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Zadar, l'église Saint-Donat et le front de mer
Mardi 28 juillet. Il est grand temps maintenant de visiter l’église Saint-Donat, aujourd’hui désacralisée, et désormais payante moyennant une modique somme.
Cette église s’impose comme le symbole architectural le plus célèbre de la ville et l’un des plus grands chefs-d’œuvre du style préroman dans toute l’Europe carolingienne.
Édifiée au début du IXe siècle, cette structure monumentale frappe immédiatement le regard par sa silhouette circulaire unique et massive qui rompt radicalement avec les codes des édifices religieux classiques des époques ultérieures.
Aujourd’hui désacralisée, cette ancienne église catholique témoigne du prestige historique de la cité de Zadar et de sa capacité à traverser les âges en conservant une majesté presque intacte, attirant les passionnés d’histoire et d’art du monde entier.
Sur le plan historique, la construction de l’édifice a débuté sous l’impulsion de l’évêque et diplomate Donat de Zadar, une figure locale majeure qui a mené des ambassades cruciales entre Charlemagne et l’Empire byzantin.
À l’origine, le monument portait le nom d’église de la Sainte-Trinité, reflétant les courants théologiques de son époque. Ce n’est qu’au XVe siècle, puis plus formellement au XVIIIe siècle, que l’édifice fut rebaptisé en l’honneur de son illustre fondateur, dont les restes y reposèrent d’ailleurs jusqu’au début du XIXe siècle.
La première mention écrite documentant l’existence de cette église extraordinaire remonte aux alentours de l’an 950, sous la plume de l’empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète dans son célèbre ouvrage De Administrando Imperio.
L’une des particularités les plus fascinantes de Saint-Donat réside dans sa relation avec l’Antiquité, puisqu’elle a été bâtie directement sur le sol de l’ancien forum romain de Zadar, initié à l’époque de l’empereur Auguste.
Plutôt que de simplement raser le passé, les bâtisseurs médiévaux ont utilisé la technique du réemploi (ou spolia), en intégrant les débris et les structures des temples païens effondrés au cœur même des fondations et des murs de l’église.
En visitant le site, on peut distinctement observer, à la base des murs extérieurs et intérieurs, des tambours de colonnes romaines, des fragments d’architraves et des dalles sculptées sacrificielles, qui soutiennent littéralement le poids de ce sanctuaire chrétien.
L’architecture extérieure de l’église surprend par son allure de forteresse spirituelle, combinant la robustesse des maçonneries préromanes à des influences byzantines manifestes.
Mesurant 27 mètres de hauteur pour 22 mètres de largeur, le bâtiment se présente sous la forme d’un immense cylindre de pierres brutes, rythmé par des pilastres aveugles peu saillants et couronné à l’est par trois absides semi-circulaires.
L’absence presque totale de décorations sculptées extérieures renforce l’aspect épuré, rigide et protecteur de la bâtisse, dont l’imposant dôme d’origine a malheureusement disparu au fil des siècles et des remaniements architecturaux.
À l’intérieur, l’espace se déploie sur deux niveaux superposés selon un plan concentrique d’une remarquable audace géométrique.
Le cœur central de la rotonde est délimité par une impressionnante colonnade circulaire composée de six piliers massifs en maçonnerie et de deux colonnes monolithiques romaines de réemploi, qui supportent une galerie supérieure ou matroneum accessible par un escalier hélicoïdal encastré dans le mur.
Cette configuration à double étage crée un jeu de volumes et de lumières tamisées tout à fait saisissant, où le regard est irrésistiblement attiré vers le haut, là où s’articulait autrefois la coupole centrale, conférant à l’ensemble une atmosphère de solennité intemporelle.
L’église Saint-Donat demeure un centre névralgique de la vie culturelle dalmate. Ses murs cyclopéens et sa structure circulaire lui confèrent des propriétés acoustiques exceptionnelles, transformant l’espace intérieur en un auditorium naturel hors du commun.
Chaque année, le monument sert de cadre prestigieux aux Soirées musicales de Saint-Donat, un festival international dédié à la musique médiévale, de la Renaissance et du début du baroque, permettant ainsi aux pierres millénaires de vibrer à nouveau au son des chefs-d’œuvre du passé.
Reste maintenant à remonter le front de mer pour m’en aller écouter la musique de l’orgue maritime, absolument unique au monde.
Bon autant le dire tout de suite, cet orgue marin ne m’a pas vraiment emballé, car de musique, il faut surtout entendre un son rauque délivré par des ouvertures placées au ras du front de mer. Etrange en effet.
Conçue par l’architecte local Nikola Bašic et inaugurée en avril 2005, cette installation monumentale a été créée dans le cadre d’un projet de réhabilitation visant à redonner vie à la promenade côtière (la Riva), qui avait perdu tout son éclat après les destructions massives de la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction bétonnée qui s’ensuivit.
Le concept novateur de l’artiste a radicalement transformé cette digue autrefois austère en un espace public vivant et poétique, récompensé dès 2006 par le prestigieux Prix européen de l’espace public urbain.
Sur le plan technique et architectural, l’orgue se fond discrètement sous une structure en gradins sculptés dans du marbre blanc de Brac, qui descendent majestueusement vers la mer Adriatique sur une longueur d’environ 70 mètres.
Sous ces marches en pierre se cache un système d’ingénierie acoustique complexe composé de 35 tubes en polyéthylène de diamètres et de longueurs variables, répartis en sept sections de cinq tuyaux chacune.
Lorsque les vagues se brisent contre la digue, elles s’engouffrent dans les tubes et repoussent l’air à travers des sifflets ouverts sur le trottoir supérieur, créant ainsi des accords musicaux basés sur cinq tons et sept accords inspirés de la musique traditionnelle dalmate.
C’est la nature elle-même qui compose la mélodie. Selon la force du vent, le passage des bateaux et l’intensité des vagues, l’instrument produit des sons tantôt semblables à des chants de baleines, tantôt à des souffles d’orgue d’église profonds ou à des harmonies éthérées.
Ce concert perpétuel et changeant fait de la Riva le lieu de rassemblement le plus prisé de Zadar, où habitants et voyageurs du monde entier viennent s’asseoir face au large pour écouter le chant de l’océan, particulièrement au coucher du soleil qui fut qualifié par Alfred Hitchcock comme le plus beau du monde.