les randonneurs. J’en profite pour casser la croûte à l’abri de la bruine qui recommence à tomber. Quel moment de bonheur intense. Je me sens revivre. Avec le demi-comprimé d’antibiotique que je prends chaque matin, ma bactérie hindoue semble vouloir enfin me laisser en paix. Je retrouve des forces.

Au sommet, un mini-glacier s’accroche toujours au flanc de la montagne. Son eau fond petit à petit et il est certain qu’il ne passera pas l’été. J’en profite tant qu’il est encore là pour prendre quelques photos de lui. J’adore ces moments de solitude en totale harmonie avec la nature.

À l’extrémité de la glace, un petit torrent dévale. Je tente encore quelques clichés en pause longue, mais ça ne donne pas grand-chose.

Au-dessus, la petite chapelle du refuge rehausse encore le cachet de ce petit coin du monde perdu dans les alpages autrichiens. Quelle chance d’être ici.

Après trois heures de montée du col, puis de sa descente, je ne suis pas très mécontent d’apercevoir de nouveau la Silvretta qui dévale les flancs de la montagne. Cet endroit est magique… et doit l’être encore plus sous le soleil, je suppose.

Et ô miracle ! Alors que la bruine et le brouillard ne m’ont pas quitté depuis la matinée, un furtif rayon de soleil vient frapper les flancs de la montagne en donnant quelques reflets argentés au torrent. Magique !

Je dégaine aussitôt mon Nikon et mitraille l’aval et l’amont de la rivière. Une chance inouïe. C’est bête comme on s’accroche à de toutes petites choses dans ces moments de profonde solitude et d’harmonie avec la nature. On se sent plus vivant, connecté à notre environnement, comme si à mon tour je prenais place dans cet immense décor à ciel ouvert. Un bonheur puissant m’envahit.

Mais cette joie est de courte durée. L’instant d’après, un nuage cache de nouveau le soleil. On ne le reverra plus de toute la journée. Je reste avec le souvenir de l’éclat argenté des eaux tumultueuses du torrent qui dévale la pente.

Puis plus loin, je trouve un petit tumulus qui fait face à un coude du torrent. L’occasion idéale pour place mon objectif dans l’axe de la Silvretta. Pause longue. La rivière ressemble maintenant à un serpent argenté aux écailles douces et brillantes. Tout ça commence franchement à m’amuser.

Je mets un peu plus d’une heure à descendre le col. La pluie m’accompagne par intermittence, mais j’ai l’impression que le crachin finit par s’estomper. Il est presque quatre heures quand je croise un petit groupe qui monte à leur tour le col. Je leur souhaite bonne chance. J’espère qu’ils ont pensé comme moi à emporter la doudoune et les gants pour se protéger du froid. Là-haut, impossible de faire sans au risque d’attraper une pneumonie !

Enfin, les eaux du lac se profilent. Malgré le ciel bas, je peux deviner la couleur turquoise de ses eaux.

Cette couleur turquoise provient de tous les sédiments arrachés à la montagne par les torrents qui alimentent le lac. Sur les rives, la pierraille témoigne de la force du courant.

Encore une petite demi-heure de marche sur la rive opposée du lac. La fatigue commence à se faire sentir et finalement, j’ai hâte de retrouver la voiture et ma chambre douillette de l’hôtel de la Poste.

Dernière étape avant l’arrivée : l’imposante cascade que j’avais admirée depuis l’autre rive du lac au début de mon trek. Elle est vraiment impressionnante et charrie à chaque seconde des mètres cubes d’eau de montagne. Je me penche pour en boire une gorgée. Délicieux. Quel bonheur d’être ici.

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