Pourquoi visiter le temple Baphuon ?
Un chef-d’œuvre de l’architecture khmère du XIe siècle
Le Baphuon est l’un des temples les plus imposants et les plus fascinants d’Angkor, une véritable prouesse architecturale qui marque une étape clé dans l’évolution de l’art khmer. Construit au milieu du XIe siècle sous le règne du roi Suryavarman Ier, il est le prototype du “temple-montagne”, une représentation symbolique du mont Meru, la demeure sacrée des dieux dans l’hindouisme. Sa structure à trois niveaux, mesurant 120 mètres d’est en ouest et 100 mètres du nord au sud, s’élevait à près de 50 mètres de hauteur, ce qui en faisait le deuxième plus grand temple d’Angkor après Angkor Wat. L’ambassadeur chinois Zhou Daguan, qui visita la région à la fin du XIIIe siècle, fut ébloui par sa splendeur, qu’il décrivit comme “la Tour de Bronze… un spectacle vraiment étonnant”.
Le plus grand puzzle tridimensionnel du monde
L’histoire moderne du Baphuon est aussi épique que sa construction. Dans les années 1960, les archéologues de l’École française d’Extrême-Orient entreprirent de le démonter pierre par pierre pour une restauration complète. Mais le début de la guerre civile en 1970 les contraignit à abandonner le chantier, laissant derrière eux 300 000 blocs de pierre soigneusement numérotés. Les plans de remontage furent perdus pendant la période khmère rouge, transformant le temple en un puzzle géant . Il fallut attendre 1995 pour qu’une équipe franco-cambodgienne, dirigée par l’architecte Pascal Royère, reprenne ce défi titanesque. Après seize années de travail minutieux, le temple fut finalement inauguré en juillet 2011, après 51 ans de restauration, ce qui en fait l’un des plus grands projets de reconstruction jamais réalisés dans le domaine de l’archéologie.
Un témoignage de la transition religieuse du Cambodge
Le Baphuon est également un lieu chargé d’histoire spirituelle. À l’origine dédié au dieu hindou Shiva, il fut transformé en temple bouddhiste à la fin du XVe siècle. C’est à cette époque que fut construite, sur le côté ouest du temple, une statue monumentale de Bouddha couché de 9 mètres de haut et de 70 mètres de long, taillée dans les pierres mêmes du temple. Cette conversion du temple en sanctuaire bouddhiste témoigne du bouleversement religieux majeur qui marqua la fin de l’empire khmer et l’arrivée du bouddhisme theravada, qui allait devenir la religion dominante du Cambodge moderne. Des études récentes ont montré que cette modification est survenue un siècle plus tôt que ce que l’on pensait, probablement lors de l’occupation ayutthayenne d’Angkor dans les années 1430-1440.
Un site incontournable pour les amateurs d’histoire
Situé au nord-ouest du Bayon, à l’intérieur de l’enceinte d’Angkor Thom, le Baphuon est accessible par une chaussée surélevée de 200 mètres de long soutenue par de nombreuses colonnes, offrant une perspective impressionnante. Les visiteurs peuvent y admirer des bas-reliefs d’une finesse exceptionnelle, représentant des scènes de la vie quotidienne et des épisodes des épopées hindoues du Mahabharata et du Ramayana. Bien que l’ascension de ses escaliers raides soit exigeante, elle récompense par une vue imprenable sur la forêt environnante et les autres temples d’Angkor Thom. Le Baphuon est ouvert tous les jours de 7h30 à 17h30, et sa visite est incluse dans le billet d’accès au parc archéologique d’Angkor . Pour ceux qui cherchent à comprendre l’évolution architecturale des temples khmers, du simple temple-montagne à la perfection d’Angkor Wat, le Baphuon constitue une étape essentielle et profondément émouvante.
Comment visiter les différents temples d’Angkor ?
Trois circuits pour s’adapter à tous les rythmes
L’immensité du parc d’Angkor (plus de 400 km²) peut être déroutante. Pour la parcourir, tout est pensé autour de deux itinéraires de visite. Le Petit Circuit, le plus classique, concentre les temples les plus célèbres en une boucle d’environ 20 kilomètres : Angkor Wat, le Bayon aux visages de pierre et Ta Prohm enlacé par les racines des fromagers en sont les étapes phares. Pour ceux qui disposent de plus de temps, le Grand Circuit s’éloigne davantage vers le nord-est et mène à des sites plus préservés comme Preah Khan, Neak Pean ou le Pre Rup, célèbre pour son coucher de soleil. Le choix du circuit déterminera l’organisation de votre journée, mais il est tout à fait possible de combiner les deux sur plusieurs jours.
Les horaires d’ouverture précis pour chaque site
Les horaires des temples sont désormais bien établis en 2026 et varient pour s’adapter aux levers et couchers de soleil. Le temple d’Angkor Wat ouvre plus tôt que les autres, à 5h00, pour permettre d’admirer le lever du soleil, et ferme à 18h00 . La majorité des temples du Petit et du Grand Circuit (Bayon, Ta Prohm, etc.) sont accessibles de 6h00 à 18h30. Enfin, quatre sites sont officiellement dédiés à l’observation du coucher (Pre Rup, Phnom Krom, Sras Srang et la porte Tonle Om) ; ils ouvrent à 5h00 et ferment à 19h00. Une règle de grâce de 30 minutes est appliquée partout : si vous êtes déjà à l’intérieur d’un temple à l’heure de fermeture, vous avez une demi-heure supplémentaire pour en sortir tranquillement.
