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Split, du péristyle au trésor, l’ancien palais de Dioclétien

Split, du péristyle au trésor, l'ancien palais de Dioclétien

Lundi 27 juillet. Enfin, après avoir tourné en rond, marché sur les ruines de l’ancien palais, jeter un coup d’œil sur les fondations de l’ancien palais, et compris enfin que du mausolée et du palais de Dioclétien, il ne reste qu’une cathédrale, un temple et un baptistère, me voici enfin devant le péristyle.

Et le moins que je puisse dire, c’est que je ne suis pas seul ! Et moi qui pensais que les groupes à cette heure-ci commençaient leur journée à la plage, mais c’était sans compter les paquebots de croisière qui déversent par milliers leurs flots de touristes sur la ville… Horrible. La prochaine fois, je viendrai de bonne heure ou en fin d’après-midi. Et sûrement au début du printemps !

Allez, faisons abstraction de ce tourisme de masse et concentrons-nous sur ce fameux péristyle qui n’est autre qu’une cour à ciel ouvert rectangulaire, bordée de colonnes et de maisons restaurées.

Du temps de Dioclétien, ce passage menait aux appartements impérieux. Le cardo et le decumanus s’y croisent. Le péristyle, centre névralgique du palais, était un espace destiné au culte de l’empereur divinisé, fils vivant de Jupiter. Le peuple et les courtisans se trouvaient là.

Aujourd’hui, à la place des fidèles, on trouve la masse des touristes. Rien n’a vraiment changé en somme ! Si on observe bien le péristyle, , on peut y lire les strates historiques des civilisations qui se sont accumulées ici au fil des siècles.

Une série de colonnes corinthiennes supporte les arches grecques. Au nord, sous les quatre colonnes de granit rose et noir surmontées d’un tympan, se trouvait une loge où l’empereur trouvait place pour recevoir ses sujets.

Du péristyle, on accède au vestibule, qui était l’antichambre des appartements impériaux. Notez la présence d’un sphinx égyptien, découvert avec onze autres dans les ruines du palais (un autre se trouve dans le musée historique de la ville). Il date du pharaon Thoutmosis III (1504-1450 av. J.-C).

Du côté nord, des palais ont été construits au cours des siècles, dénaturant un peu le site impérial, et s’appuyant sur les colonnes sans les endommager.

Les façades montrent plusieurs époques et divers styles. Dans les parties basses des maisons : époques romane, gothique, Renaissance, gothique vénitien. Dans les parties hautes : style néoclassique.

Alors que peut-on visiter, quelles sont les visites accessibles aux touristes qui souhaitent visiter l’ancien palais de Dioclétien, tout en étant comme moi, un peu désorientés en comprenant qu’il n’en reste en fait pas grand-chose, et que le peu qui reste a été totalement transformé par les siècles et la christianisation.

Le choix qui s’offre aux touristes est simple : soit la visite de la cathédrale avec en prime la montée jusqu’au sommet de la tour qui offre la plus belle vue de Split et de sa vieille ville, soit le trésor de la cathédrale qui renferme une riche collection d’objets et de vêtements liturgiques, ainsi que des petits sarcophages abritant des ossements (la série de photos qui suit), soit temple de Jupiter transformé depuis en baptistère de Saint-Jean-Baptiste. Et bien évidemment, on peut, comme moi, visiter les trois pour avoir une vision complète de l’ancien palais.

Je publie donc le reste de mes photos faites devant le péristyle de l’ancien palais et celles prises du trésor de la cathédrale… et profite de cet instant pour évoquer ce fameux palais de Dioclétien.

On peut dire que la ville est installée dans le palais et le palais dans la ville ; 190 m de long d’est en ouest, 151 m du côté nord et 157 m du côté sud. En gros, 38.000 m de palais… Une construction unique en Europe.

Édifié aux alentours de l’an 300, il réunit les avantages de la villa romaine et l’aspect défensif d’un castrum romain, puisque des troupes y étaient logées.

Peu après l’effondrement de l’empire romain, des habitants de Salona, fuyant les invasions barbares, se réfugièrent derrière les murs rassurants du palais de Dioclétien.

Ils y bâtirent leurs maisons avec des matériaux de réemploi, s’adossant aux divers monuments, intégrant leurs besoins d’habitation dans des ruines aux dimensions exceptionnelles.

Sur le plan de l’histoire de l’art, ce palais-ville mérite une attention particulière car il se situe à la charnière entre deux époques : l’Antiquité grecque et le style byzantin.

