Grossglockner, du sommet Franf-Josefs-Höhe au glacier Pasterze
Samedi 8 juillet. Me voici enfin arrivé au sommet du Franf-Josefs-Höhe, du nom de l’empereur autrichien qui aimait là escalader les pentes du glacier. Au fond de la gorge, on peut apercevoir la moraine laissée par le monstre de glace, l’épaisse coulée verte de la fonte des glaces chargée de sédiments. L’eau s’en ira ensuite alimenter les différentes cascades qui coulent le long de flancs de la montagne.
À l’est, la coulée blanche du glacier est impressionnante. Une épaisse langue de glace écarte la montagne. Voici le Pasterze, le glacier du Grossglockner.
Dans son sillage, l’eau de fonte dévale les flancs de la montagne. Au sommet du Grossglockner a été aménagée une vaste esplanade flanquée de boutiques et de restaurants. C’est pourtant ici que l’empereur Franz Josefs et son épouse débouchaient au bout d’une longue ascension de 4 heures.
Depuis l’esplanade, on a une vue panoramique sur le glacier Pasterze. Des marmottes grassouillettes viennent quémander de la nourriture auprès des touristes. Depuis le parapet, c’est à qui fera le plus de selfie à la minute ! Très peu pour moi.
En contrebas de l’esplanade m’attend le Gletscherbahn, un funiculaire (11 € A/R) percé dans la roche de la montagne dont la bouche jette les visiteurs à quelque 200 mètres de la rivière de sédiments laissée par le glacier. C’est lui que je vais prendre pour entreprendre la descente et la longue marche vers le glacier.
À partir de là commence le sentier de randonnée, le Gamsgrubenweg, littéralement le « fossé aux chamois », parcours d’initiation à la connaissance des glaciers, parsemé de panneaux explicatifs.
À vrai dire, la descente ne présente aucune difficulté majeure. Elle chemine tranquillement au bord d’imposants blocs rocheux, les traverse parfois, avant de plonger vers la langue de sédiments.
Au fond à droite, se dresse le glacier du Grossglockner, le Pasterze, semblable à la Mer de Glace.
Depuis la mise en service du funiculaire, la hauteur du glacier s’est considérablement réduite : en 1963, la surface de glace était au niveau de la station inférieure du funiculaire. Désormais, il faut continuer de descendre à pied un dénivelé aussi important que celui franchit par la remontée mécanique.
Voilà, après une petite demi-heure de descente, me voici enfin au fond de la gorge du glacier. Tout cela vaut bien une petite photo-souvenir.
Ma longue marche vers le glacier commence. Devant moi, l’eau de fonte du monstre a formé une vaste étendue d’eau au milieu de la moraine. Des îlots de glace, tels des icebergs minuscules se dressent au milieu du lac gelé.
Le chemin de randonnée débouche là, au pied du lac, longe un moment l’étendue d’eau glacée avant de disparaître tout à fait au milieu des morceaux de roches et de cailloux arrachés à la montagne par la puissance du glacier.
C’est en contemplant cette moraine désormais remplie d’eau de fonte, ses rivages concassés et broyés qu’on se rend compte combien le glacier a depuis reculé. Au moment du percement de la montagne pour faire passer les cabines du funiculaire, il débouchait juste à sa sortie. Désormais, il faut faire plus d’un kilomètre à pied, sans doute deux, pour atteindre la langue de glace du monstre.
Avant de me lancer dans cette aventure, je demande à une jeune Autrichienne qui me devançait de me prendre en photo. Un petit souvenir de plus dans mon long périple à travers le monde.
Enfin, je m’élance. Il va me falloir traverser à pied ce vaste champ de pierre et de rocailles, petits rochers minuscules parfois, pierres coupantes souvent, et quelquefois d’immenses blocs de granit arrachés à la montagne par la force surpuissante du glacier.
Cette marche vers le glacier va me prendre au moins une bonne heure. Il faut faire attention à ne pas tomber, à ne pas glisser ou à se cogner la tête contre un rocher en chutant. Escalader un sol ainsi tourmenté demande beaucoup d’attention. J’essaie autant que je peux de me rapprocher de la rive pour avancer, mais certaines fois le chemin conduit à des ravins de deux à trois mètres de haut… Je n’ose pas imaginer les risques de chute qui doivent exister ici, l’hiver venu. Les crevasses doivent être légion.
Je longe le plus longtemps possible le bras d’eau laissé par la fonte du glacier. Derrière moi, les candidats sont de moins en moins nombreux à me suivre dans mon aventure. Tout au fond, j’admire la langue du glacier. J’en suis encore loin.
De l’autre côté de la rive, de minuscules icebergs flottent dans les eaux glaciers. Qui n’a jamais vu de glaciers ne connaît pas leur couleur. Beaucoup les imaginent d’une blancheur immaculée, mais la couche de sédiments qu’ils emportent avec eux en arrachant la roche et la terre leur donne le plus souvent une couche grisâtre. Le blanc, c’est la glace qui ne s’est pas encore frottée aux éléments.
