Wahiba Sands, le soleil se lève sur le désert Sharqiya
Lundi 13 février. Levé à l’aurore ce matin pour assister au lever du soleil sur les dunes du désert Sharqiya.
Un moment magique auquel mon frère n’assistera pas. « Domi, tu veux venir avec moi ? » Grognements de désapprobation, du genre « t’es gentil mon coco, mais fiche-moi la paix et laisse-moi dormir ! »
Quelque chose me dit que mon frère est une grosse feignasse… Mais bon sang, combien d’heures par jour il dort ? 12 heures ? Non, mais je rêve ! Non, en fait, je crois vraiment qu’il est une grosse feignasse et n’a pas du tout envie de se réveiller de bonne heure.
Bon, du coup, je n’insiste pas, je m’en vais faire un petit tour aux toilettes avec vue sur les dernières étoiles de la nuit (quel pied !), puis je retourne à pas de loup à l’intérieur de la tente.
Et c’est toujours en silence que j’enfile mes vêtements pour sortir. « Ne fais pas de bruit, mon Loulou, sinon, tu vas avoir droit à un procès tout à l’heure ! »
Ok, je sors sans faire de bruit et je retrouve mes chaussures que j’ai laissées à l’entrée de la tente, sous le grand auvent et sur le tapis de sol.
Mais c’est quoi cette histoire ? Mes chaussures sont trempées, comme si elles venaient de sortir de la machine à laver ! Ce n’est pas possible ! Nous sommes en plein désert et le taux d’humidité est hallucinant !
Puis je regarde autour de moi. Le sable qui m’entoure est en effet couvert d’humidité. Sous le désert se trouvent d’immenses nappes d’eau, qui, profitant de la nuit et des températures plus fraîches, remontent à la surface.
Incroyable. En attenant, il fait un froid de canard. J’enfile une veste chaude et je sors de la tente sans faire de bruit. Pourvu que les portes du camp soient ouvertes.
Bingo, les portes sont grandes ouvertes. Rien ne m’empêche de faire un petit tour dans le désert.
À côté de moi, un des chameaux du camp renâcle en sentant ma présence, puis je m’éloigne à pas de loup pour partir dans la pleine désertique qui fait face à l’entrée du camp.
Cela tombe bien, je fais à peine quelques centaines de mètres quand brusquement, les premiers rayons du soleil apparaissent derrière la bande de dunes.
C’est beau à tomber par terre. En quelques instants, les rayons obliques du soleil levant repeignent le désert d’une incroyable pâte blonde, très diffuse, comme une petite pellicule dorée qui vient doucement recouvrir le désert.
Au bas des dunes, les nappes de brume qui remontent des entrailles du sol reflètent les premiers rayons du soleil. Merveilleux.
De dune en dune, le désert de Sharqiya se révèle. À la surface, des ridelettes témoignent des effets du vent pendant la nuit qui ont fixé le paysage du matin.
Ici et là, de minuscules traces de pas trahissent la présence de petits animaux qui survivent dans ce désert d’Arabie.
Il y a de multiples petits insectes bien sûr, mais aussi de petits scorpions qui rôdent discrètement à l’affût d’une proie. Il faut donc faire attention où on met les pieds et surtout, ne jamais se promener pieds nus dans le désert.
Sur l’horizon, le soleil pointe enfin le bout de son nez, repeignant aussitôt le voile de brume dispersé sur la surface sableuse d’une mince pellicule blonde. Le spectacle est saisissant de beauté.
Car à ma grande surprise, partout autour de moi, le sable reste humide, trahissant la présence sous la surface, à toute petite distance, d’importantes réserves d’eau.
Et pour cause, pendant des millions d’années, le désert d’Arabie se trouvait sous la surface d’un des plus importants océans de la région, océan aujourd’hui disparu, dans lequel les grandes compagnies forent aujourd’hui pour en extraire le pétrole, vestige de la vie organique d’autrefois.
En grimpant un peu plus haut sur la dune opposée au campement, on peut profiter plus amplement d’une vue élargie sur ce désert de Sharqiya qui forme une vaste succession de dunes ridées par les effets du vent.
