Munich, sous les voûtes de la cathédrale Notre-Dame
Mercredi 29 juillet. Avant de rejoindre Marienplatz et le cœur historique de la ville, je fais un rapide crochet pour aller voir la cathédrale Notre-Dame qui se trouve à une centaine de mètres d’Asamkirche.
Avec ces deux tours jumelles (qui ne le sont pas vraiment !), il y a de quoi rapidement être impressionné. Car c’est justement par son parement extérieur que cette cathédrale se distingue.
Il est vrai que cet immense édifice en brique rouge, construit au XVe siècle dans le style gothique tardif, et reconnaissable à ses deux tours couronnées de bulbes, a de quoi impressionner !
Ses deux tours jumelles culminent à près de 99 mètres de hauteur. À l’origine, ces structures de briques étaient dépourvues de toit et servaient même de plateformes d’artillerie pour défendre la cité lors de la guerre de Succession de Landshut.
Ce n’est qu’en 1525 que les sommets furent coiffés de leurs dômes en forme de bulbe recouverts de cuivre vert, appelés « dômes à l’impériale ».
Cette conception insolite pour l’époque fut directement inspirée du Dôme du Rocher à Jérusalem, que les architectes de la Renaissance confondaient alors avec le Temple de Salomon historique.
L’impact de ces tours sur le paysage urbain est tel qu’un règlement municipal strict, validé par un référendum populaire en 2004, interdit formellement la construction de tout nouveau bâtiment dépassant la hauteur de la Frauenkirche (99 mètres) dans le centre-ville, sacralisant ainsi à jamais la perspective de l’horizon munichois.
Sa construction a débuté en 1468 sous la direction du maître d’œuvre Jörg von Halsbach, mandaté par le duc Sigismond de Bavière.
Face à un budget limité et en raison de l’absence de carrières de pierre à proximité, l’architecte prit la décision audacieuse de bâtir l’édifice exclusivement en briques rouges, un choix économique qui confère aujourd’hui au monument son identité visuelle si distinctive.
Ce chef-d’œuvre du style gothique tardif fut achevé en un temps record de vingt ans, en 1488, pour être finalement consacré le 14 avril 1494.
Conçue comme une vaste église-halle (ou Hallenkirche), sa nef gigantesque de 109 mètres de long abrite des voûtes latérales s’élevant presque à la même hauteur que la nef centrale, créant un espace intérieur si monumental qu’il pouvait à l’origine accueillir près de 20.000 personnes debout, soit plus que la population totale de Munich à cette époque.
L’un des éléments les plus fascinants de la cathédrale réside dans la célèbre légende de « l’Empreinte du Diable » (Der Teufelstritt), une marque noire gravée dans le carrelage à l’entrée de la nef qui attire d’innombrables curieux.
L’histoire raconte que l’architecte Jörg von Halsbach, manquant de fonds pour terminer le projet, passa un pacte avec Satan : ce dernier accepterait de financer la construction à la seule condition que l’église ne comporte aucune fenêtre visible et reste plongée dans l’obscurité.
Lorsque le bâtiment fut achevé, l’architecte mena le Malin à un point précis de l’entrée d’où les gigantesques colonnes blanches masquaient parfaitement toutes les ouvertures latérales.
Pensant avoir gagné son pari en voyant une église sans lumière, le Diable fit un pas de plus avant de s’apercevoir qu’il avait été joué par une astuce de perspective dévoilant d’immenses vitraux colorés.
Furieux d’avoir été trompé de la sorte, il frappa violemment le sol de son pied, laissant cette trace indélébile avant de s’envoler sous la forme d’un vent mauvais qui, dit-on, souffle encore aujourd’hui autour de l’édifice.
En 1944, plusieurs bombes frappèrent de plein fouet la cathédrale, provoquant l’effondrement total de sa magnifique voûte gothique et brûlant intégralement son mobilier intérieur, bien que ses deux tours iconiques soient restées miraculeusement debout. Heureusement, la majorité des œuvres d’art historiques et les précieux vitraux médiévaux avaient été évacués et mis en sécurité dans des abris souterrains avant le début des raids.
La reconstruction commença dès le lendemain du conflit sous la supervision du cardinal Michael Faulhaber et s’étala sur plusieurs décennies. Menée de manière sobre et épurée entre 1948 et 1955 pour des raisons budgétaires, cette restauration fut affinée et complétée au fil des ans jusqu’à une rénovation majeure achevée en 1994, redonnant à la Frauenkirche toute sa splendeur d’antan et son statut de symbole de la résilience bavaroise.