Pourquoi visiter Pocitelj ?
Comment visiter Pocitelj ?
Pocitelj, le plus beaux village fortifié de Bosnie-Herzégovine
Dimanche 19 juillet. Après Blagaj, je mets directement le cap vers Pocitelj, qui est simplement le plus beau village de Bosnie-Herzégovine.
Pocitelj est constitué comme un tableau : de vieilles maisons ottomanes en pierre noyées dans la verdure, des ruines de remparts et de bastions, un labyrinthe de ruelles pavées et escarpées, des toits en lauze, une magnifique mosquée avec dôme et une puissante forteresse posée au sommet.
Cet ensemble a été inscrit en 2007 sur la liste indicative de l’Unesco en vue d’un classement éventuel au patrimoine mondial de l’humanité.
Mais Pocitelj revient de loin : alors que les habitants bosniaques (73 % de la population en 1991) étaient déportés, presque tout fut détruit ou saccagé par les forces du Conseil de défense croate (HVO) au cours de l’été 1993.
Vide et en ruine pendant dix ans, le village a commencé à renaître de ses cendres en 2003 grâce à l’aide internationale.
Toutefois, la restauration un peu trop léchée lui a fait perdre de sa patine et de son authenticité.
La plupart des habitants résident désormais dans la partie récente du village, 200 m au nord, contre une vingtaine seulement dans la partie historique.
Sur la route de la forteresse, dans la partie centrale de la partie haute du village, il ne faudra pas manquer de visiter la maison Gavran-Kapetanovic.
Cette maison est la plus grande et la plus belle de Pocitelj. Elle se noie dans la masse avec un mur en pierre, un étage en torchis argileux blanchi à la chaux et un toit en lauze calcaire.
Mais on l’identifie avec sa rangée de neuf grandes fenêtres en façade : deux séries de trois fenêtres en plein cintre sur les côtés et trois autres rectangulaires dans la partie centrale en encorbellement.
Elle fut érigée entre le XVIe et le XVIIe siècle pour la famille la plus puissante de la région, les Gavran-Kapetanovic dont le nom est composé à partir des noms gavran (corbeau) et kapetan (capitaine).
Abandonnée à partir du XXe siècle, la maison fut restaurée par l’État yougoslave afin d’y créer la colonie artistique internationale de Pocitelj, active de 1961 à 1975.
Depuis peu, l’endroit sert de nouveau de résidence d’artistes chaque année, en juin. Il s’agit d’un complexe résidentiel composé d’un bâtiment principal et de deux autres petites maisons.
Mêlant les architectures méditerranéennes et ottomanes, on y retrouve des éléments communs aux deux cultures (cheminées rondes, toits de lauzes).
Mais les murs montés en pierre et les fenêtres largement séparées évoquent les maisons de Dalmatie. La toiture à quatre pans en croupe et les fenêtres en encorbellement sont, elles, typiquement ottomanes.
Juste à côté de là se dresse l’immanquable mosquée Šišman Ibrahim-Pacha ou mosquée Hadži Alija, qui est l’un des monuments les plus remarquables de Bosnie-Herzégovine.
Érigée entre 1562 et 1563 par Hadži Alija, le fils de Musa Agin, elle s’intègre harmonieusement à la falaise escarpée de ce village médiéval fortifié.
Couronnée par un dôme unique en plomb et flanquée d’un minaret élancé de 32 mètres, elle a servi pendant des siècles de modèle architectural pour la construction de mosquées à coupole unique à travers les Balkans.
L’édifice se distingue par la finesse de ses sculptures en pierre et sa cour paisible bordée d’un portique traditionnelle.
À l’intérieur, bien que la décoration générale soit d’une belle simplicité, la structure abrite des fresques délicates datant du XVIIIe siècle et des ouvertures ornées de verre coloré qui tamisent la lumière naturelle.
Si le mihrab (la niche de prière) et le minbar (la chaire) ont dû être recréés, les murs conservent des niches sculptées d’origine et des stalactites de pierre finement ouvragées, notamment à la base du minaret.
Le monument a tragiquement souffert des ravages de l’histoire moderne, en particulier pendant la guerre de Bosnie.
En 1993, la mosquée a été délibérément ciblée et dynamitée par les forces militaires croates (HVO), provoquant l’effondrement complet de son dôme principal, de ses petites coupoles et de son grand minaret.
Cette destruction majeure a failli faire disparaître à jamais ce pivot de la vie spirituelle locale, laissant le village ottoman profondément meurtri au milieu des décombres.
Grâce à un vaste programme gouvernemental de protection permanente lancé au début des années 2000, la mosquée a fait l’objet d’une reconstruction minutieuse. Terminée vers 2005, cette restauration fidèle a permis de redonner au monument sa fonction religieuse d’origine ainsi que son dôme emblématique.
Aujourd’hui, les fragments de la maçonnerie détruite en 1993 restent volontairement exposés sur le plateau devant l’entrée, offrant aux visiteurs un témoignage historique poignant à deux pas du fleuve Neretva.
Reste enfin à vous parler de la forteresse proprement dite. Perchée sur une falaise abrupte surplombant le fleuve Neretva, sa construction a débuté en 1383 sous le règne du roi bosnien Tvrtko Ier afin de surveiller les routes commerciales menant vers la mer Adriatique.
Au cours des siècles suivants, le site est passé sous le contrôle de la République de Raguse, du royaume de Hongrie, puis de l’Empire ottoman en 1471. Chaque civilisation a agrandi et modifié la structure pour s’adapter aux évolutions de la guerre et de l’artillerie.
Le complexe fortifié se caractérise par des remparts massifs en pierre locale qui épousent parfaitement le relief accidenté de la colline.
L’élément le plus emblématique de la forteresse est la tour Gavrankapetanovic (ou tour du Capitaine Gavran), une haute structure fortifiée de forme octogonale qui domine l’ensemble du site.
Cette tour de guet offrait une position défensive imprenable et permettait d’observer les mouvements de troupes à des kilomètres à la ronde.
À l’image de la mosquée voisine, la forteresse a subi de lourds dégâts au cours des siècles, et plus particulièrement pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine en 1993.
Les bombardements ont endommagé une grande partie des structures fortifiées et des habitations traditionnelles situées à ses pieds. Malgré ces destructions massives qui ont menacé l’intégrité de ce patrimoine exceptionnel, les murs principaux et la tour maîtresse ont résisté aux assauts, restant debout comme les symboles de la résilience du village.
Inscrite sur la liste des monuments nationaux et restaurée au début des années 2000, la forteresse attire aujourd’hui les voyageurs du monde entier.
L’ascension à travers les ruelles pavées et escarpées du village ottoman mène au sommet des remparts, offrant une vue panoramique spectaculaire sur la vallée de la Neretva et les toits de lauzes de Pocitelj.