Devant moi, ionisée par les premiers rayons du soleil, la nappe de brume flamboie littéralement, laissant apparaître ici et là, quelques taches vertes, petits buissons qui puisent profondément leurs racines dans le sol pour aller chercher l’eau.
D’autres plantations, plus opportunistes, profitent tout simplement de l’aubaine de la nuit pour se gorger en eau.
C’est aussi dans ces cuvettes recouvertes de brume que se trouvent la plupart des espèces vivantes du désert de Sharqiya. Car l’eau, si précieuse, doit permettre aux petits vertébrés et aux insectes de s’abreuver en absorbant les gouttelettes laissées à la surface des feuilles.
Là, le festin est global. Y compris pour les prédateurs qui profitent de la présence de nombreuses espèces en quête d’eau pour pouvoir se nourrir à leur tour.
Quant à moi, je reste subjugué par ce spectacle, la beauté inouïe du paysage réveillé par les premiers rayons du soleil. Cet instant magique où la nature se réveille, et hésite encore entre la nuit et le jour.
Ce moment magique ne dure pas longtemps. L’espace de quelques minutes tout au plus, et il faut donc en profiter rapidement pour tenter de le capter à travers le filtre de ma caméra.
Agitée par les premiers rayons du soleil, la nappe de brume s’agite et monte doucement au-dessus de la surface sableuse.
Après une vingtaine de minutes, le soleil a déjà gagné la partie et c’est maintenant tout le désert qui couvre d’une magnifique patine blonde.
L’humidité de la nuit s’évapore doucement et les ridelettes sur les dunes dardent leurs premières ombres portées.
Au loin, le camp apparaît dans une incroyable nappe blonde, glissant sur l’horizon comme un étrange mirage surgi des entrailles du désert.
Entre deux dunes, les plis laissés par le vent forment des creux et des vagues, créant ainsi un nouveau paysage éphémère qui disparaîtra au gré des nouvelles rafales.
Face au soleil, le contre-jour révèle tous les mouvements nocturnes des dunes, chaque pli se trouve renforcé par la lumière rasante du soleil, les touffes des buissons avancent dans le creux du désert.
Une fois le spectacle terminé, je reviens lentement vers le camp en essayant de profiter encore de la beauté de ce lever de soleil sur le désert de Wahiba.
À mon retour au camp, mon frère dort encore profondément. Je demeure un moment assis sur mon lit à regarder les images défiler sur l’écran tactile de ma caméra, puis je me recouche enfin, les yeux encore éblouis par la beauté de ce moment.
Il fait un froid de canard, ce matin, et deux couvertures ne sont pas de trop pour me réchauffer un peu. Je regrette encore un peu la nuit que nous venons de passer au milieu du désert, quand les étoiles illuminaient encore la voûte céleste.
Près de moi, j’entends le chant étrange des oiseaux. Où sont-ils ? Qu’ont-ils à faire dans ce désert aride ? À moins que cela ne soit simplement l’effet d’un mirage.
Je ferme enfin les yeux, des images plein la tête, les ombres portées des buissons au petit matin, les étoiles dispersées dans le ciel, le feu crépitant dans la nuit au beau milieu du camp.
Quand je me réveille enfin, mon frère est déjà debout, prêt à remballer ses affaires dans sa valise. Mais pas question de partir sans aller prendre un petit-déjeuner sous la tente d’honneur de notre camp de Bédouins.
Il n’y a pas âme qui vive. Nos amis allemands dorment encore et les Bédouins nous ont laissés de quoi prendre notre petit-déjeuner en toute liberté.
Une heure plus tard, nous sommes prêts pour continuer notre aventure. Nous demandons au jeune bédouin du camp de nous ramener jusqu’au village où nous attend notre véhicule.
Un dernier petit tour dans le camp, un petit coucou aux dromadaires qui errent déjà aux abords du camp, et nous reprenons le chemin du village. Je crois que je n’oublierai jamais ce moment passé avec mon frère.