Autre grande originalité : il raconte dix-sept siècles d’architecture, depuis le Bas-Empire romain jusqu’à l’époque de Napoléon, en passant par la période médiévale.

Cette machine à remonter le temps traverse les époques sans transition. Des arches sculptées enjambent des ruelles sans raison apparente. Une superbe colonne romaine se dresse isolée au milieu d’une salle de banque.

Des grands-mères font sécher du linge sous les arcades de leur trois pièces-cuisine, là où les belles courtisanes de l’empereur se prélassaient face à la mer. Bref, ce bric-à-brac intemporel accumule tous les âges et tous les styles.

La façade méridionale regarde la mer Adriatique. C’est là que se trouvaient les appartements impériaux alignés en enfilade. Car les visiteurs arrivaient toujours du côté de la mer.

Du côté de la terre ferme, le palais était fermé par de hauts remparts fortifiés gardés par des tours. Des parties de remparts existent encore ici et là, avec les vieilles portes d’entrée.

À l’origine, le palais comportait seize tours massives pour se défendre des ennemis de Rome. Il ne subsiste que trois tours d’angle.

Passons maintenant au baptistère Saint-Jean-Baptiste, qui n’est autre, à l’origine, que le Temple de Jupiter, dont l’entrée est gardée par un sphinx.

Construit au tout début du IVe siècle par l’empereur romain Dioclétien, ce sanctuaire païen célébrait le dieu suprême de la mythologie romaine, dont l’empereur se prétendait le descendant direct pour légitimer son pouvoir absolu.

Érigé sur un podium surélevé, l’édifice rectangulaire possédait initialement un portique de six colonnes et faisait face au mausolée de l’empereur (devenu l’actuelle cathédrale), créant un équilibre architectural parfait au sein du complexe impérial.

À la fin de l’Antiquité et au début du Moyen-Âge, vers le VIe siècle, le temple subit une profonde transformation pour devenir une église chrétienne dédiée à saint Jean-Baptiste, puis le baptistère de la cathédrale.

Les symboles païens furent réinterprétés ou remplacés, et une crypte dédiée à saint Thomas fut creusée sous le bâtiment. Malgré cette conversion spirituelle radicale, la structure romaine a été exceptionnellement préservée à travers les siècles.

Son magnifique plafond à caissons richement sculpté et sa voûte en berceau sont si remarquables qu’ils ont fortement influencé les grands architectes de la première Renaissance croate.

À l’intérieur du baptistère, la pièce maîtresse est constituée par les fonds baptismaux du XIe siècle, installés au début du XIIIe siècle et construits à partir de dalles de pierre sculptées issues de l’ancienne cathédrale.

L’un de ces bas-reliefs est particulièrement célèbre dans l’histoire de l’art médiéval : il représente un roi croate sur son trône (identifié comme Petar Krešimir IV ou Dimitri Zvonimir), ce qui en fait la plus ancienne représentation sculptée d’un souverain européen sur pierre.

L’espace abrite également les sarcophages des évêques Jean de Ravenne et Laurent, ainsi qu’une imposante statue en bronze de saint Jean-Baptiste réalisée par le célèbre sculpteur moderne Ivan Meštrovic.

Le plafond à caissons représente une série de visages grotesques. La façade date de la période dioclétienne.

Les fonts baptismaux étaient autrefois cruciformes lorsque le baptême se faisait par immersion.

En face se trouvaient deux petits temples dédiés à Vénus, déesse de l’Amour, et à Cybèle, déesse de la Fécondité.

Retraversons la minuscule cour et passons dans le mausolée de Dioclétien, transformé depuis en cathédrale Sveti Dujam, qui n’est autre, en gros, qu’une grosse tour octogonale, assez basse et flanquée d’un clocher pyramidal de 57 m de haut.

Et dès les premiers instants, je suis frappé par ce mausolée-cathédrale qui me fait indéniablement penser au mausolée de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle. Quelque chose me dit que celui-ci a influencé l’autre…

Ce tombeau monumental construit pour l’empereur romain Dioclétien au début du IVe siècle fut conçu de son vivant au sein de son immense complexe fortifié.

Cet édifice funéraire impérial était destiné à abriter les restes du souverain après son abdication en l’an 305.

Ironie de l’histoire, ce sanctuaire érigé par l’un des plus féroces persécuteurs des chrétiens est devenu, quelques siècles plus tard, l’une des plus anciennes cathédrales catholiques au monde à être restée structurellement intacte, consacrée précisément à la mémoire de l’une de ses victimes, le martyr saint Domnius.

