Angkor, le grand temple montagne du Baphuon
Mercredi 31 janvier. En retraversant la chaussée du palais royal, puis en obliquant sur la gauche, je débouche bientôt sur un des plus vastes temples d’Angkor : le Baphuon.
Implanté au cœur de l’ancienne cité royale d’Angkor Thom, au sud du Palais royal, le temple du Baphuon est dédié au culte du Linga. Il est l’un des plus grands édifices religieux du Cambodge et fut probablement l’un des édifices majeurs autour duquel se structurait la vie de la capitale khmère.
Autrefois comparé à une montagne d’or, ce temple fut construit au milieu du XIe siècle, soit avant Angkor Thom, bien qu’il s’y trouve à l’intérieur. C’est l’occasion pour moi de poursuivre mon petit récit historique que j’avais laissé justement à cette époque quand Suryavarman 1er accédait enfin au pouvoir en succédant à Jayavarman V.
Toutefois, Suryavarman 1er n’est pas un grand bâtisseur. Il se contente de faire entretenir les temples et de restaurer le Palais royal. En revanche, ses 50 ans de règne auront permis de mettre fin aux guerres intestines au sein du royaume, de le pacifier et d’étendre encore son territoire. Son fils, Udayadithyavarman entreprend quant à lui de gigantesques travaux, et notamment le gigantesque lac artificiel de 8 km sur 2, qu’on appelle aujourd’hui le Barai occidental.
Le Baphuon est un style architectural khmer à lui tout seul. Il faut s’imaginer que construire une telle pyramide était un véritable exploit pour l’époque. Rançon de la gloire, elle s’est en grande partie écroulée !
Le plus remarquable aspect de ce temple-montagne est sa façade occidentale du 2e étage, que les artisans de l’époque transformèrent ensuite en un Bouddha entrant au Nirvana, long de 60 m !
Au deuxième étage, on peut admirer toute une série de bas-reliefs qui racontent notamment le Ramayana.
Le parcours de Râma est la plus courte des deux épopées mythologiques de langue sanskrite composées entre le IIIe siècle av. J.-C. et au IIIe siècle de notre ère. Constitué de sept chapitres et de 24.000 couplets (48 000 vers), le Râmâyana est, comme le Mahabhârata, l’un des textes fondamentaux de l’hindouisme et de la mythologie hindoue.
Dans l’épisode précédent, j’évoque l’accession au pouvoir du fils de Suryvarman Ier, Udayādityavarman II. Il régna de 1050 à 1066. C’est justement lui qui fit construire le Baphûon vers 1060, à la gloire de Shiva. La Baphuon était un temple d’État, connu comme la « montagne d’or » (svarnādrī).
Le temple se dressait au sommet d’une colline artificielle, mais avait pratiquement disparu avant d’être dégagé et consolidé en plusieurs étapes de 1908 à 1918, par l’École française d’Extrême-Orient.
C’est d’ailleurs toujours cette École française d’Extrême-Orient qui, depuis 1995, a entrepris un vaste chantier de restauration du temple. Ce travail de grande ampleur soumis aux aléas climatiques des tropiques et des contraintes techniques nombreuses aura duré plus de 16 ans !
D’importants éboulements, notamment en 1943, ont obligé à reprendre la consolidation en 1950. À la fin des années 1960, il est décidé de démonter le temple bloc par bloc en les numérotant : cette opération d’anastylose devait durer dix ans. Mais la guerre civile cambodgienne (1967-1975) interrompt les travaux en 1971, et les différents relevés et archives sont détruits.
Le conflit indochinois (1978-1999) qui suit provoque la fin du projet, et les ruines du Baphûon sont laissées à l’abandon…
Envahi par la végétation, il entre en restauration en 1995, dans un projet de dix millions d’euros apportés par le gouvernement français, et réalisé par l’École française d’Extrême-Orient.
Le Baphûon est une pyramide à cinq gradins de 145 mètres sur 150, composée de 300 000 pièces de grès de 500 kg chacune, toutes sculptées et uniques.
Je reste scotché par cette extraordinaire pyramide et c’est avec regret que je dois le quitter. Pour cela, j’emprunte le chemin qui me ramène vers la voie royale.
Je passe par le chemin qui passe entre deux vastes bassins rectangulaires. Sur ma gauche, j’aperçois encore l’extrémité de la terrasse des Éléphants. Mais cette fois-ci, je prends à droite, direction le temple du Bayon…