Château de Jabreen, le gardien du désert et des palmeraies
Samedi 11 février. A un petit saut de puce de Bahla, nous voici arrivés au château de Jabreen, un autre des fleurons patrimoniaux du sultanat d’Oman.
Chaleur tout à fait supportable. L’hiver nous protège de la canicule. Peu de touristes et un vrai plaisir à découvrir ensemble avec mon frère cette place forte.
Pas de stress non plus. Petit déjeuner formidable pris à la sortie de Nizwa, nous sommes d’attaque pour une longue journée de visites touristiques.
A l’image de la forteresse de Bahla que nous venons de visiter, le château de Jabreen fleure bon la restauration récente engagée à grand coup de millions dispensés par un sultanat qui croule sous les richesses du gaz et du pétrole (il va falloir qu’on en parle !).
En gros, tout semble restaurer à la perfection, pas un mur à qui il manquerait un enduit un joint, pas un mur de soubassement à qui il manquerait une pierre, tout est nickel, mieux conservé que le mieux conservé de nos châteaux de France.
Allez zou, petit coup d’oeil au passage sur le drapeau du sultanat qui flotte au sommet de la forteresse et l’entrée du château, c’est par là !
Petit rappel historique pour savoir où nous mettons les pieds quand nous pénétrons à l’intérieur de la grande cour intérieure du château.
Edifié en 1670 pour servir de résidence secondaire à l’imam Bil’arab bin Sultan, le château de Jabrin est l’un des fleurons du sultanat.
Il est réputé pour ses plafonds peints, ses murs décorés d’arabesques aux motifs astrologiques, ses moucharabiehs en stuc ou en bois, ses portes magnifiquement sculptées : un bel exemple d’architecture omanaise.
À sa grande époque, plus de 300 personnes vaquaient et venaient entre les murs crénelés de son enceinte, membres de la famille de l’imam et petit personnel.
L’ensemble fut magistralement restauré de 1979 à 1983, et les habitants des environs délocalisés et relogés un peu plus loin, afin de faire place nette pour un parking.
Pour découvrir ce palais résidentiel fortifié, rien de tel que les audioguides mis à disposition à l’entrée et permettant de s’orienter dans le dédale des escaliers, corridors et salles en enfilade.
Après la porte principale et une première cour, franchir une seconde porte de bois taillée d’un seul tenant et vaillamment gardée par deux canons.
Tout de suite à gauche, un petit escalier mène à la salle des gardes.
Juste après, un passage étroit conduit au tombeau de l’imam Bil’arab bin Sultan.
Marcher jusqu’à la sépulture puis revenir sur ses pas. On pénètre alors dans la cour intérieure du château, prolongée d’un hall.
La visite commence par celui-ci, au fond à gauche. En levant et en écarquillant bien les yeux, on devine des fentes pratiquées de chaque côté du plafond…
Ces interstices permettaient de surveiller les allées et venues à l’entrée du bâtiment.
Si un indésirable essayait de passer le hall, on déversait sur lui de l’huile bouillante ou du miel de dattes très chaud en signe de « malvenue ».
S’ouvre ensuite la pièce où étaient gardées les provisions.
Admirez les coffres ainsi que les paniers en feuilles de palme et les jarres qui servaient au stockage du blé, des épices, du poisson séché…
En descendant les escaliers, jetez un petit coup d’œil à la fosse. Non, il ne s’agit pas là d’une cellule, mais bien d’un grenier où on conservait au frais les provisions.
Descendez donc les escaliers pour découvrir les espaces de stockage du château. L’endroit bien entendu stratégique de l’édifice.
C’est ici que l’on découvre ces magnifiques jarres dans lesquelles il faut imaginer les huiles, les épices et toutes sortes de provisions.
Avancez-vous encore un peu plus profond dans le labyrinthe des coursives du château.
Vous voici dans les salles de réception du sultan avec ses tapis, ses coussins et tous les invités allongés à même le sol.
En attendant, c’est mon frère qui en profite pour tenir la pose. Il est pas beau, mon sultan !