Sur le plan architectural, le bâtiment d’origine présente un plan centré octogonal à l’extérieur, symbole de transition entre la Terre et le ciel dans la géométrie sacrée antique.

Il est entouré d’un déambulatoire extérieur, le peripteros, soutenu par 24 colonnes romaines massives dotées de chapiteaux corinthiens finement sculptés. L’édifice est surélevé sur un podium monumental en pierre de taille locale et était précédé à l’origine d’un porche majestueux.

Cette géométrie rigoureuse et cette symétrie parfaite conféraient au mausolée une allure de temple indestructible, affirmant le statut divin que l’empereur s’attribuait dans le système politique de la Tétrarchie.

L’intérieur du monument se révèle encore plus spectaculaire par sa complexité spatiale et sa richesse décorative.

La salle circulaire est coiffée d’une splendide coupole en brique, construite selon un système d’arcs imbriqués en écailles de poisson, qui était autrefois recouverte de mosaïques scintillantes.

Les murs intérieurs sont rythmés par une double colonnade superposée de huit colonnes de porphyre rouge et de granit, qui ne soutiennent pas directement la voûte mais servent d’éléments décoratifs monumentaux.

Entre ces colonnes, une frise sculptée de bas-reliefs représente des génies ailés, des scènes de chasse et, de manière hautement symbolique, les portraits en médaillon de l’empereur Dioclétien et de son épouse, l’impératrice Prisca.

La transformation du mausolée païen en édifice chrétien s’est opérée au cours du VIIe siècle, lorsque les habitants de la ville romaine voisine de Salone, fuyant les invasions des Avars et des Slaves, se sont réfugiés dans les murs protecteurs du palais abandonné.

Sous l’impulsion de l’archevêque Jean de Ravenne, le tombeau impérial fut purifié et christianisé.

Le sarcophage en porphyre de Dioclétien fut retiré et détruit, effaçant symboliquement la mémoire de l’oppresseur pour faire place aux reliques de saint Domnius, ancien évêque de Salone décapité sur ordre de l’empereur en 304, ainsi qu’à celles de saint Anastase, un autre martyr local.

Au fil des siècles médiévaux, l’aménagement intérieur s’est enrichi de chefs-d’œuvre de l’art chrétien qui cohabitent harmonieusement avec la structure romaine.

À l’intérieur, la chaire en pierre de style roman-gothique tardif et les autels latéraux richement décorés, notamment le maître-autel surmonté d’un ciborium gothique, témoignent de la continuité culturelle et religieuse de ce lieu unique, où l’art de l’Antiquité tardive rencontre la ferveur médiévale dalmate.

Au XIIIe siècle, le sculpteur local Andrija Buvina dota la cathédrale de portes en bois de noyer monumentales, dont les 28 caissons sculptés retracent avec une précision remarquable des scènes de la vie du Christ.

Réalisées en bois de noyer et de caroubier, ces deux portes monumentales mesurent plus de cinq mètres de haut et sont restées exceptionnellement bien conservées à leur emplacement d’origine depuis plus de huit siècles.

La structure des portes est divisée de manière rigoureuse en 28 caissons sculptés (14 sur chaque battant) qui se lisent de haut en bas, en commençant par le battant gauche puis en passant au droit.

Ils retracent de façon chronologique le cycle de la vie du Christ, depuis l’Annonciation jusqu’à l’Ascension.

Chaque scène est encadrée par de riches motifs géométriques et des entrelacs de vignes peuplés de figures d’oiseaux, d’animaux et d’humains, typiques du style roman dalmate.

L’art d’Andrija Buvina se caractérise par une incroyable force narrative et une expression théâtrale des personnages.

Malgré la petite taille des panneaux, le sculpteur a réussi à insuffler un dynamisme saisissant aux scènes : les drapés des vêtements sont marqués, les gestes sont vifs et les expressions des visages transmettent une profonde émotion, oscillant entre la ferveur et la gravité dramatique de la Passion.

Ces portes ne sont pas seulement un chef-d’œuvre artistique, elles avaient aussi une fonction pédagogique essentielle à l’époque médiévale.

Conçues comme une véritable Bible en images pour une population en grande partie analphabète, elles accueillaient les fidèles en leur rappelant les fondements de leur foi avant même qu’ils ne pénètrent dans l’ancien mausolée impérial.

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