Dubrovnik, le joyau de la côte adriatique croate
Dimanche 26 juillet. Après plusieurs rendez-vous manqués, c’est finalement par le plus grand des hasards que je vais enfin pouvoir visiter l’une des plus belles villes d’Europe, l’ancienne cité de Raguse qu’on appelle aujourd’hui Dubrovnik.
Hasard parce qu’en changeant mes plans au dernier moment, en décidant de ne pas retourner en Serbie ramener mon amie qui préfère profiter des joies de la bronzette sur la baie de Kotor, je vais couper par la Croatie pour retourner directement en France, via la Slovénie, l’Autriche et l’Allemagne.
Première étape du voyage retour, voici donc la belle Dubrovnik, que par chance, je vais visiter en plein après-midi estival, quand la plupart des touristes du coin préfèrent se baigner dans les eaux de l’Adriatique plutôt que d’arpenter l’extraordinaire lacis de rues pavées de l’antique Raguse.
Bonne pioche, car désertée par les touristes estivaux qui préfèrent l’envahir dès le soir venu, Dubrovnik se dévoile dans toute sa splendeur. Du coup, je n’ai aucun mal à trouver une place sur le parking public qui se trouve à 500 mètres de l’entrée de la ville.
Avant d’entreprendre la visite incontournable de ses remparts, je vais d’abord remonter l’incontournable Place Stradun, la rue principale qui coupe la ville en deux, d’est en ouest, de la porte Pile à la colonne de Roland.
La petite Raguse était autrefois une île, et Placa en était le canal qui la délimitait au nord. Puis la ville s’étendit et le canal fut comblé.
Aujourd’hui les maisons anciennes de cette longue rue piétonne ont des magasins au rez-de-chaussée, qui se caractérisent par leurs “portes à genoux”, sorte de portes-fenêtres.
Ce qui retient d’abord l’attention, c’est la couleur claire des maisons et le dallage en pierre calcaire de Brac, à la surface lisse, polie, lustrée par les siècles. Une merveille !
Autre observation : la grande unité de style de Placa. Si les constructions du XVIe siècle rivalisaient de richesses et d’ornements, celles qui furent édifiées après le séisme du XVIIe siècle devaient respecter un certain nombre de règles.
Ainsi, au premier étage, on mettait les chambres à coucher. Au 2e étage se trouvait la cuisine. Pourquoi ? Pour éviter la propagation des incendies.
Le long de Placa, on pourra admirer la magnifique fontaine d’Onofrio. De forme circulaire, elle fut inaugurée pour commémorer l’achèvement des travaux de construction de l’aqueduc datant de 1438 qui servait à approvisionner la ville en eau depuis la source de la Rijeka Dubrovascka, située à 12 km de là.
À l’autre extrémité de la ville et de Placa se dresse la colonne de Roland, colonne de pierre à laquelle s’adosse la statue de Roland (celui de Roncevaux !)
Selon la légende, au VIIIe siècle, le preux chevalier aurait chassé des pirates arabes qui assiégeaient la ville depuis quinze mois. La statue est restée le symbole de la liberté de la ville ; réalisée en 1419, elle visait pour la jeune république de Raguse à marquer face à Venise son indépendance fraîchement retrouvée.
À deux pas de là se dresse le palais Sponza, superbe édifice Renaissance percé de fenêtres gothiques au 1er étage. Il fut construit à partir de 1516, avec l’aide d’architectes et de sculpteurs de l’île de Korcula.
Destiné à l’origine à la douane, il devint le centre culturel de Raguse où se réunissaient les membres de l’académie des érudits et abrita la première école de la ville. Elle sert désormais d’écrin à toutes sortes d’expositions temporaires.
En face du palais Sponza, la visite de l’église Saint-Blaise est incontournable. Mais avant cela, on pourra s’attarder à la tour de l’horloge, sorte de clocher haut de 31 mètres, reconstruite en 1929 pour remplacer la tour d’origine (1444) qi penchait trop et menaçait de s’effondrer.
Sur le mur, une horloge mécanique avec une aiguille indique les phases de la Lune. Des figures de bronze sonnent la cloche pour marquer les heures. Ce sont des copies : les originaux sont conservés au palais des Recteurs.
Mais revenons à cette église Saint-Blaise construite de 1706 à 1716 sur le site d’une ancienne église incendiée en 1706 et dessinée sur le modèle de l’église Saint-Maurice à Venise. De forme carrée, surmontée d’une coupole, elle présente une façade de style baroque.