Un escalier au fond du hall, à gauche, conduit au premier étage et à plusieurs salles de réception ornées de coussins à même le sol et de tapis aux ornements superbes.
C’est d’ailleurs ici que mon frère prend la pose. Il est pas beau, le pacha !
La bibliothèque et ses porte-Coran en bois sculpté se trouvent à ce niveau.
Prendre le temps d’observer les plafonds gravés ou peints qui font la réputation de Jabrin et ont été restaurés avec brio.
Arabesques, motifs ornementaux, versets du Coran, poèmes, tout y est !
Quelques marches montent jusqu’à la salle de bains des femmes, tandis que d’autres redescendent à la tombe de l’imam.
Pour gagner le deuxième étage, on emprunte l’escalier principal, le seul dont le plafond soit constitué d’ogives magnifiquement gravées.
Attention ! Sa quatrième marche est truquée et peut se retirer.
Plusieurs vilains envahisseurs y laissèrent leurs mauvaises intentions et leur liberté.
On comprend l’importance de ce piège quand on sait que les marches débouchaient directement dans les appartements de la famille du Sultan.
On découvre les pièces des invités, jouxtée de la petite Salle des secrets ou najwa, où se chuchotaient les propos d’ordre confidentiel.
Là encore, contempler les plafonds aux poutres joliment colorées.
L’escalier qui mène au troisième étage donne sur les toits, tout en coins et recoins, avec vue panoramique sur la belle palmeraie adjacente.
D’un côté, la salle de prières, de l’autre celle de lecture où s’enseignaient les fondements de l’islam.
C’est par une porte au fond de cette salle que l’on redescend de l’autre côté du château.
Quelques marches plus bas, se diriger vers la gauche, où un escalier mène au deuxième étage de l’aile droite.
Cette partie de l’édifice s’articule autour d’un superbe patio, en surplomb des cuisines.
La première pièce à gauche est la salle de conférences dont la particularité était de posséder un double fond à chaque angle.
Pouvaient y être postés des espions à l’ouïe fine, à l’écoute des conversations susurrées en aparté !
La deuxième pièce est la salle à manger, et la troisième, la salle de justice dotée d’une porte d’à peine 40 cm de haut par laquelle on faisait sortir les prisonniers…
Il y a une belle salle de lecture au château de Jabreen qui n’est pas une véritable bibliothèque avec ses livres classifiés.
Cependant, c’est l’une des plus belles pièces du château où le visiteur peut admirer les livres sur les belles étagères et profiter de l’ambiance paisible.
L’une des pièces les plus importantes du château de Jabreen est la «salle du soleil et de la lune», une salle de réception spéciale pour les invités importants qui comprend 14 fenêtres et un plafond complexe avec des motifs en forme d’œil.
Un autre point fort est la cour centrale intérieure qui offre une sortie privée aérée pour se diriger vers les salles à manger et la salle d’audience et offre aux résidents du château un espace extérieur privé.
Construit en 1675 par l’imam Bil-Arab Bin Sultan, le château de Jabreen était un important centre d’apprentissage de l’astrologie, de la médecine et de la loi islamique et, ce qui est inhabituel pour les forts et châteaux d’Oman, il y a beaucoup à découvrir à l’intérieur des vastes remparts.
Il y a un magasin de dattes intéressant, par exemple, à droite de l’entrée principale sur le côté gauche.
Le jus des fruits aurait coulé le long des canaux dans des cuves de stockage, prêt pour la cuisson ou pour aider les femmes en travail.
Jabreen est coincée entre la montagne et une partie particulièrement aride du désert, rôti sous un soleil féroce une grande partie de l’année.
Le falaj (canal d’irrigation) traversant la cour extérieure n’était pas utilisé pour l’approvisionnement en eau mais comme un système de climatisation précoce.
Entièrement restauré à la fin du XXème siècle, le château de Jabrin est l’un des mieux préservés du sultanat, un vrai trésor d’histoire et d’architecture.
Le château de Jabreen a été construit par l’imam Bel’arab bin Sultan Al Yarubi.
