Split, dans l’ombre du palais de l’empereur Dioclétien

Pourquoi visiter Split ?

L’expérience unique de vivre au cœur d’un palais romain
 
Split possède un trésor unique au monde : le Palais de Dioclétien, construit au tournant du IVe siècle par l’empereur romain. Loin d’être un musée figé, ce chef-d’œuvre classé par l’UNESCO constitue le cœur vibrant et habité de la vieille ville. En vous promenant dans son labyrinthe de ruelles pavées, vous passerez devant des colonnes antiques, passerez sous des arches millénaires et découvrirez des boutiques, des cafés et des appartements intégrés à même les structures romaines. Le Péristyle, la place centrale du palais, offre chaque jour un voyage temporel saisissant au milieu des vestiges impériaux.
 
La douceur de vivre dalmate sur la Riva et au mont Marjan
 
Visiter Split, c’est aussi adopter le rythme de vie local, résumé par le concept de la fjaka, cet art dalmate du farniente. La Riva, la célèbre promenade maritime bordée de palmiers et de terrasses, est le lieu idéal pour s’installer, boire un café et observer les passants face à la mer. À quelques pas du centre, le parc forestier du mont Marjan offre une bulle de verdure suspendue au-dessus de la ville. Surnommé les « poumons de Split », ce mont est parfait pour une balade ombragée à pied ou à vélo, menant à des belvédères qui dévoilent un panorama exceptionnel sur les toits de la ville et les îles environnantes.
 
Une position stratégique pour rayonner vers les îles et la nature
 
Split est la plaque tournante idéale pour explorer toute la côte dalmate. Son port, situé à deux pas du centre historique, permet d’embarquer en ferry ou en catamaran pour des excursions d’une journée vers les îles légendaires de Hvar, Brač ou Vis. La ville est également une excellente base arrière pour les amateurs d’activités de plein air. En moins d’une heure de route, vous pouvez rejoindre la forteresse médiévale de Klis (décor de Game of Thrones), la cité historique de Trogir, ou partir faire du kayak et du canyoning sur la spectaculaire rivière Cetina à Omiš.
 
Une culture gastronomique et festive authentique
 
La scène culinaire de Split célèbre le meilleur du terroir méditerranéen. Dans les konobas (tavernes traditionnelles) cachées dans les ruelles en pierre, vous dégusterez la pašticada (un ragoût de bœuf mariné traditionnel) ou des poissons frais grillés pêchés le matin même. La ville s’anime particulièrement en soirée, notamment en été où le festival Split Summer propose du théâtre et de l’opéra en plein air au cœur des ruines. Que ce soit pour partager un verre de vin local au son d’un concert improvisé au détour d’une place ou pour profiter de la vie nocturne moderne, Split combine à merveille authenticité et dynamisme.

Comment visiter Split ?

S’immerger à pied dans le centre historique et le Palais de Dioclétien
 
La meilleure façon de visiter Split est de l’explorer exclusivement à pied, car tout le centre historique et l’enceinte du Palais de Dioclétien sont entièrement piétons. Idéalement, consacrez votre première matinée à déambuler sans plan précis dans le labyrinthe de ses ruelles en pierre pour ressentir l’ambiance unique de ce monument habité. Ne manquez pas de visiter les sous-sols du palais (les Podrumi), de grimper au sommet du campanile de la cathédrale Saint-Domnius pour profiter d’une vue à 360 degrés, et de saluer la statue monumentale de Grégoire de Nin pour frotter son orteil en bronze, un geste qui porterait bonheur.
Adopter le rythme local sur la Riva et au mont Marjan
 
Pour vivre Split comme un habitant de la Dalmatie, planifiez une pause en milieu de journée sur la Riva, la grande promenade maritime. Installez-vous en terrasse pour un kava (café) qui s’étire sur plusieurs heures, face aux bateaux. En fin d’après-midi, lorsque la chaleur retombe, dirigez-vous vers l’ouest de la ville pour gravir les marches menant au mont Marjan. Ce parc forestier préservé offre des sentiers ombragés par les pins et abrite de charmantes petites églises en pierre de taille. Le belvédère de Vidilica, situé au début de la montée, est l’endroit parfait pour admirer le coucher de soleil sur les toits de Split.
 
Optimiser son temps et choisir la bonne saison
 
Une durée de deux jours pleins est idéale pour visiter les incontournables de Split sans courir. Pour éviter la chaleur étouffante et la bousculade des grands navires de croisière, privilégiez un voyage au printemps (mai-juin) ou à l’automne (septembre-octobre) : la mer y est déjà assez chaude pour la baignade (notamment sur la plage centrale de Bačvice) et les tarifs des logements y sont plus abordables qu’en juillet-août. Côté budget, si vous prévoyez de visiter plusieurs musées et sites payants du palais, pensez à vous renseigner sur la Split Card auprès de l’office de tourisme, qui offre des gratuités et des réductions intéressantes.
 