Au milieu de la roche, de minuscules cours d’eau se sont frayé un chemin en taillant leur chemin au cœur de la montagne. Le débit est déjà important et charrie des milliers de mètres cubes de sédiments.
Je progresse encore. Plus j’avance vers le glacier plus le terrain est difficile. La terre, la roche et la glace semblent être comme retournées par une explosion gigantesque. Il n’en est rien. La force du glacier seule a permis cette catastrophe. Du coup, je dois parfois escalader, progresser, puis reculer pour mieux avancer pour m’approcher enfin au plus près du monstre de glace.
Enfin, après plus d’une heure de marche et d’escalade sur les rochers retournés, me voici enfin au pied du glacier. J’en ai le souffle coupé. Quelle beauté extraordinaire. Quelle majesté !
Enfin, me voici au pied du glacier Pasterze. Rien à voir évidemment avec le monstre de glace du Perito Moreno en Argentine, mais il n’y a rien de comparable. Celui-ci est un vrai glacier de montagne alpine, une langue longue de plusieurs kilomètres qui déchire le Grossglockner.
Plus je m’approche de la bouche du glacier, plus les morceaux de glace sont nombreux à flotter à la surface de la rivière qui naît ici.
Des bandes de sédiments, faites de terre, de roches et de poussières forment des îlots au milieu de cette rivière de glace.
Les nuances de blanc et de gris qui se détachent de la glace, de la montagne et du ciel nuageux forment un tableau tourmenté d’une grande beauté. Je crois qu’il faut avoir vu ça au moins une fois dans sa vie pour comprendre la puissance de la nature. La terre est vivante. C’est une évidence face à un tel spectacle.
Encore un petit effort et me voici vraiment devant la bouche du glacier. Selon les mouvements du soleil, selon que ses rayons frappent la surface de la glace, la couleur du glacier change sans cesse.
Derrière moi, peu de monde m’a suivi dans mon aventure. Nous sommes cinq à peine à nous être rapprochés si près du monstre. Parmi eux, un jeune Anglais qui accepte de bon cœur de me prendre en photo. Quel souvenir !
Le Pasterze est le plus grand glacier d’Autriche, avec 8,4 km de longueur et une superficie de 18,5 km². Il fait partie du massif des Hohe Tauern. Il naît à 3.453 m et descend jusqu’à 2.100 m d’altitude.
Dans le prolongement de sa bouche, une longue langue de glace se déroule le long de la rivière. Une arche artificielle se forme. Éphémère. Demain, après-demain, dans quelques jours, plus sûrement avant la fin de l’été, elle aura cédé dans un grand craquement et sa glace ira rejoindre le cours d’eau.
Les pieds dans l’eau, à quelques mètres des blocs de glace qui se sont décrochés, je suis maintenant dans la bouche du monstre. De près, le Pasterze dévoile toute sa beauté. Toutes ses nuances de bleu apparaissent au moindre petit rayon de soleil.
La glace craque, la glace gémit, se froisse, travaille inlassablement sous les coups de la chaleur estivale. Les milles et une couches de neige empilée pendant des décennies, des siècles, peut-être des millénaires apparaissent au grand jour. Face à moi, c’est une coupe du temps qui s’offre à mon regard. Il faudrait pouvoir compter toutes ces stries de neiges empilées pour déterminer l’âge exact du glacier. Tout est là. Comme une machine à remonter le temps.
De si près, on pourrait presque toucher les immenses blocs de glace qui dérivent à la surface du cours d’eau.
Devant la bouche du glacier, la pile de blocs est encore plus importante. C’est ici que se produit le point de rupture. J’imagine qu’il suffirait de peu pour que tout craque d’un seul coup. Surpuissant, le glacier semble pourtant si fragile.
Je profite de ce moment de grâce pour immortaliser cet instant avec une longue pause. Je grimpe de quelques mètres pour geler la rivière d’eau glacée qui vient s’écouler en cascade au pied du monstre.
J’en tire des clichés presque irréels. Vapeurs d’eau et de glace mélangées. Et en toile de fond, la bouche du glacier.
Pour comparer, je mets ici la même photo, mais prise cette fois en instantané. On comprend mieux alors la violence des flots qui viennent frapper les pieds d’argile du glacier.
Ce site est tellement beau, tellement incroyable, hors du temps, que j’ai du mal à me résoudre à le quitter. Pas avant d’avoir déjeuné sur place en tout cas. Et c’est avec ce décor hors du commun que je vais déjeuner. Quoi de mieux qu’un glacier vieux de plusieurs milliers d’années pour seul horizon pour croquer dans un sandwich ? J’adore.