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Zadar, la cathédrale Sainte-Anastasie et son campanile

Zadar, la cathédrale Sainte-Anastasie et son campanile

Mardi 28 juillet. Enfin après avoir remonté la rue Siroka la silhouette de la cathédrale Sainte-Anastasie et de son campanile apparaît. Il s’agit tout simplement de la plus grande cathédrale de Dalmatie.

Érigée sur les fondations d’une ancienne basilique chrétienne du IVe et Ve siècles, l’édifice actuel est un chef-d’œuvre de l’architecture romane tardive, principalement façonné aux XIIe et XIIIe siècles.

Son histoire est intimement liée aux tragédies de la ville, notamment au terrible sac de Zadar en 1202 par les croisés de la quatrième croisade et les Vénitiens, qui dévastèrent le sanctuaire d’origine.

Reconstruite et consacrée à nouveau en 1285, la cathédrale abrite les précieuses reliques de sainte Anastasie de Sirmium, offertes à la ville au IXe siècle par l’empereur byzantin Nicéphore Ier en signe de paix, consolidant ainsi le statut spirituel majeur de cette cité côtière.

L’architecture de la façade principale est l’une des expressions les plus remarquables du style roman pisan-lucquois en dehors de l’Italie.

Cette magnifique paroi de pierre blanche se divise en trois niveaux richement décorés, dominés par deux splendides rosaces sculptées : la plus grande, au centre, affiche un style roman pur, tandis que la plus petite, située juste au-dessus, témoigne d’influences gothiques ultérieures.

Les portails monumentaux sont ornés de bas-reliefs détaillés représentant des motifs végétaux et des figures d’animaux symboliques, tandis que les galeries d’arcatures aveugles qui rythment les niveaux supérieurs confèrent une impression de légèreté et d’élégance à cette structure pourtant massive.

À l’intérieur, la nef centrale, séparée des bas-côtés par d’imposantes colonnes aux chapiteaux corinthiens de réemploi, abrite un ciborium gothique de 1324 et des stalles de chœur en bois finement ciselées par le maître vénitien Matej Morozan au XVe siècle.

Adjacent à la structure principale, le campanile de la cathédrale dresse sa silhouette élancée au-dessus des toits de la vieille ville, constituant le point de repère visuel le plus emblématique de Zadar.

L’histoire de sa construction reflète la temporalité longue des grands chantiers médiévaux, s’étendant sur plus de quatre siècles.

Le premier niveau du clocher fut édifié au XVe siècle, sous le règne de l’archevêque Matteo Valaresso, affichant un style roman tardif robuste.

Cependant, la tour est restée inachevée pendant des générations, et ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle, entre 1892 et 1894, que les étages supérieurs furent enfin complétés sous la direction du célèbre architecte et historien de l’art anglais Sir Thomas Graham Jackson, qui s’inspira ouvertement du clocher de la cathédrale de Rab pour concevoir un superbe couronnement de style néo-roman.

En grimpant ses escaliers étroits, on traverse les différents niveaux rythmés par des fenêtres géminées et trilobées qui laissent filtrer la lumière maritime, avant d’atteindre la terrasse supérieure surmontée d’une statue pivotante de l’ange gardien.

De là-haut, à près de 56 mètres de hauteur, le panorama à 360 degrés est tout à fait saisissant : il offre une vue plongeante spectaculaire sur les dalles de l’ancien forum romain, la rotonde voisine de Saint-Donat, les toits de tuiles roses de la péninsule et, au loin, l’immensité bleue de la mer Adriatique parsemée d’îles verdoyantes, scellant une expérience mémorable où l’histoire s’unit à la beauté des paysages.

Reste maintenant à évoquer brièvement l’histoire de Zadar qui remonte à plus de trois millénaires, faisant d’elle l’une des plus anciennes cités habitées de manière continue en Croatie.

Dès le IXe siècle avant notre ère, la tribu illyrienne des Liburniens fonde un comptoir fortifié nommé Iader. Idéalement située sur une péninsule protégée, la ville développe rapidement un commerce florissant dans l’Adriatique.

Au IIe siècle avant J.-C., elle passe sous le contrôle de la République romaine et est élevée au rang de colonie romaine sous Jules César et l’empereur Auguste, prenant le nom d’Iadera.

Les Romains redessinent la ville selon un plan orthogonal strict, bâtissent des remparts monumentaux, un grand forum civique, des thermes et un aqueduc, jetant ainsi les bases urbaines et structurelles qui définissent encore aujourd’hui le centre historique de la vieille ville.

Après la chute de l’Empire romain d’Occident et les invasions barbares qui ravagent la région, Zadar trouve refuge sous l’aile de l’Empire byzantin et devient au VIIe siècle la capitale administrative de la province de Dalmatie.

Cette période de relative stabilité favorise l’essor du christianisme, marqué par la construction d’édifices emblématiques comme l’église de la Sainte-Trinité (future Saint-Donat) au IXe siècle.

Cependant, sa prospérité et sa position maritime stratégique attisent rapidement la convoitise des puissances voisines. À partir du Xe siècle, la cité bascule dans une rivalité féroce entre les rois hungaro-croates, qui lui accordent une large autonomie, et la République de Venise, déterminée à contrôler les routes commerciales de l’Adriatique.

Cette lutte culmine en 1202 avec le terrible sac de Zadar : détournant les chevaliers de la quatrième croisade, les Vénitiens assiègent et pillent la ville de manière sanglante.

En 1409, le roi Ladislas de Naples vend ses droits sur la Dalmatie à Venise pour 100.000 ducats, scellant le destin de Zadar sous la domination de la Sérénissime pendant près de quatre siècles.

Devenue la principale forteresse vénitienne de l’Adriatique, la ville subit de plein fouet la menace de l’Empire ottoman qui encercle ses frontières terrestres. Pour faire face aux invasions, Venise fait construire aux XVIe et XVIIe siècles un système de remparts bastionnés exceptionnel, percé de portes monumentales comme la Porte de la Terre Ferme de Michele Sanmicheli, des fortifications aujourd’hui classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.

À la chute de Venise en 1797, Zadar passe brièvement sous contrôle autrichien, puis français sous les troupes de Napoléon (qui y fonde le premier journal en langue croate), avant de réintégrer l’Empire austro-hongrois de 1813 à 1918 en tant que capitale du Royaume de Dalmatie.

Le XXe siècle plonge Zadar dans les tumultes des grands conflits mondiaux et des recompositions géopolitiques. Rattachée au Royaume d’Italie après la Première Guerre mondiale en vertu du traité de Rapallo, la ville devient une enclave italienne isolée (nommée Zara) au milieu des terres yougoslaves. Durant la Seconde Guerre mondiale, occupée par les forces de l’Axe, elle subit de terribles bombardements alliés entre 1943 et 1944, qui détruisent près de 80 % de son centre historique et lui valent le triste surnom de “Dresde de l’Adriatique”.

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