Utiliser Split comme base pour rayonner en ferry ou en bus
 
La gare routière et le port de Split étant côte à côte et situés juste en face de la vieille ville, il est extrêmement facile d’utiliser la cité comme point d’ancrage pour explorer les environs. Sans avoir besoin de louer une voiture, vous pouvez acheter vos billets directement aux guichets de la compagnie maritime nationale Jadrolinija pour partir à la journée en catamaran vers les îles de Brač (port de Supetar) ou de Hvar. Côté terre, de simples bus locaux vous permettent de rejoindre en 30 minutes la cité médiévale de Trogir, classée à l’UNESCO, ou la forteresse perchée de Klis.

Split, dans l'ombre du palais de l'empereur Dioclétien

Lundi 27 juillet. Plus que Dubrovnik encore, de par ma passion pour l’antiquité, je rêvais un jour de pouvoir visiter Split, indissociable de l’histoire de l’empire romain.

Mais il faut bien l’avouer, l’afflux insensé de touristes, voire la cohue qui régnait dans l’ancien palais de l’empereur Dioclétien, envahi par des armées de touristes débarqués des grands paquebots de croisière ont fini par me rendre l’expérience tout à fait désagréable.

Autant le dire tout de suite, j’espère bien y retourner un jour, mais pas en plein été et à des heures très matinales ou lorsque les cars et les paquebots auront quitté les quais de Split. À bon entendeur salut !

Dommage car cette journée promettait le meilleur, je trouvais une place de parking où me garer à 500 mètres du centre historique et remontais tranquillement les quais pour accéder au centre-ville.

Et avant d’attaquer frontalement le centre historique, je vais d’abord remonter la fameuse rue Marmontova, parallèle à la vieille ville qui conduit tout naturellement à Riva, le front de mer de Split.

Une fois arrivé devant la rade de Split, je choisis d’abord de faire un tour par la magnifique place de la République.

Cette place fut conçue au XIXe siècle sous l’impulsion du maire Antonio Bajamonti. Elle est bordée sur trois côtés par de magnifiques bâtiments néo-renaissance aux façades rouge néo-vénitien, ornés d’imposantes arcades qui rappellent la célèbre place Saint-Marc de Venise.

Ouverte sur la mer sur son quatrième côté, cette place monumentale exhale un parfum d’Italie et sert aujourd’hui de scène prestigieuse pour de grands événements culturels, notamment le Festival de musique de Split qui s’y tient chaque été.

Très honnêtement, cette place est magnifique, et bizarrement boudée par les touristes qui se précipitent vers l’ancien palais de Dioclétien.

Ses trois grands palais néo-Renaissance d’un rouge vif et ses arcades rappellent directement la place Saint-Marc de Venise et peut-être un peu la place principale de Nice.

Antonio Bajamonti, qui fut maire de Split de 1860 à 1880, fit d’abord construire un grand théâtre (le théâtre Bajamonti, détruit plus tard par un incendie), puis les ailes latérales des palais que l’on admire aujourd’hui.

Mais contrairement à la place Saint-Marc de Venise qui est fermée, la place de la République de Split possède une structure en “U”.

Elle est encadrée par des bâtiments sur trois côtés, mais son quatrième côté s’ouvre entièrement sur la Riva et la mer Adriatique.

Du coup, après avoir la place de la République, on se retrouve rapidement devant la mer et les quais qui donnent sur la mer Adriatique. C’est ici que commence la Riva, le front de mer de l’ancienne cité de Dioclétien.

Entièrement réaménagée au milieu des années 2000 avec un design moderne et épuré, elle est rythmée par une enfilade de grands palmiers, des bancs design et des auvents blancs qui protègent les terrasses du soleil.

Ce large boulevard maritime constitue le premier aperçu de la ville pour les voyageurs qui débarquent des ferries en provenance des îles environnantes, offrant un contraste entre l’azur de l’Adriatique et la pierre blanche avec laquelle fut bâtie la ville historique.

Autant le dire tout de suite, la Riva est l’endroit où il faut être vu à Split car les terrasses de cafés et de restaurants y sont très nombreuses, et ce, malgré la chaleur intense qui se dégage de cette artère (trop) minérale.

C’est l’endroit privilégié pour s’adonner à la fjaka, cet état d’esprit typiquement dalmate qui consiste à savourer la douceur du moment présent en ne faisant absolument rien.

Du matin jusqu’à tard le soir, les terrasses de cafés y sont bondées d’habitants venus pour la traditionnelle dir (la promenade rituelle en bord de mer), pour lire le journal, discuter des dernières actualités sportives de l’équipe de football de l’Hajduk Split ou simplement regarder les passants.

L’histoire de la Riva remonte à l’époque de la construction du Palais de Dioclétien, il y a 1 700 ans, lorsque la mer venait frapper directement les murs de la résidence impériale.

Les fondations de la promenade actuelle ont été véritablement jetées au début du XIXe siècle sous l’occupation française, lorsque le maréchal Marmont, gouverneur de Napoléon dans la région, décida de combler une partie du littoral pour créer un véritable quai moderne.