Son père était l’imam Sultan bin Saif Al Yarubi, l’imam qui a chassé les Portugais d’Oman et celui qui a agrandi le fort de Nizwa jusqu’à sa forme actuelle.
L’Imam Bel’arab a hérité de son père un pays en période de paix après l’éloignement des Portugais.
On dit que ce palais a été construit grâce au financement personnel de Bel’arab du vivant de son père avant qu’il ne devienne l’imam du pays.
Le pays a connu une ère de prospérité et de développement à l’époque de l’ImamBel’arab jusqu’à ce que son frère Said bin Sultan réussisse son projet de le retirer en 1692.
Le château de Jabreen est différent des autres forts omanais car il n’a pas été construit en temps de guerre et n’est pas une fortification qui a été agrandie par différents imams au cours des siècles.
Il s’agit essentiellement d’un palais construit en temps de paix par un souverain passionné de science et d’art et qui en a fait le plus beau château historique du Sultanat.
Le château a trois étages, comprend deux tours, de nombreuses salles de réception, des salles à manger, des salles de réunion, une salle d’audience, une bibliothèque et des salles de classe.
Le design intérieur du château comprend des fenêtres décorées, des balcons en bois, des arches avec une calligraphie arabe inscrite et des œuvres d’art au plafond à couper le souffle.
Le château servait à la fois de bastion défensif et de résidence royale.
L’architecture du château est un mélange de styles omanais, persan et islamique.
Aujourd’hui, le château de Jabreen est ouvert au public en tant que musée.
Les visiteurs peuvent explorer ses différentes salles, y compris la grande salle de réception, la salle à manger, les quartiers d’habitation et le trésor.
Le château offre un aperçu fascinant du riche patrimoine culturel d’Oman et donne un aperçu de l’histoire et des traditions architecturales du pays.
Le château de Jabreen est considéré comme l’un des sites historiques les plus importants d’Oman et est souvent inclus dans les itinéraires touristiques.
Il offre une occasion unique de se plonger dans l’histoire ancienne du pays et de découvrir la grandeur de l’architecture omanaise.
Le château de Jabreen est ouvert au public en tant que musée, permettant aux visiteurs d’explorer ses différentes pièces, y compris les salles de réception, les quartiers d’habitation et les salles de prière.
Le musée expose des artefacts et des expositions qui donnent un aperçu de l’histoire, de la culture et du patrimoine omanais.
Retour à l’intérieur du château pour admirer le reste des appartements de l’ancien sultan.
Autre curiosité : la salle des chevaux, qui était dévolue à l’animal personnel du maître des lieux.
Une particularité qui en dit long sur l’adoration des Omanais (et des populations masculines arabes en général) pour les équidés.
Au rez-de-chaussée se trouve la cuisine et, au fond de celle-ci une pièce spéciale où était confectionné le miel de dattes.
Les fruits étaient empilés sur plus de deux mètres de haut dans de grands sacs en palme tressée, puis pressés.
Le jus qui en sortait coulait dans une rigole au bout de laquelle il était récolté.
Ceux que la restauration des plafonds peints intéresse liront l’article consacré à celle-ci dans la revue Icomos Information sur www.icomos.org.
L’auteur et directeur des travaux, Jean Claude Bourret relate les étapes de cette complexe et fascinante réhabilitation.
On apprend ainsi queles peintres qui ont décoré les plafonds originels de Jabrin disposaient d’un grand nombre de motifs.
Leur palette était large : calligraphiques, floraux, géométriques, entrelacs, arabesques, rosettes, étoiles, polygones, spirales, lignes courbes entrelacées, cadres, etc.
Trois couleurs dominantes réparties à égalité sur la surface ornementale étaient employées.
Pour la rénovation, ont été utilisés des pigments en provenance de Roussillon, Gargace et Rustrel (dans le Vaucluse) où se trouvent les carrières de pigments dont les teintes étaient les plus proches des peintures des plafonds de Jabrin.
Certains pigments ont toutefois été trouvés sur place, au pied du Djebel Akhdar.