Ston, la gardienne du sel et sa muraille fortifiée
Lundi 27 juillet. C’est par le plus heureux des hasards que je vais visiter aujourd’hui le petit village de Ston, et ce, pour la bonne et simple raison que tous les logements à Dubrovnik sont soit complets, soit horriblement hors de prix.
Située à une petite heure de son aînée, la petite cité de Ston est donc non seulement sur ma route du retour vers la France, mais abrite un petit Airbnb qui va pouvoir me permettre de me reposer et de jouir d’une vue privilégiée sur les salines qui font sa réputation.
Et après avoir profité d’un beau coucher de soleil sur ses salines et passé une bonne nuit réparatrice, je vais de bon matin, sur la route de Split, m’arrêter quelques minutes pour faire un rapide tour de la ville.
Le monument le plus spectaculaire de Ston est sans conteste sa gigantesque muraille fortifiée. Érigée dès le XIVe siècle par des architectes de renom (dont Michelozzo et le maître croate Juraj Dalmatinac), cette muraille relie Ston à la ville voisine de Mali Ston (« Petit Ston »).
Ses remparts s’étirent à l’origine sur plus de 7 kilomètres. Il subsiste aujourd’hui 5,5 kilomètres de murs praticables, flanqués d’une vingtaine de tours et de forteresses massives comme le fort Veliki Kaštio.
À l’abri des murs, le centre historique de Ston a été entièrement planifié au XIVe siècle selon un plan orthogonal parfait (inspiré de Dubrovnik), abritant le Palais du Recteur, des monastères franciscains et la cathédrale Saint-Blaise.
Au pied des remparts s’étendent les Salines de Ston (Solana), considérées comme les plus anciennes d’Europe et les mieux préservées de Méditerranée. En activité constante depuis plus de 2.000 ans, le sel y est aujourd’hui récolté exactement de la même manière qu’au Moyen Âge, en utilisant uniquement la mer, la force du soleil et du vent. Chaque été, les bassins en pierre se parent de reflets cristallins pour donner vie à la fameuse « fleur de sel » locale.
L’héritage de Ston se savoure également dans l’assiette. La baie abritée de Mali Ston possède des eaux d’une pureté exceptionnelle, nourries par des résurgences d’eau douce. C’est ici que sont élevées les huîtres de Mali Ston (Ostrea edulis), cultivées depuis l’époque romaine et réputées auprès des gastronomes pour leur goût subtil et iodé.
Pour clore un repas, la tradition locale impose de goûter au surprenant gâteau de Ston (Stonska torta), une recette héritée du temps des tsars locaux, composée d’une farce sucrée au chocolat, noix, cannelle… et de pennes (macaronis) enrobées de pâte.
Quant à l’histoire de Ston, elle est intimement liée à sa position stratégique sur un isthme étroit. Si l’occupation humaine remonte à la Préhistoire, ce sont les Romains qui baptisent le lieu Stagnum (« eau stagnante ») en raison de ses marais salants.
Le tournant majeur survient en 1333, lorsque Ston est rachetée par la puissante République de Raguse (Dubrovnik). Pour Dubrovnik, Ston devient immédiatement une colonie vitale : ses salines produisent du sel, surnommé « l’or blanc », qui génère jusqu’à un tiers des revenus de la République. Pour protéger cette immense richesse des convoitises de l’Empire ottoman et de Venise, Raguse lance alors l’un des plus grands chantiers militaires d’Europe.