Au fil des régimes et des époques, la Riva a changé plusieurs fois de nom et de visage, mais elle a toujours conservé sa fonction essentielle de trait d’union entre la cité historique et le grand large.

Me voilà enfin aux portes du palais de Dioclétien, mais avant d’y pénétrer, en tournant autour des ruines de la vieille ville, des ruelles du quartier vénitien, il m’apparaît important d’évoquer la création de la cité impériale, indissociable de l’architecture de ville historique.

Bien avant que Split ne devienne une cité, l’histoire de la région s’écrit sous l’influence des navigateurs grecs et des tribus illyriennes qui peuplent la côte dalmate.

Dès le IIIe siècle avant J.-C., les Grecs de l’île d’Issa (l’actuelle Vis) fondent le comptoir commercial d’Aspálathos, nommé ainsi en référence à l’apalat, un buisson de genêt odorant qui recouvre alors les collines environnantes.

Au fil des guerres illyriennes, la République romaine étend son hégémonie sur la région et choisit de développer la cité voisine de Salone (située à seulement six kilomètres au nord de l’actuel Split).

Devenue la capitale de la province romaine de Dalmatie sous Jules César, Salone se transforme rapidement en une métropole florissante et cosmopolite de plus de 60 000 habitants, dotée de thermes, de temples et d’un immense amphithéâtre, éclipsant totalement le petit port d’Aspálathos qui reste alors une paisible zone rurale.

Le destin du site bascule de manière spectaculaire à la fin du IIIe siècle de notre ère grâce à l’ascension d’un enfant du pays. Né à Salone dans une famille modeste, le soldat de génie Dioclétien gravit tous les échelons militaires jusqu’à être proclamé empereur romain en 284 après J.-C.

Soucieux de stabiliser un Empire en crise, il instaure la Tétrarchie (un gouvernement à quatre chefs) et entreprend de vastes réformes politiques. Sentant le poids des années et de la maladie, Dioclétien prend une décision unique dans l’histoire romaine : abdiquer volontairement pour finir ses jours dans sa région natale.

Vers l’an 295 après J.-C., il ordonne le lancement d’un chantier titanesque au bord d’une baie abritée d’Aspálathos, mobilisant les meilleures ressources de l’Empire pour bâtir la résidence de sa retraite, là même où s’élèvera plus tard le cœur historique de Split.

Pendant dix ans, des milliers d’esclaves et d’artisans s’activent pour ériger une gigantesque structure fortifiée qui combine la magnificence d’une villa impériale et la rigueur d’un camp militaire romain (castrum).

Les matériaux utilisés témoignent de la folie des grandeurs du souverain : la pierre blanche d’une pureté exceptionnelle est extraite des carrières de l’île voisine de Brac, le marbre de haute qualité est importé d’Italie et de Grèce, tandis que des colonnes de granit et de véritables sphinx égyptiens vieux de 3 500 ans sont acheminés depuis Louxor pour décorer les cours d’apparat.

Le complexe, qui s’étend sur près de 30.000 mètres carrés, est ceinturé de remparts massifs de plus de deux mètres d’épaisseur et flanqué de seize tours défensives.

Les portes monumentales de la forteresse — la Porte d’Or, la Porte d’Argent et la Porte de Fer — contrôlent les accès terrestres, tandis que la Porte de Bronze s’ouvre directement sur la mer pour permettre l’approvisionnement discret des cales du palais.

En mai 305 après J.-C., Dioclétien officialise son abdication et s’installe définitivement dans son palais achevé.

La structure interne reflète la dualité du complexe : la partie nord est réservée à la garde prétorienne, aux domestiques et aux manufactures de textile, tandis que la partie sud, tournée vers la mer, abrite les luxueux appartements impériaux, les thermes privés et les espaces cultuels.

C’est au cœur du Péristyle, la grande cour d’honneur monumentale, que l’ancien empereur reçoit ses de rares visiteurs officiels, apparaissant tel un dieu vivant sous les arches de son protone.

Malgré les suppliques de ses anciens co-empereurs qui le supplient de reprendre le pouvoir pour mettre fin aux guerres civiles, Dioclétien refuse catégoriquement, affirmant préférer cultiver ses choux dans les jardins de son palais.

C’est dans cette retraite dorée qu’il s’éteint, vers 311 ou 316 après J.-C., son corps étant alors déposé au centre d’un somptueux mausolée octogonal érigé au sein même du complexe.

Après le décès de Dioclétien, le palais conserve son statut de propriété impériale pendant près de trois siècles, accueillant des membres de la famille impériale en exil et se transformant progressivement en une manufacture d’État spécialisée dans la teinture des uniformes militaires.

Pendant ce temps, l’Empire romain d’Occident s’effondre et la région passe sous le contrôle de l’Empire byzantin, tandis que la grande cité de Salone continue de prospérer en devenant un archevêché chrétien majeur.

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