Pourquoi visiter le quartier des 36 corporations ?
Un musée de l’histoire artisanale de Hanoï
Le quartier des 36 corporations, connu localement sous le nom de « 36 Pho Phuong », est bien plus qu’un simple labyrinthe de ruelles commerçantes : c’est l’âme même de Hanoï, un quartier fondé il y a plus d’un millénaire. Dès le XIe siècle, des artisans et marchands venus des villages de la région s’installèrent autour de la citadelle royale de Thang Long, formant des guildes spécialisées. Chaque rue était alors dédiée à un métier spécifique, et leurs noms, conservés jusqu’à aujourd’hui, témoignent de ce riche passé : Hang Bac (rue de l’Argent), Hang Gai (rue de la Soie), Hang Ma (rue du Papier votif) ou encore Lan Ong (rue des herbes médicinales). En arpentant ces artères, vous déambulez littéralement dans une page d’histoire vivante, où l’urbanisme médiéval et l’organisation sociale par corps de métier sont encore lisibles dans le paysage urbain .
Une architecture typique
Au-delà de l’effervescence commerciale, le quartier est un écrin pour l’architecture traditionnelle vietnamienne. La « maison-tunnel » (tube house), caractéristique de la vieille ville, frappe par ses proportions : une façade très étroite qui s’étire en profondeur sur plusieurs dizaines de mètres, agrémentée de puits de lumière intérieurs. La maison située au 87 Ma May, ouverte au public, est un exemple magnifiquement préservé de cette architecture. Au détour des ruelles, le voyageur découvre également un riche patrimoine spirituel, avec des pagodes, des temples et des maisons communales. Ces lieux de culte, comme le temple Bach Ma (le temple du Cheval Blanc), l’un des plus anciens de Hanoï, ou la pagode Cau Dong, étaient à l’origine érigés par les guildes pour honorer leurs fondateurs et sont autant de havres de paix où l’on peut échapper un instant à l’agitation.
Une explosion de couleurs
Visiter le quartier des 36 corporations, c’est avant tout s’immerger dans une atmosphère unique, où chaque sens est sollicité. Le cliquetis des cyclos sur les pavés, le brouhaha des tractations commerciales et les arômes enivrants de la cuisine de rue vous accompagnent à chaque pas. La rue Hang Ma, par exemple, se pare de mille couleurs à l’approche de la fête de la Mi-Automne ou du Nouvel An lunaire (Têt), avec ses étals de lanternes, de masques et de décorations traditionnelles. Non loin de là, la rue Ta Hien, surnommée le « coin de la bière fraîche », s’anime chaque fin de journée, offrant l’occasion de s’asseoir sur une petite chaise en plastique pour siroter une « bia hoi » (bière pression locale) tout en observant le flot incessant des passants, une expérience incontournable.
Un carrefour pour le shopping et la gastronomie
Aujourd’hui encore, le quartier reste le meilleur endroit de la capitale pour s’adonner au shopping. Pour les amateurs de soierie, la rue Hang Gai regorge de boutiques de tailleurs et de vendeurs de tissus de première qualité, tandis que Hang Bac perpétue la tradition de l’orfèvrerie avec ses nombreux ateliers où l’on observe les artisans au travail. Enfin, aucune visite ne serait complète sans une halte dans l’un des célèbres cafés du quartier, comme le café Dinh ou le Giang Café, pour déguster la spécialité locale : le « cà phê trứng » (café aux œufs), dont la mousse onctueuse et sucrée est une véritable institution. C’est dans ce dédale de ruelles que se ressent le mieux le « phố cổ », l’esprit indéfinissable de la vieille ville, un mélange de tradition, de modernité et de résilience.
Comment visiter le quartier des 36 corporations ?
