Pourquoi visiter les Bouches de Kotor ?
Pourquoi prendre la route serpentine ?
Bouches de Kotor, la route serpentine jusqu'au mont Lovcen
Mercredi 22 juillet. Pour grimper au sommet du mont Lovcen qui domine les bouches de Kotor et son fjord, il existe deux solutions : soit prendre le téléphérique Kotor-Lovcen, soit emprunter la route serpentine.
Pour ma part, je ne vais pas trop réfléchir et profiter de ma voiture pour emprunter la route qui en 25 lacets permet d’accéder jusqu’au sommet.
Conçue à la fin du XIXe siècle par l’ingénieur en chef Josip Slade, cette route historique avait pour but de relier le littoral au royaume du Monténégro de l’époque.
Le tronçon le plus célèbre s’étend sur une quinzaine de kilomètres et grimpe de façon abrupte à flanc de falaise.
Il compte exactement 25 virages en épingle à cheveux, numérotés de 1 à 25.
La route est étroite, parfois sinueuse au point de ne laisser passer qu’un seul véhicule, ce qui exige une concentration maximale de la part des conducteurs.
Une anecdote romantique entoure la construction du virage numéro 14. L’ingénieur Josip Slade était, selon la légende locale, profondément amoureux de la reine Milena du Monténégro.
Pour lui rendre hommage, il a tracé une section spécifique de la route en forme de la lettre “M”.
Vue du ciel ou depuis les hauteurs de la montagne, cette courbe parfaite se détache nettement du relief, immortalisant cette histoire d’amour courtoise dans la pierre monténégrine.
À mesure que l’on enchaîne les lacets, le paysage se transforme de manière spectaculaire. C’est entre les virages 20 et 25 que se trouvent les points de vue les plus célèbres, souvent aménagés avec de petits parkings ou des cafés de fortune.
De là-haut, les trois bassins des Bouches de Kotor (Kotor, Tivat et Herceg Novi) se révèlent dans leur intégralité, formant un panorama à 360 degrés où la mer Adriatique semble s’enfoncer comme un fjord entre des montagnes géantes.
Une fois le 25e lacet franchi, la route s’enfonce dans le paysage karstique et lunaire du parc national jusqu’au sommet du mont Lovcen (le mont Jezerski, à 1.657 mètres d’altitude).
C’est ici que repose le plus grand héros de la nation, le prince-évêque Petar II Petrovic-Njegoš. Pour accéder à son mausolée monumental, il faut gravir un escalier de 461 marches taillé sous la montagne.
Par temps clair, le sommet offre une vue qui s’étend sur la quasi-totalité du Monténégro, jusqu’à l’Italie de l’autre côté de l’Adriatique.
Quelques petits conseils de conduite pour ceux qui souhaiteraient à leur tour s’aventurer sur la route serpentine. D’abord n’oubliez pas : la route est étroite. Vous devrez régulièrement croiser d’autres véhicules. Regardez loin devant vous pour repérer les “passing places” (les zones d’évitement plus larges) et arrêtez-vous à temps pour laisser passer le véhicule d’en face.
Le véhicule qui monte a théoriquement la priorité, mais la règle du bon sens l’emporte. Soyez toujours prêt à faire une petite marche arrière si vous êtes plus proche d’un élargissement que la voiture arrivant en face.
Pour admirer la vue ou prendre des photos, utilisez exclusivement les espaces stabilisés prévus à cet effet. Ne bloquez jamais un virage en épingle, car les bus locaux ont besoin de toute la largeur de la route pour manœuvrer.
À la descente, utilisez le frein moteur en restant en deuxième vitesse pour éviter de surchauffer vos freins. À la montée, restez bas dans les tours pour garder du couple dans les virages très serrés.
Les conducteurs monténégrins connaissent la route par cœur et roulent vite. Ne vous laissez pas impressionner : serrez à droite dès que possible et mettez votre clignotant pour leur indiquer qu’ils peuvent vous dépasser en toute sécurité.
Pour ceux que la route effraie, il existe des options de transport alternative comme le téléphérique Kotor-Lovcen. Inauguré récemment, ce téléphérique ultramoderne est devenu l’attraction phare de la région. C’est le moyen le plus rapide et le plus impressionnant pour grimper sans effort
Il relie la gare basse de Dub (près de la plaine de Kotor/Grbalj) à la gare haute de Kuk sur les flancs du mont Lovcen. L’ascension verticale de 1 348 mètres prend exactement 11 minutes.
