Pourquoi visiter la forteresse de Kalemegdan ?
Comment visiter la forteresse de Kalemegdan ?
Belgrade, la forteresse de Kalemegdan, une citadelle qui a traversé le temps
Mardi 14 juillet. De retour à Belgrade après cette belle excursion le long du Danube oriental, je mange en quatrième vitesse dans mon appartement puis je pars à l’assaut de la citadelle de Kalemegdan qui se trouve à moins de cinq minutes de marche.
Monument historique et plus grand parc de la capitale serbe, Kelemegdan est un site complexe, qui, sur plus de 53 hectares, accueille une forteresse, des tombes, des souterrains, des monuments, des élises, des musées, des portes, des tours et des fontaines.
Sans oublier des oeuvres d’art, un parc de loisirs, un zoo et des installations sportives, ce qui en fait une ville dans la ville.
Il offre également des perspectives inattendues, de vastes panoramas, et permet d’observer la ville et ses fleuves depuis des points de vue absolument incroyables.
L’histoire de ce site stratégique situé à la confluence du Danube et de la Save commence dès le troisième siècle avant notre ère par la tribu celte des Scordisques.
L’armée romaine s’empare de la région au premier siècle et y établit un camp militaire permanent appelé Singidunum.
La légion IV Flavia Felix construit un castrum en pierre sur le plateau rocheux au début du deuxième siècle. Cette fortification romaine sert de base défensive majeure pour protéger la frontière de l’empire contre les incursions des tribus barbares du nord.
La fortification subit d’importantes destructions lors des invasions successives des Huns au cinquième siècle puis des Goths et des Gépides.
L’empereur byzantin Justinien Ier ordonne la reconstruction intégrale de la citadelle vers l’année 535.
Les ingénieurs byzantins érigent une forteresse plus compacte avec des remparts en pierre blanche sur les restes du camp romain.
Le site change régulièrement de mains durant les siècles suivants au gré des conflits entre l’Empire byzantin, le Royaume de Hongrie et le Premier Empire bulgare.
Le roi serbe Stefan Dragutin reçoit la forteresse de Belgrade en cadeau de la part de la couronne hongroise en 1284.
Le monument intègre ainsi pour la première fois le territoire d’un État serbe médiéval sous la dynastie des Nemanjic.
Son frère Stefan Milutin conserve le contrôle de la place forte mais les Hongrois reprennent la ville après sa mort en 1319.
Le site fortifié demeure un enjeu frontalier majeur et une place de commerce importante jusqu’au début du quinzième siècle.
Le despote serbe Stefan Lazarevic obtient la souveraineté sur Belgrade en 1403 par un accord diplomatique avec le roi de Hongrie Sigismond.
Il décide de faire de la forteresse la nouvelle capitale de son gouvernement et transforme profondément les structures existantes.
Les ouvriers construisent une Haute ville fortifiée pour le palais ducal ainsi qu’une Basse ville protégée par des remparts le long des berges.
Cette période de prospérité prend fin à sa mort en 1427 lorsque le complexe repasse sous le contrôle militaire des Hongrois pour faire face à la menace turque.
En 1456, le sultan Mehmed II assiège la place forte avec une armée nombreuse mais se heurte à la résistance des troupes chrétiennes dirigées par Jean Hunyadi.
Cette victoire suspend la progression turque en Europe centrale pendant plusieurs décennies. En août 1521, le sultan Soliman le Magnifique mène un nouvel assaut victorieux et s’empare de la citadelle qui prend alors le nom turc de Kalemegdan.
La forteresse change de mains à trois reprises au cours des dix-septième et dix-huitième siècles lors des conflits entre l’Empire ottoman et l’Empire d’Autriche. Les Autrichiens occupent le site de 1688 à 1690, de 1717 à 1739, puis de 1789 à 1791.
Durant la deuxième occupation, l’ingénieur militaire Nicolas Doxat de Démoret reconstruit l’ensemble des fortifications selon les principes du système Vauban.
Les remparts médiévaux cèdent la place à des bastions en briques, des fossés profonds et des portes monumentales adaptées à l’artillerie moderne.
Cette forteresse de Kalemegdan est si gigantesque et possède tellement d’entrée qu’il est difficile de savoir par où commencer la visite. On peut par exemple emrpunter tout d’abord l’entrée d’Ulica Pariska qui donne sur l’allée principale, qui traverse la partie sud du parc et atteint la fontaine Borda.
Ce nom qui signifie “lutte” vient du personnage de la sculpture centrale (début XXe siècle) qui combat un gros serpent.
L’édit du sultan Abdul Aziz, qui remettait les clés de la forteresse au prince Mihailo Obrenovic, fut prononcé tout près : un monument représente la scène.