Localisation et accès
Le quartier des 36 corporations s’étend sur une centaine d’hectares au cœur de l’arrondissement de Hoan Kiem, entre le lac Hoàn Kiếm et le fleuve Rouge. Ses limites sont marquées par la rue Hàng Đào au sud, la rue Phùng Hưng à l’ouest, la rue Trần Nhật Duật au nord et la rue Đinh Tiên Hoàng à l’est. Pour vous y rendre, le plus simple est de vous laisser guider à pied depuis le lac Hoàn Kiếm, qui constitue un point de repère idéal. De nombreux bus, comme les lignes 8, 11, 14, 31, 36 et 40, desservent également les artères bordant le quartier. Depuis l’aéroport de Noi Bai, la ligne de bus express 86 vous dépose directement rue Hàng Đào, en face de l’Office du Tourisme. Une fois sur place, la meilleure façon de découvrir ce dédale de ruelles est de flâner à pied, car les rues sont très étroites et la circulation dense. Les cyclos (xe đạp) sont une alternative agréable pour parcourir de plus longues distances sans se fatiguer, mais leur prix doit être négocié avant la course.
Mmeilleurs moments pour une promenade authentique
Le quartier des 36 corporations est un espace public ouvert en permanence, donc accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, sans aucun droit d’entrée. Les commerces ouvrent généralement leurs portes vers 9h00 et ferment vers 20h00, bien que certains puissent fermer plus tôt, notamment les ateliers d’orfèvrerie de la rue Hàng Bạc qui ferment souvent à 18h00. Pour éviter la foule et la chaleur, il est conseillé de s’y promener tôt le matin, entre 9h00 et 11h00, ou en fin d’après-midi, après 15h00. Le week-end, l’ambiance est particulièrement animée, surtout le samedi soir et le dimanche, lorsque le quartier est piétonnier. La période précédant le Nouvel An lunaire (Têt) est également très festive, avec les rues Hàng Mã et Hàng Lược décorées de milliers de lanternes et d’ornements colorés.
Un musée à ciel ouvert
Le charme du quartier réside dans sa structure unique : chaque rue était autrefois dédiée à un métier spécifique, d’où le nom de “36 corporations”. En vous promenant, vous pourrez observer cette spécialisation encore très présente aujourd’hui. La rue Hàng Bạc est célèbre pour ses bijoutiers et ses ateliers de fabrication de bijoux en argent. La rue Hàng Mã, aux couleurs éclatantes, est le royaume des décorations, des lanternes et des offrandes votives. La rue Lãn Ông (rue du médecin) est réputée pour ses herbes médicinales traditionnelles, ses racines et ses champignons aux effluves puissants. Pour une pause gourmande, la rue Tạ Hiện et la rue Lương Ngọc Quyến sont célèbres pour leur “bia hơi”, une bière pression locale bon marché.
Conseils pratiques
Pour profiter pleinement de l’atmosphère et vous repérer facilement, il est recommandé de commencer votre visite à l’Office du Tourisme, situé au 28 rue Hàng Đào, où vous pourrez obtenir gratuitement un plan du quartier. N’oubliez pas de lever les yeux : les façades des anciennes maisons à tubes (tube houses) et les enseignes traditionnelles peintes à la main valent le détour. Méfiez-vous des vols à la tire, surtout dans les rues très fréquentées, et gardez vos affaires personnelles en lieu sûr. La négociation est de rigueur dans les marchés et les petites boutiques, n’hésitez pas à discuter les prix, mais toujours avec le sourire. Une promenade de deux à trois heures permet de faire le tour des principales rues et d’en capturer l’essence.
Hanoi, entre l'hôtel Métropole et le quartier de l'opéra
Lundi 22 janvier. A l’ouest, en m’éloignant du lac Hoan Kiem, et en direction du musée d’histoire (quelle histoire pour le trouver ! J’ai même confondu ce musée avec celui de la Révolution qui se trouve à 100 mètres de là, et dont j’ai visité les nombreuses salles toute à la gloire de l’armée du Vietminh… Bref, moi et la guerre…), je parcours les rues extra-larges de l’ancien quartier français.