Comptez 25 € pour un billet adulte aller-retour (14 € l’aller simple) et 7 € pour les enfants de 2 à 12 ans. Les billets s’achètent facilement aux guichets ou sur la billetterie officielle en ligne.
Attention, la gare d’arrivée (Kuk) n’est pas encore au sommet ultime du mont Lovcen où se trouve le Mausolée de Njegoš. Pour couvrir les 13 km restants jusqu’au monument, vous devrez prendre sur place un service de transfert (shuttle/taxi pour environ 5-8 €) ou louer un vélo.
Parlons maintenant du principal, de la vue extraordinaire que l’on a sur les bouches de Kotor, que l’on soit en voiture ou à bord du téléphérique.
Le panorama se caractérise par un contraste saisissant entre le bleu azur de la mer Adriatique et les immenses parois de calcaire gris qui tombent à pic dans l’eau.
Les montagnes du Mont Lovcen et du Vrmac entourent les bassins, créant une atmosphère de fjord scandinave transposé sous le soleil de la Méditerranée.
La perspective s’ouvre sur une enfilade de quatre bassins interconnectés (les baies de Kotor, Risan, Tivat et Herceg Novi). Ils forment une succession de miroirs d’eau reliés par d’étroits goulets, comme le détroit de Verige, qui ne mesure que 340 mètres de large.
L’après-midi, le soleil brille directement sur l’eau, révélant des nuances de bleu turquoise près des côtes et de bleu profond au centre.
Mais au coucher du soleil, le spectacle est saisissant, les parois de calcaire s’illuminent de teintes roses et orangées, tandis que les premiers lampadaires des villages s’allument le long du rivage, dessinant un collier de lumière autour de la baie.
Deux spots photos sont absolument incontournables. Tout d’abord, entre le 24e et le 25e virage. À près de 1.000 mètres d’altitude, vous dominez verticalement l’intégralité des Bouches de Kotor. Vous voyez distinctement la forme du “fjord”, la piste de l’aéroport de Tivat d’un côté, et la vieille ville de Kotor de l’autre.
L’alternative est le bar panoramique Horizont, situé juste après le dernier lacet, un peu plus haut sur la route P1. La terrasse est construite en surplomb direct du vide, garantissant une vue à 180 degrés totalement dégagée. Le bar dispose de petites plateformes en bois avancées qui permettent de poser et d’avoir la baie en arrière-plan.
Bon à savoir. Pour que l’eau de la baie soit d’un bleu turquoise éclatant sur vos clichés, privilégiez le milieu ou la fin d’après-midi. Le matin, le soleil se lève derrière la montagne et laisse le fond de la baie dans l’ombre.
Enfin, un petit mot pour comprendre comment se sont formées ces fameuses bouches de Kotor qui sont en réalité un canyon submergé (une ria).
Bien avant que la mer n’occupe l’espace actuel, la région était traversée par un puissant système fluvial. Ce fleuve préhistorique a creusé son lit à travers les roches calcaires tendres et les sédiments (le flysch) des Alpes dinariques. Au fil des millénaires, l’érosion fluviale a sculpté une vallée très profonde, sinueuse et ramifiée en plusieurs branches
Le tournant décisif s’est produit à la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 10.000 à 12.000 ans. La fonte massive des calottes glaciaires mondiales a provoqué une élévation rapide du niveau de la mer Adriatique.
L’eau de mer s’est engouffrée dans l’embouchure du fleuve, inondant complètement le canyon et ses vallées adjacentes pour former les quatre bassins interconnectés que l’on observe aujourd’hui (Herceg Novi, Tivat, Risan et Kotor).
Le paysage unique des bouches de Kotor doit aussi sa verticalité à la tectonique des plaques. La collision entre la plaque tectonique africaine et la plaque eurasiatique continue de soulever les massifs montagneux calcaires environnants (comme le mont Lovcen et le massif d’Orjen).
Ce relief “karstique” engendre également d’abondantes rivières souterraines et des sources d’eau douce subaquatiques qui jaillissent directement au fond de la baie, modifiant la salinité de l’eau.