À l’intérieur, on remarquera la statue de saint Blaise dressée à gauche en entrant. Le patron de la ville de Dubrovnik tient dans une main une maquette de la ville avant le séisme de 1667.
Ce saint d’origine arménienne est réputé, selon la tradition, pour guérir les maux de gorge (son principal titre de gloire étant d’avoir sauvé un enfant qui s’étouffait d’une arête de poisson).
Évêque de Sébaste (actuelle Sivas en Turquie) et martyr des Romains, il entra dans l’histoire en sauvant la ville d’une attaque vénitienne… des siècles après sa mort, en apparaissant en songe, coiffé de sa mitre à la main au curé Dom Stojko.
On dit que ce fut le premier miracle accompli par saint Blaise. Raguse récupéra ses reliques et le déclara patron de la ville, en l’an 972.
Ses restes se trouvent dans le trésor de la cathédrale. Chaque année, le 3 février, la fête de la Saint-Blaise rassemble la plupart des habitants de la ville de Dubrovnik.
Pour vous faire une idée de l’âge d’or de Raguse, ou si vous ne pouvez visiter qu’un endroit de la vieille ville, outre les remparts bien sûr, il vous faudra absolument pénétrer dans le palais des Recteurs.
Dans cette république indépendante modelée par la république vénitienne, le recteur, élu chaque mois, était l’équivalent du doge de la Sérénissime. Pendant quatre siècles, ce palais fut sa résidence officielle.
Il ne pouvait quitter le palais sans l’autorisation du Sénat durant toute la durée de son mandat. Les bâtiments renferment son bureau et ses appartements privés, ainsi que des salles publiques, des bureaux administratifs et un donjon.
Ce palais est aujourd’hui un passionnant, quoique petit, musée d’histoire culturelle où d’importants artefacts évoquent la longue histoire de Raguse.
Pendant sa courte période de règne, le recteur vivait seul et sans sa famille. Chaque soir, selon un rituel immuable, il recevait les clés des portes de la ville.
La garde la cité lui était confiée pendant la nuit et personne ne pouvait y entrer. A l’aube, il remettait les mêmes clés aux gardes pour ouvrir les portes.
Le palais date du XIIIe siècle, mais son apparence actuelle porte la marque du XVe siècle, lorsqu’un architecte florentin le rénova selon l’esthétique Renaissance. Après le séisme de 1667, on y ajouta des éléments baroques, selon la mode vénitienne.
Pendant l’occupation de l’armée napoléonienne, le palais fut pillé, et de nombreux objets précieux disparurent. Jusqu’au XIXe siècle, au rez-de-chaussée, se trouvait une prison.
Au-dessus, l’arsenal était rempli de poudre à canon. On comprend pourquoi, quand celui-ci explosa, en 1463, le palais fut considérablement endommagé.
À l’intérieur, on avance dans l’atrium, une belle cour entourée d’arcades. Au centre se dresse la statue d’un l’armateur ayant légué sa fortune à la ville.
L’été, la cour est le théâtre de concerts de musique classique, mettant en avant l’intimité des lieux et une acoustique parfaite. Sous l’horloge, remarquez l’emblème de Dubrovnik.
Au fond à gauche, une porte voûtée conduit à des galeries servant à l’occasion pour des expositions temporaires.
Sur le côté, une élégante salle rappelle les fonctions administratives du bâtiment : on y trouvait une chancellerie et une étude notariale. Notez l’édifiante devise du linteau, en latin : “Oubliez vos intérêts privés quand vous servez l’État”.
Au rez-de-chaussée, petite collection de peintures de l’école de Dubrovnik, ainsi qu’une série d’œuvres italiennes. On y trouve aussi une collection de coffres anciens.
Quelques sculptures également, dont les plus notables sont les zelinci (les petits hommes verts, car en bronze) Maro et Baro, les jacquemarts du XVe siècle qui sonnèrent les heures de la cloche de la tour municipale jusqu’à son effondrement.
Discrète, une mezzanine rassemble quelques collections (vêtements de la noblesse, pièces de monnaie, médailles, sceaux et le travail des orfèvres – voir la tête de saint Blaise avec sa mire).
On y trouve également une belle salle d’armes peuplée de vieux mousquets, d’épées et de hallebardes.
Le premier étage est occupé par le musée historique de la ville. Ces anciens appartements exposent du mobilier des XVIIe et XVIIIe siècles, des copies des clés de la ville (une pour chaque porte) et des tableaux de peintres italiens du XVIIe siècle.
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