Face au lac s’étale une longue place au milieu de laquelle trône la statue géante de Li Thai To, le grand vainquer des Chinois à la bataille de bach Dong, et qui transféra définitivement la capitale vietnamienne à Hanoï, qui prit alors le nom de Thang Long, « la ville du dragon prenant son essor ».
Un peu plus loin, sur le chemin de l’hôtel Métropole se dresse une autre statue, cette fois-ci dédiée à la gloire de la Révolution… D’inspiration largement soviétique !
Puis enfin, voici le fameux hôtel Métropole, un des fleurons des hôtels de Hanoï, construit par les Français en 1901. À moins d’y résider, pas vraiment simple de la visiter. Pour la petite histoire, il vit défiler un nombre important de personnalités de la politique, de la littérature, du journalisme et du cinéma. Parmi elles, on peut citer Charlie Chaplin, Jules Roy ou Graham Greene…
Après ma visite du musée d’histoire, je fais un petit crochet par la grande place de l’opéra dont la construction commença également en 1901 pour s’achever en 1911. L’empreinte française saute aux yeux… On croirait voir le palais Garnier et son style néo-classique. Il reste aujourd’hui le plus important théâtre de Hanoï. Pour la petite histoire encore, en juin 2006, le groupe Indochine s’y produisit en compagnie de l’orchestre symphonique de Hanoi !
Gros coup de fatigue. Après mon petit tour du côté du lac Hoan Kiem, je remonte la rue Li Thai To (encore lui !) pour revenir au cœur du quartier des 36 corporations où se niche mon hôtel, Paradise Boutique Hôtel. Je passe dans les vieilles ruelles encore pour jeter un coup d’œil sur tous les artisans qui bricolent à même le trottoir. Chouette alors. Comme prévu, ma chambre est maintenant prête et je peux prendre une douche et faire une petite sieste d’une heure allongée sur mon lit. Chambre impeccable et service aux petits oignons. Vita bella !
Une heure plus tard donc, je file vers le nord de la ville, en direction du lac de l’Ouest autour duquel se nichent la plupart des grands temples de Hanoi. En chemin, je fais connaissance avec la circulation anarchique et démesurée de la ville. Des voitures et des motos déboulent de partout à la fois. C’est bien simple, pour se déplacer, il faut avoir des yeux partout ! À deux pas de là, arrêt obligatoire au grand marché Dong Xuan pour m’imprégner de la vie trépidante du commerce local. Je chausse mon 35 mm à mon Nikon et je me faufile à travers la foule…
C’est bien simple, ici on peut acheter de tout et à n’importe quel prix. Toutes les allées sont articulées de la même façon : les légumiers avec les légumiers, les chausseurs avec les chausseurs, etc.
Construit par les Français, ce grand marché couvert a brûlé en 1994 et a été reconstruit avec la façade d’origine. Mais à l’intérieur, c’est quand même la grande déception.
Les boutiques traditionnelles sont vraiment peu nombreuses, cédant la place à des boutiques sans intérêt et de chinoiseries. Du coup, pour vraiment faire connaissance avec l’artisanat local, il faut encore se rendre sur les trottoirs ou dans les rues adjacentes.
Après cette petite excursion commerciale, nouveau coup de mou. Sur le chemin du lac de l’Ouest, je décide de faire une halte bien méritée pour me restaurer. Ce sera un petit restaurant avec terrasse de la rue Phan Dinh Phung. Ce qui est génial ici, c’est qu’on ne peut pas se perdre. Les Vietnamiens ont conservé de la colonisation française les noms de rue inscrits sur des plaques bleues. On se croirait presque en plein Paris ! Allez zou, j’avale un bon petit plat local et une bière et je reprends mon chemin.
En chemin justement, je suis surpris par cette jolie église jaune édifiée par les Jésuites. On ne peut vraiment pas la manquer !