Presque au bout de l’allée principale, le majestueux monument de Reconnaissance de la France (1930) oeuvre d’Ivan Mestrovic, exprime la gratitude du peuple yougoslave pour l’aide apportée par la France pendant la Première Guerre mondiale.
La petite partie du parc est occupée par le jardin zoologique ouvert en 1936. De 1941 à 1944, les bombardements qui touchèrent Belgrade n’épargnèrent pas les animaux : une histoire triste dont le lieu ne semble jamais s’être remis.
Pour y accéder, il faut passer devant le pavillon des arts, première galerie d’art construite à Belgrade.
Dédié à Flora Zuzzeri, poétesse née en 1552 à Dubrovnik (Raguse à l’époque), c’est l’un des symboles de la Renaissance dalmate.
La partie la plus centrale de Kalemegdan, perchée en haut de la colline, a toute l’apparence d’une forteresse militaire. On y accède par le monument à la France par la porte Karadorde.
Elle porte ce nom pour rappeler l’attaque de 1806 contre les Turcs, barricadés dans la ville haute, conduite par Dorde Petrovic, rebaptisé Georges le Noir par les Ottomans eux-mêmes.
Le nom resta, et devint même le nom de la dynastie dont il fut le fondateur, les Karadordevic.
Sur la droite, un pavillon de style classique accueille la galerie du musée d’histoire naturelle et sa collection de fossiles, squelettes et minéraux.
La porte d’Istanbul s’ouvre en face : un détachement de véhicules militaires, canons et chars encombre toute l’esplanade. C’est la partie extérieure du musée militaire.
La Porte et la Tour de l’horloge sont les dernières constructions avant d’accéder à la citadelle, dont il ne reste plus grand chose. Le plus important au centre est le mausolée de Damat Ali Pacha. au plan hexagonal caractériqtique et au toit pointu.
On y conserve la dépouille du grand vizir turc tué à Petrovaradin en 1716 par un projectile perdu pendant l’un des nombreux affrontements entre les Ottomans et les Hasbourg.
Il ne se visite pas, mais personne ne vous reprochera de regarder par les fenêtres pour observer le sarcophage, l’un des rares de l’époque de l’occupation ottomane à avoir subsisté.
La grande maison blanche que l’on voit au sud-est de la tombe est l’institut pour la protection des monuments. Il donne sur une esplanade qui abrite également l’entrée de deux des étapes principales du circuit dans les souterrains : les bunkers de la Seconde Guerre mondiale et le puits romain.
Monument emblématique de Belgrade, Pobednik (Le Vainqueur) se trouve sur l’esplanade, à la limite nord-est de la ville haute. ll fut érigé en 1928 pour évoquer la percée du front de Thessalonique.
De là, on a l’une des plus belles vues sur la ville. En suivant la descente, sur la gauche du monument, on arrive à la Porte du Roi après laquelle on sort du parc en traversant la partie du jardin appelée Veliko Stepeniste.
Depuis le Pobednik, dans l’autre sens, en suivant les remparts de la ville haute, on arrive à la Porte de Defterdar, avec la fontaine de Mehmed Pacha Sokolovic. Erigée en 1693-1696, cette porte est l’un des passages entre la ville haute et la ville basse. Comme la fontaine, elle est l’un des signes tangibles du passé turc de la forteresse.
En continuant, on atteint la Porte du Despote, autrefois entrée principale de la forteresse. Elle fut érigée en 1404 et 1427, quand la Serbie était dirigée par Stefan Lazarevic, despote de l’empire ottoman, qui a d’ailleurs son monument tout près, flanqué de la Tour de Dizdar.
On accède ensuite au premier fossé de défense du bastion nord-est, protégé par la massive Porte de la Prison, reconnaissable à ses deux grosses tours de garde. Construite au XIIIe siècle, elle est la plus ancienne et la mieux conservée de toute la forteresse.
Un pont de bois conduit ensuite à une esplanade : l’avant-dernière porte, la baroque Porte Léopold, réalisation autrichienne de 1690. A gauche se dresse la tour Jaksix avec son plan hexagonal, reconstruction de l’original datant du XVe siècle.
A gauche, se trouvent les églises Ruzica et Saint-Pekta. Dans la descente vers la ville basse, on trouve encore l’ancienne poudrière construite par les Autrichiens, et plus loin, les bains turcs de Belgrade, les derniers parmi tous ceux qui existaient au XVIIIe siècle.
Enfin, après avoir passé la Porte Charles VI (1736), l’un des plus beaux exemples de l’architecture baroque de la ville, on atteint ensuite l’entrée de Kalemegdan la plus éloignée du quartier de Dorcol, la Porte de Vidin et plus loin, la Tour Nebojsa, la seule qui subsiste dans la ville basse.