Les tarifs des billets et où les acheter
L’accès au parc est réglementé par un pass (Angkor Pass) disponible en trois formules. Le billet d’une journée coûte 37 dollars, le pass de trois jours (valable une semaine) est à 62 dollars et le pass de sept jours (valable un mois) à 72 dollars. Le pass de trois jours est le plus populaire car il offre le meilleur rapport qualité-prix pour une visite complète. L’achat se fait en ligne sur le site officiel d’Angkor Enterprise, ou directement au bureau des billets (Angkor Ticket Office) qui ouvre à 4h30 pour les premiers visiteurs. Une photo d’identité vous sera prise sur place pour imprimer votre ticket, qu’il est indispensable de conserver précieusement.
Comment se déplacer et les précautions à prendre
Pour explorer le parc, le moyen le plus pratique et le plus populaire est le tuk-tuk. Il est facile de louer un chauffeur pour une journée complète (environ 15 à 20 dollars) qui vous emmènera de temple en temple et vous attendra sur place. Pour une expérience plus libre, la location de vélos (environ 2 dollars par jour) ou de scooters est également possible. Le code vestimentaire est strict et doit être respecté : les épaules et les genoux doivent être couverts avec un tissu opaque. Une attention particulière est à porter à la tour centrale d’Angkor Wat (Bakan) : elle est ouverte tous les jours, mais ferme les après-midis des 14 et 28 de chaque mois pour des travaux de conservation.
Angkor, le grand temple montagne du Baphuon
Mercredi 31 janvier. En retraversant la chaussée du palais royal, puis en obliquant sur la gauche, je débouche bientôt sur un des plus vastes temples d’Angkor : le Baphuon.
Implanté au cœur de l’ancienne cité royale d’Angkor Thom, au sud du Palais royal, le temple du Baphuon est dédié au culte du Linga. Il est l’un des plus grands édifices religieux du Cambodge et fut probablement l’un des édifices majeurs autour duquel se structurait la vie de la capitale khmère.
Autrefois comparé à une montagne d’or, ce temple fut construit au milieu du XIe siècle, soit avant Angkor Thom, bien qu’il s’y trouve à l’intérieur. C’est l’occasion pour moi de poursuivre mon petit récit historique que j’avais laissé justement à cette époque quand Suryavarman 1er accédait enfin au pouvoir en succédant à Jayavarman V.
Toutefois, Suryavarman 1er n’est pas un grand bâtisseur. Il se contente de faire entretenir les temples et de restaurer le Palais royal. En revanche, ses 50 ans de règne auront permis de mettre fin aux guerres intestines au sein du royaume, de le pacifier et d’étendre encore son territoire. Son fils, Udayadithyavarman entreprend quant à lui de gigantesques travaux, et notamment le gigantesque lac artificiel de 8 km sur 2, qu’on appelle aujourd’hui le Barai occidental.
Le Baphuon est un style architectural khmer à lui tout seul. Il faut s’imaginer que construire une telle pyramide était un véritable exploit pour l’époque. Rançon de la gloire, elle s’est en grande partie écroulée !
Le plus remarquable aspect de ce temple-montagne est sa façade occidentale du 2e étage, que les artisans de l’époque transformèrent ensuite en un Bouddha entrant au Nirvana, long de 60 m !
Au deuxième étage, on peut admirer toute une série de bas-reliefs qui racontent notamment le Ramayana.
Le parcours de Râma est la plus courte des deux épopées mythologiques de langue sanskrite composées entre le IIIe siècle av. J.-C. et au IIIe siècle de notre ère. Constitué de sept chapitres et de 24.000 couplets (48 000 vers), le Râmâyana est, comme le Mahabhârata, l’un des textes fondamentaux de l’hindouisme et de la mythologie hindoue.
Dans l’épisode précédent, j’évoque l’accession au pouvoir du fils de Suryvarman Ier, Udayādityavarman II. Il régna de 1050 à 1066. C’est justement lui qui fit construire le Baphûon vers 1060, à la gloire de Shiva. La Baphuon était un temple d’État, connu comme la « montagne d’or » (svarnādrī).
Le temple se dressait au sommet d’une colline artificielle, mais avait pratiquement disparu avant d’être dégagé et consolidé en plusieurs étapes de 1908 à 1918, par l’École française d’Extrême-Orient.
C’est d’ailleurs toujours cette École française d’Extrême-Orient qui, depuis 1995, a entrepris un vaste chantier de restauration du temple. Ce travail de grande ampleur soumis aux aléas climatiques des tropiques et des contraintes techniques nombreuses aura duré plus de 16 ans !
D’importants éboulements, notamment en 1943, ont obligé à reprendre la consolidation en 1950. À la fin des années 1960, il est décidé de démonter le temple bloc par bloc en les numérotant : cette opération d’anastylose devait durer dix ans. Mais la guerre civile cambodgienne (1967-1975) interrompt les travaux en 1971, et les différents relevés et archives sont détruits.
Le conflit indochinois (1978-1999) qui suit provoque la fin du projet, et les ruines du Baphûon sont laissées à l’abandon…
Envahi par la végétation, il entre en restauration en 1995, dans un projet de dix millions d’euros apportés par le gouvernement français, et réalisé par l’École française d’Extrême-Orient.
Le Baphûon est une pyramide à cinq gradins de 145 mètres sur 150, composée de 300 000 pièces de grès de 500 kg chacune, toutes sculptées et uniques.
Je reste scotché par cette extraordinaire pyramide et c’est avec regret que je dois le quitter. Pour cela, j’emprunte le chemin qui me ramène vers la voie royale.
Je passe par le chemin qui passe entre deux vastes bassins rectangulaires. Sur ma gauche, j’aperçois encore l’extrémité de la terrasse des Éléphants. Mais cette fois-ci, je prends à droite, direction le temple du Bayon…